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rouge le superbe tombeau de Georges de Khevenhiller et de sa famille (r58o).
• Le Tyrol, qui touche à l'Italie, aurait dû, semblet-il, être initié de bonne heure au mouvement de la Renaissance. Cependant nous ne voyons rien dans la province qui soit antérieur à iSio. Alors seulement s'élèvent, à Trente, la Casa Montî, la Casa Geremia, le palais Tabarelli, ce dernier florentin, alors que les deux. premières se rattachent plutôt à Técole vénitienne. Le prince-évéque, Bernard de Clés, chargea, en i53i, un Mantouan, Francesco ZafTrani, de lui bâtir, dans sa ville épiscopale, un nouveau château. C'est le même prélat qui fit construire Téglise Sainte-Marie-Majeure, désignée, en 1546, pour servir de lieu de réunion aux pères du célèbre concile. A Pimitaiion de ce qui se voit en Lombardie, beaucoup de maisons, à Trente, sont ornées extérieurement de sujets peints. Parmi les artistes qui se livrèrent à un genre de décoration en apparence si peu résistant, il faut citer : Pordenone, Brusacorsi, Dosso et Fogolino.
Dans TAllemagne proprement dite et la Suisse du Nord, on trouve également des façades revêtues de peintures. Mais à cela ne se borne pas Teffort des artistes qui, avant tout autre mode de procéder, veulent populariser la Renaissance à Taide du pinceau. Comme Jean Foucquet chez nous, un demi-siècle auparavant, ils mettent en évidence, dans leurs compositions, ordres antiques, frontons et arabesques. A la tête de ces no-, vateurs figuraient surtout les chefs de Técole d'Augs» bourgs Burgkmair (1472-1531) et Holbein le Vieux (1450-1524). A Nuremberg, Albert Durer (1471-1528),
ami de Burgkmair, entra aussi dans le mouvement, auquel il imprima, grâce à son génie, la plus heureuse direction. Tout le monde connaît les quatrevingt-douze gravures du Char de Maximilien, datées de i5i8. Oest un souvenir des fêtes offertes à Tempereur, trois ans auparavant, par la ville de Nuremberg. DQrer ne se chargea pas seulement d^organiser le cortège, il éleva encore en peu de jours un arc de triomphe qui^ momentanément, fit revivre aux yeux des visiteurs les plus beaux restes de Tantiquité.
Quoi qu'il en soit de tout ce qui précède, on ne trouve guère de constructions élevées dans le nouveau style, avant Tannée i525. Alors seulement, noblesse, clergé^ bourgeoisie, convertis à la Renaissance, rivalisent de zèle. Une ère brillante commence, mais pour être bientôt arrêtée par les luttes de Charles-Qùint contre les Réformés et la guerre des Paysans. Durant plusieurs années, Tétat de trouble du pays ne permit pas de songer à autre chose qu'à défendre sa vie. Et il en fut ainsi jusqu'en 1 555,' époque à laquelle les par* tis en présence signèrent la paix d'Augsbourg. Presque tous les monuments que Ton peut étudier appartieiinent donc :à la seconde moitié du xviv siècle ou aux pre« mièfes années du xvii*", car la nouvelle période d'àc-. tivité ne. fut entravée que par la guerre de Trente a;is (i6 18-1648).
Comme on doit s'y attendre, le pays étant en majeure partie devenu protestant, l'architecture civile prit ' un bien plus grand développement que l'architecture religieuse. En outre, l'empressement que la plupart des maîtres maçons mirent à suivre le mouvement ne
laissa pas d'imprimer aux constructions un caractère tout local. C'est ce que font voir, par exemple, les plans heureusement conservés du casino (Lusthaus) élevé à
Fig. 9j>. — Hôtel dt ville de Lemgo (Lûbke).
