‹ L'architecture de la renaissanceChapitre 105 sur 133 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

'cloîtres, ossuaires, jubés, chaires, autels,

tombeaux, etc.

Albert Lenoir, Statistique monumentale de Paris. 1867. — Archives de l'art français. Paris, 1852-189 1. — N. de Guilhermy, Monographie de l'église royale de Saint-Denis. Paris, i85o.

Sauvai, parlant du cloître des Célestins de Paris^ élevé de i539 à iS^g sur les plans de Pierre Hamon, disait : « Les plafonds en sont ordonnés avec beaucoup d'esprit; c'est le plus beau cloître^ et les architectes ne craignent pas d^assurer que c'est le meilleur morceau d'architecture de Paris* » Autant que nous en pouvons

a/a L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE.

juger par des dessins, rœuvre,en effet, était admirable, et l*on ne saurait trop regretter que la pioche des démolisseurs ait tout détruit, il y a moins de cinquante ans (1847).

Un autre cloître également remarquable, à Saint- Martin de Tours, n^a pas heureusement disparu tout entier. Il en reste encore Taile orientale, qui permet de constater avec quelle rapidité s'était développé le talent de Bastien François. Au lieu de Taspect uni peu rude, bien que très avancé de style (iSoj), propre au clocher nord de la cathédrale, nous trouvons à Saint-Martin (i5o8-i5i9) tous les charmes de la décoration la plus fine et la plus élégante. Le neveu de Michel Colombe, qui était à la fois architecte et sculpteur, du côté du préau, a surmonté ses arcades de la plus délicieuse frise. En même temps, dans les écoinçons sont disposés des médaillons imités de plaquettes italiennes (David vainqueur de Goliath, par Moderno; l'Abondance et le Satyre, par Frà Antonio da Brescia). On peut seulement reprocher à ce chef-d'œuvre la trop forte saillie des contreforts qui empêche d'embrasser tout Pensemble d'un coup d'oeil.

A Fontevrault une disposition analogue se fait remarquer dans la partie du grand cloître élevée sous Tabbesse Renée de Bourbon, vers i520. Mais tout ce qui remonte à la nièce de la précédente, Louise de Bourbon (i 548-1561), présente au contraire, entre les arcades, de simples colonnes accouplées. Sans nuire aucunement à la solidité, Tarchitecte a cru pouvoir rompre ainsi avec la tradition gothique et entrer complètement dans Tesprit de la Renaissance.

iî

Le petit cloître du prieure' de Saint-Sauveur, à Melun, se fait remarquer par une autre particularité. Comme à l'époque romane, les bases des colonnes accouplées, composées d'un tore aplati, sont reliées à la plinthe par une griffe.

On connaît, au moins par la gravure, les galeries

qui entouraient à Paris le cimetière des Innocents.

Elles remontaient au moyen âge et servaient à abriter, dans un espace réservé entre la voûte et la toiture, les ossements desséchés que la nécessité forçait d'enlever périodiquement pour faire place à de nouveaux cadavres. La Renaissance ne devait pas manquer de suivre cet exemple, ainsi que le démontrent de très importants débris existant encore à Orléans et à Blois. Mais c'est

■ vt.

surtout à Rouen quMl faut aller admirer les belles galeries du cimetière connu sous le nom à^Aitre Saint- Maclou (j 526-1 533). Les colonnes à la séparation des arcades sont partagées, dans leur hauteur, entre des cannelures rudentées et une série de bas-reliefs figurant les différents épisodes de la célèbre danse macabre.

En Bretagne, où la piété s^exaltait facilement au souvenir des défunts, les galeries indiquées ne pouvaient suffire. Aussi rencontre-t-on dans un grand nombre de localités, près de Péglise, un édifice plus ou moins élégant, disposé sur le modèle des châsses et communément appelé reliquaire. Partout se retrouvent le même plan barlong et la même toiture à doubles rampants appuyée sur des pignons aigus que surmontent, au lieu de fleurons, des lanternons carrés. Si la face donnant sur rextérieur est dépourvue d'ouvertures, celle tournée vers le cimetière se divise généralement en deux zones dont la première présente une succession ininterrompue de fenêtres cintrées séparées par des pilastres, des colonnes ou des cariatides, et la seconde un égal nombre de niches destinées à recevoir les statues des Apôtres.

La belle époque des ossuaires bretons ne commence guère que dans les dernières années du xvi' siècle,- et, à s'en tenir aux dates certaines, voici Tordre dans lequel ils doivent être rangés : Sizun, i588; Pencran, 1594; la Martyre, 1629; Ploudiry, i635; la Roche-Maurice, 1640; Guimiliau, 1648; Lampaul, 1667. Peut-être faudrait-il ajouter Saint-Thégonnec,i 677; mais Finscription assez mal tracée qui fournit cette date semble fautive, et ce dernier monument, le plus beau de tous, pourrait

if-

iÉaii^^

bien être coniemporain non de Louis XIV, mais de Henri III.

Audcbutdu xvi" siècle, toutes les cathe'dralesn'avaient

Fîg. J.Ï. Ciatnre de chtEur

pas encore vu s'élever autour de leur chœur la haute clftture qui semblait alors indispensable. On se mi donc à l'œuvre de différents côtés, mais sans unifor

mit

mité dans les idées : car tandis que'à Amiens, vers i520, quelques détails seulement font pressentir la prochaine transformation, à Chartres, sous la direction du célèbre Jean de Beauce, de i5ii à 1529, une part de plus en plus considérable était faite aux nouveaux éléments. Presque année par année, il est permis de suivre le travail accompli dans Tesprit du maître, grâce aux dates échelonnées, principalement du côté droit : i52ï, i525, 1527. A la mort de Jean de Beauce, Tornementation était loin d'être terminée. Elle fut reprise d'abord en i532, puis en 1542, ainsi que le constate un contrat passé avec François Marchand, sculpteur Orléanais. Cet habile artiste s'engage à exécuter non pas seulement les deux « histoires de la Purification Nosire Dame et des Innocens », mais encore le « revestement d'un pillier ».

Une troisième clôture, très remarquable et complètement dans le goût de la Renaissance, fut ébauchée à Rodez en i53i. Elle n'a jamais compris plus de deux travées; l'une d'elles, quenousdonnons, se voit aujourd'hui à l'entrée de la chapelle Saint-Raphaël; les débris de l'autre gisent dans les caves de Tévêché. Enfin, nous citerons pour mémoire la clôture de l'ancienne église abbatiale de la Trinité, à Vendôme, datée de i528, et celle de l'église Saint-Remi, à Reims, qui ne remonte pas au delà des dernières années du règne de François I®^

Une clôture de chœur était un ouvrage de longue haleine que l'on hésitait quelquefois à entreprendre; en outre, les églises seulement où le clergé était nombreux avaient besoin d'avoir ainsi un grand espace

Page 1