‹ L'architecture de la renaissanceChapitre 35 sur 133 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

répète jamais. Il faut dire que celle indépendance d^allures est bien obtenue un peu aux dépens de la fidélité à Tantiquité romaine, que Palladio n'a guère eu d'autre maître direct que Vitruve, considéré, du reste, comme un mentor peu gênant ; mais c'est chez lui raison et sagesse, non mépris : il veut s'inspirer au lieu d'imiter, ou n'imiter que lorsqu'il saisit le pourquoi de ce qu'il observe et peut en faire une application logique et savante. Sous ce rapport, un point de contact existe entre lui et nos grands architectes français du xvi® siècle.

Aux qualités qui précèdent, les œuvres de Palladio joignent l'harmonie, la distinction, la netteté. Elles sont faciles à comprendre et d'une imitation aisée. Aussi nul plus que ce maître n'exerça-t-il une juste influence sur la seconde moitié du siècle où il vécut et la première du suivant. A l'exemple de l'Italie, les pays étrangers adoptèrent sa manière de faire; il eut surtout beaucoup de succès en Angleterre.

De même que Vignola, Palladio a excellemment f écrit sur son art; le Traité d' architecture qu'il publia

! en iSjo eut dès le premier instant une vogue consi-

dérable, et de tous côtés on se mit à bâtir suivant les règles indiquées. En outre, par suite d'un heureux 1 concours de circonstances, le maître, sans s'éloigner de

la région où il était né, put trouver le moyen d'exercer son talent. Les principaux monuments qu'il a laissés se voient à Vicence, à Venise et lieux circonvoisins. Rome, qui ne pouvait guère servir à sa réputation, l'attira peu. Les bâtiments claustraux de Saint-Jean-de-Latran sont à peu près dans celte ville son seul ouvrage.

Palladio, en 1549, alors qu'il n'avait que trente et un ans, triompha dans un concours établi pour le rajeunissement de la basilique de Vicence. De préférence à Jules Romain, il fut chargé de donner à un édifice du moyen âge une enveloppe moderne, et l'habileté dont témoignent ses combinaisons est au-dessus de tous éloges. Entre les supports de la nouvelle ordonnance extérieure et les anciens piliers de l'intérieur existe la plus fidèle correspondance. On pourrait croire qu'autour du monument se sont toujours étages les deux portiques actuels avec leurs arcades reposant non sur le massif intermédiaire, mais sur de svelies colonnes géminées, ce qui établit de chaque côté des baies rectangulaires et prolonge pour ainsi dire l'espace ouvert. Des pilastres, doriques en bas, ioniques en haut, les uns et les autres portant entablement conforme, servent d'encadrement. Le tout terminé par une riche balustrade, bordant une terrasse en arrière de laquelle on aperçoit une sorte d'attique percé d'ouvertures circulaires.

Dans les églises, telles que, à Venise, San Giorgio Maggiore (i565), San Francesco délia Vigna (i568- 1572) et II Redentore (iS/j), Palladio cherche à accuser au dehors les dispositions du dedans. Pour cela, au-dessus de l'ordre qui règne dans toute la largeur de la façade, un fronton est appliqué en avant de la nef principale, un demi-fronton en avant de chaque bas côté. Rien de plus naturel en soi, et pareil arrangement suggéré par les divisions de la toiture, malgré son peu de valeur esthétique, rompt heureusement avec l'habitude de dresser sans règle fixe, à la même

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