Stuttgart vers i5y5. Si l'architecte a cru devoir intérieurement adopter les mêmes dispositions qu'au célèbre Belvédère de Prague, à l'extérieur, il ne craint pas de
renforcer ses angles par des tours, d'appliquer sur chacun des longs côtés des escaliers à deux rampes opposées, de couper les fenêtres par des croix de pierre, de dresser à chaque extrémité un haut pignon à rampants déchiquetés.
Les caractères que nous venons dUndiquer se retrouvent dans les constructions aussi bien publiques que privées. Jusqu'au dernier instant, les Allemands ont conservé Thabitude de faire saillir, soit aux angles, soit au milieu de la façade, une tourelle ou un avantcorps. Ces accessoires, qui ne partent pas toujours de fond, mais reposent sur un encorbellement, sont percés de nombreuses fenêtres, chargées de bas-reliefs. Au lieu de continuer les lignes principales, ils les coupent parfois d'une manière assez gauche. En outre, quand à rintérieur existe un escalier, toutes les ouvertures sont rampantes, ce qui n'aurait pas lieu si la spirale était suffisamment accusée au dehors.
Il n'y a pas d'édifice véritablement allemand sans grands pignons étages, découpés en courbes et contrecourbes, en gradins, en pinacles. Les uns couronnent les façades, d'autres les murs latéraux. C'est encore à eux que l'on a recours pour remplacer les lucarnes. Mais simple amortissement ou pure addition introduite pour le coup d'œil, le pignon englobe le plus souvent trois ou quatre rangs d'ouvertures de haut en bas, dix ou douze de gauche à droite. La. grande largeur d'une façade n'est pas un obstacle à l'emploi de la décoration favorite. Parfois même, ainsi qu'on le voit à la célèbre maison dite des Brasseurs, à Hildesheim, le pignon, au moyen d'une succession d'encor-
bcUemenis, déborde considérablement sur les étages ■inférieurs.
Les fenêtres à croix ne sont pas inconnues, préfère, comme au sièc deni, multiplier les dans le sens horizontal ronnement ordinaire est le linteau, quelqijefois surmonté d'un fronton ou de tout autre amortissemeni. Lorsque lès baies sont au nombre de trois, comme dans plusieurs édifices de la Suisse et de l'Alsace, celle du centre dépasse légèrement en hauteur les deux autres.
Les escaliers extérieurs, abrités sous iin immense auvent, conviennent aux édifices dont les pièces principales sont au premier étage. L'un des plus remarquables est celui de l'hôtel de ville de Mulhouse. Également tout le long
à Uipzjg {Ulbke).
de la façade, au rez-de-chaussée, règne d'ordinaire une galerie de cloître. IJabsence de ces deux derniers caractères établit seule une différence entre les monuments publics et les simples maisons.
Nous lie pouvons donner la liste de tous les hôtels de ville qui méritent d'être signalés. Les suivants^, dont la construction s'échelonne sur plus de quatre-vingts ans, si on avait le loisir de les examiner successivement, fourniraient la plus fidèle idée des transformations de l'architecture allemande au temps de la Renaissance : Gôrlitz, iSSj; Posen, i55o; Altenbourg, 1 562- 1564; Cologne, 1569; Schweinfurt, iSjo; Rothenbourg, 1572; Emden, 1574-1576; Lemgo, 1589; Neisse, 1604; Brème, 161 2; Paderborn, 161 2-1 616; Nuremberg, 1613-1619; Augsbourg, 1616-1620.
A côté des hôtels de ville figurent les arsenaux, car chaque ville était alors préoccupée de sa propre défense. Le plus important, celui de Dantzig (i6o5), bâti en briques et pierre, tient de la Hollande autant que de l'Allemagne. Celui d'Augsbourg, au contraire (même date), s'inspire de l'architecture pratiquée en Italie par les Jésuites. On dirait, à voir sa façade^ que l'on a affaire à une église.
