LIVRE III
faire idée. Principalement les villes ert communication avec la mer, comme Bruges et Anvers, regorgeaient de richesses. Elles faisaient partie de la ligue hanséatique et sur leurs quais ou damme on ne cessait d^embarquer et de débarquer des marchandises. La domination deà ducs de Bourgogne (1430-1477) développa encore cet état de choses, et Gand, par exemple, qui, en dépit de sa demi-indépendance, servait de temps en temps de résidence à une cour somptueuse, en arriva à prendre le pas sur toutes les cités environnantes.
Les arts marchaient de pair avec le commerce, et il est inutile de rappeler ici quel éclat jeta alors la peinture sous des maîtres tels que Hubert et Jean van Eyck, Rogier van der Weyden, van der Goes, Stuerbout, Memlinget Quantin Massys. La campagne en faveur d'une recherche plus grande de la réalité, d'une imitation plus étroite de la nature, précédemment commencée par les œuvres de sculpture, fut continuée avec succès, et une partie de l'Europe de plus en plus subit rinfluence des pays flamands. Mais cette suprématie comme toujours, devait avoir à la longue de fâcheuses conséquences. Elle contribua à fermer les yeux des nouveaux venus aux progrès qui s'accomplissaient ailleurs, de sorte que la fin du xv« siècle arriva sans que l'on songeât à s'orienter d'une manière différente.
La meilleure preuve de ce que nous avançons serait fournie au besoin par les tombeaux de Brou, œuvre des deux frères Conrad et Thomas Meyt, car évidemment Marguerite d'Autriche, après rupture des négociations entamées avec Michel Colombe, ne s'était pas bornée à choisir au hasard parmi les artistes sous sa
main. Il en avait été de même quelques années aupa-* ravant, lors des premiers travaux exécutés à son palais de Malines par Rombaut Keldermans. Toutefois, on aurait tort de croire, d'après cela, à une complète résignation de la part de la princesse, qui, étrangère au pays, ne demandait pas mieux que de sonir de Tornière. Elle le fit bien voir en iSij, quand, ayant mandé de la Bresse qu^elle tenait en héritage de son mari Philibert 1 1, duc de Savoie, un architecte nommé Guyot de Beau* grant, Keldermans reçut ordre de s^associer le nouveau venu pour la continuation du palais commencé. Bien qut timidement, la Renaissance se trouva ainsi inaugurée par un Français dont le talent n'avait rien de très original et qui, du reste, par quelques concessions aux habitudes locales, semblait désireux de se faire pardonner sa hardiesse.
Guyot de Beaugrant ne devait pas s^en tenir à ce premier essai. Cest lui encore qui, de iSaS à [529, dressa les plans, et exécuta en grande partie la célèbre cheminée de la Chambre échevinale, dite cheminée du Franc, à Bruges. Lancelot-Blondeel, dont le nom chez nos voisins est souvent seul mis en avant, en sa qualité de peintre, n'a coopéré à l'œuvre que par l'apport de quelques dessins.
L'élan était donné, et il semble que de tous côtés eussent dû s'élever des monuments dans le nouveau style. Cependant les choses se passent différemment, et l'architecture civile^ pas plus que l'architecture religieuse, ne se montre pressée de changer sa manière. L'hôtel de ville deGand(i5T8-i533)est tout entier bâti dans le gothique fleuri que Louis van Bogheti, quel«
ques années auparavant, avait transporté à Brou. Rom-
baut Keldermans,
qui, avec Dominique
van Waghemakere,
en dirigea la construction, a voulu se
venger, croirait-on,
des concessions qui
lui avaient été imposées à Malines.
L'hôtel de ville d'Au-
denarde, ceuvre de
Henri van Peede et
Guillaume de Ronde
{i535-i535), se
trouve dans les mêmes conditions.
C'est seulement à
l'intérieur, que Paul
van der Schelden,
chargé de sculpter un tambour de porte (i53i), a cru devoir rompre avec les anciens errements et nous a donné, il faut l'avouer, un admirable spécimen de
son talent. F'g- >o'- — H6t«l àa Sonnon, à MaliDO.
Nous ne savons pas quel est le nom de rarchitectequi,de i53o à i534,
jia* L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE.
a bâti, à Malines, Thôtel du Saumon, et la chose est très regrettable, car la Renaissance s'y montre franchement accusée dans une façade en pierre de taille, relevée de colonnes et de frontons. Il en est à peu près de même, à Bruges, dans la construction connue sous le nom de V Ancien Greffe, que Chrétien Sixdeniers fut chargé. d'élever sur les plans de Jean Wallot(r534- 1537). L'édifice, habilement restauré de nos jours, était jadis décoré de statues dues au ciseau de Guillaume Aerts et représentant, outre Moïse et Aaron, les quatre Vertus cardinales.
Les Espagnols, qui furent maîtres de la Belgique durant plus de deux siècles (i 506-171 2), ne pouvaient manquer de laisser un peu partout des traces de leur passage. Rien que par flatterie, certains artistes devaient chercher à imiter ce qui se faisait au delà des Pyrénées. Du reste, les nombreuses relations existant depuis longtemps entre lés deux pays, au début, facilitèrent la tâche. A Tolède notamment s'étaient établis, au xv* siècle, des maîtres distingués tels que Hennequin de Egaz et Jean van der Eycken. Si le fils du premier, appelé Henri, continua à demeurer dans sa nouvelle patrie, où il fut l'initiateur de la Renaissance, celui du second, portant le même prénom que son père, revint à Bruxelles au commencement du xvi« siècle. Il n'y avait donc pas besoin d'aller chercher bien loin un interprète. Cependant, soit que nos recherches laissent à désirer, soit qu'il ait fallu un certain temps pour se faire à l'idée d'adopter des dispositions tout à fait nouvelles, on ne voit guère, avant le milieu du règne de Charles-Quint, des monuments développer sur chaque côté d'une vaste cour