‹ L'architecture de la renaissanceChapitre 129 sur 133 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Style gothique présente, grâce à ce concours, la particularité d'être terminé en style de la Renaissance. Seulement, pour être exact, il faudrait ajouter que le mot employé en second lieu ne répond pas aux transformations signalées plus haut. Berruguete, qui avait fréquenté Michel-Ange et beaucoup d^autres anistes non moins renommés, arrivait avec les idées alors en circulation à Rome et à Florence. L'imitation de plus en plus étroite de Tantiquité était le but quUl poursuivait, et il n^avait que faire des charmantes créations en honneur quelques années auparavant. On le voit, du reste, aux grandes constructions qui lui furent commandées par Charles -Quint : le palais de Grenade et Palcazar de Tolède. Des deux parts, c'est le style gréco-romain le plus avancé, et on n'eut pas mieux fait en Italie.

De tout cela il faut conclure que la critique s'est trompée d'un degré; elle a confondu la seconde phase de la Renaissance avec la première. L'une a certainement reçu une vigoureuse impulsion de Berruguete,

qui, dans ces limites restreintes, peut bien être considéré comme un initiateur; mais l'autre est le résultat du développement pris par l'orfèvrerie à la suite de la découverte du nouveau monde. L'or et l'argent abondant en Espagne, on chercha naturellement à utiliser ces matières de manière à satisfaire tout à la fois le besoin de nouveauté et le besoin de richesse. La Renaissance, qui, depuis un demi-siècle, florissait en Italie, fut donc mise à contribution; mais on employa sans discernement^ on multiplia sans mesure, les éléments fournis de la sorte, en même temps que l'on ne rom-

)ja L'ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE.

pit pas entièrement avec le passé. Et, par un retour des choses, tandis que c'était l'orfèvrerie qui s'inspirait auparavant de l'architecture, ce fut l'architecture qui puisa dès lors ses inspirations dans l'orfèvrerie. ':.

Aussi donna-t-on au nouveau style le nom de plate- ).

resco, dérivé du mot platero, qui signifie orfèvre, Berruguete, comme on le suppose bien, ne parvint pas tout de suite à donner une nouvelle direction au goût [:

de ses compatriotes, et beaucoup de monuments conti- ji .

nuèrent à étaler l'exubérante richesse particulière au plateresque. Citons seulement la cathédrale de Gre- .

nade (i 529-1 56o), la cathédrale de Ségovie, l'église de San Domingo, à Salamanque, et l'entrée principale du monastère de San Marcos, à Léon; Parmi les architectes les plus dignes d'être nommés, il ne t,^

faut pas oublier un Français, Philippe Vigarny ou de Bourgogne, ^ui, en dépit de son origine, comme tous ceux autour de lui se montra trop enclin à sacrifier la simplicité à l'abondance, l'élégance à la variété. C'est ce qui explique, du reste, l'enthousiasme des Espagnols pour son œuvre principale, la lanterne de la cathédrale de Burgos, commencée en 1539. «

L'amour du faste, de tout ce qui frappe les yeux et éblouit l'esprit, eut pour conséquence la grande importance donnée à certains détails tandis que l'ensemble était négligé. Instinctivement ou par réflexion

l'attention est portée sur un point que l'on développe aux dépens de ce qui l'entoure, que l'on s'efiForce i;,

d'embellir par toutes les ressources de l'art à sa disposition. Aussi n'est-il pas rare de trouver quelques-

uns de ces chefs-d'œuvre qui se déiachent isolés et magnifiques sur un mur sévère et nu.

Fie. 104. — Ëglîie de Sin Domingo, à Salaminque.

Les Espagnols aiment surtout à orner les portes de leurs monuments: ils arrivent à en faire de véri-

tables joyaux, qui, au-dessus d^une ouverture à plein cintre ou surbaissée, avec accumulation de voussures contournées en spirale ou torsadées, développent parfois des courbes et des contre-courbes, superposent jusqu^à deux étages de niches ou de médaillons. Lorsque les niches manquent, et par conséquent les statues pour lesquelles elles sont faites, Tornementation peu fouillée s^étend indéfiniment, sans parties tranquilles, multipliant les guirlandes de fleurs, les rinceaux, les arabesques, jusqu^à des rosaces inspirées de l'art moresque*.

Bien que percées irrégulièrement, les fenêtres ne sont pas reliées entre elles, de manière à former proprement une façade; c'est presque par exception que nous les voyons aux casas capitulares (hôtel de ville} de Séville, où Pinfluence 'française est incontestable, se rattacher à un système d^harmonie symétrique bien calculé.

Parfois comme au palais Monterey, à Salamanque, que domine une sorte de belvédère à chaque extrémité, l'étage supérieur est largement ajouré en arcades; parfois aussi, comme à la casa de las Couchas de la même ville, une décoration au moins originale par la répétition indéfinie du même ornement (une coquille de saint Jacques) relève le nu des murs; mais cela n'empêche pas la plupart des riches habitations d'avoir un peu l'air extérieurement d'une forteresse. Par un ressouvenir de la vie arabe, si semblable sur bien des points à celle des anciens Romains, on a réservé pour une cour intérieure, généralement assez vaste et entourée d'un double étage de galeries, connue sous le

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