Les habitations particulières ont échappé en grand nombre aux transformations modernes. A Hildesheim, Nuremberg, Schafïhouse, on trouve des rues entières qui sont demeurées intactes. Nous nous bornerons donc à citer quelques spécimens tout à fait hors ligne, comme la maison de la Neisstrasse, à Gôrlitz, 1571 ; la maison des Princes, à Leipzig, 1575 ; la maison Topler, à Nuremberg, 1590; la maison Wedekind, à Hildesr
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I heîm, 1 598; la maison Peller, encore à Nuremberg, ï6o5;
la maison des Poissonniers, à Erfurt, 1607; la maison \^ Kranz, à Hambourg, 16 10.
Quelques princes, comtes, ducsou margraves avaient, à riniérieur des villes, de vastes résidences quMls s'empressèrent de rendre moins moroses, aussitôt que la cliosé fut possible. Seulement, comme pour éviter des frais et peut-être, par suite, d'autres difficultés, les nouvelles constructions s'élevèrent généralement sur les aticiennes fondations, les plans sont loin d'être réguliers. Ily a des cours de toutes les formes que séparent des corps de bâtiments dans toutes les directions. Le style varie naturellement suivant les influences subies^ . et celles-ci sont assez nombreuses. Nous citerons par
tl ordre de dates :• le château de Mergentheim, dans le
Wurtemberg (1524), superbe escalier tournant autour d'un noyau creux; le château de Torgau, entre Berlin et Dresde (i 5 32- 1544), et celui de Dessau, dans la principauté d'Anhalt (i533), l'un et l'autre dans le goût de la première Renaissance française; le château de Lan.dshut, en Bavière (i536-i543), œuvre de maîtres italiens formés à l'école de Jules Romain; le château I de Trausnitz, tout à côté du précédent, mais dans le
i style allemand (1529-1578); le château royaL dç
Dresde (1549), 0(1 l'influence française se fait sentir; lé ij château-vieux, à Stuttgart (i 5 53-1578); le château de
Bernbourg{i565); la résidence de Munich (1578-1616), à laquelle travaillèrent successivement Peter Candid, Heiiîrich Schôn et Hans ReisenstueL
Le château deHeidelberg, sur les bords du Neckar, dans le Palatlnat, mérite une mention à part. Sa situa-
tioti au sommet d'une colline est merveilleuse, et Ton ne saurait trouver ailleurs un ensemble de constructions plus riches et plus majestueuses, sinon d'un | dessin toujours parfaitement pur. Les parties qui nous intéressent, c'est-à-dire Paile du nord et celle de l'eât; ont été construites assez rapidement par les princes électeurs, Frédéric II et Othon-Heiiri (1544-1559). Trois architectes eurent la direction de l'œuvre : Jacob Haidern, Gaspard Fischer et Jacob Leyder. Les deux derniers, dont les noms se trouvent réunis dans une pièce d'archives, succédèrent au premier on ne. sait trop à quelle date. La sculpture, qui tient uAe si grande place dans la longue façade dite d'Othon*Henri, est due, au moins pour les cariatides des fenêtres et les statues placées dans trois étages de niches, à un habile artiste de Malines, Alexandre Colins. Enfin, c'est un nommé Anthony, dont la nationalité n'est pas bien définie, qui a présidé, paraît-il, à l'exubérante décoration de la porte principale.
En dehors des villes, il ne faut pas oublier quelques grandes habitations seigneuriales qui, la plupart du temps, ne sont que d'anciennes forteresses Û
reconstruites ou remaniées. Le château de Gottesau, près Carlsruhe (i553-î588), fait peut-être seul exception. Aussi son plan, figurant un vaste parallélogramme flanqué de six tours, est-il d'une régularité qui ne laisse, rien à désirer. Quant à l'ordonnance composée de pilastres toscans, entre lesquels sont bandés à chaque étage des arcs en anse de panier servant à abriter une doublé, fenêtre à fronton, elle semble imitée de la manière de Pierre Chambiges.