‹ L'architecture de la renaissanceChapitre 70 sur 133 · LIVRE II. m · texte numérisé non relu

LIVRE II. m

Poitiers, les Saintes-Chapelles de Riom et de Bourges sont là pour le prouver, — devance les Médicis dans la recherche des camées, des médailles, des peintures anciennes, soit grecques, soit romaines. Quelques années plus tard, le roi René également montre un goût assez vif pour les objets antiques; il collectionne des pierres gravées et s'essaye à copier des inscriptions. Mais ce sont surtout les deux Charles d'Anjou, frère et neveu de René, successivement comtes du Maine, qui accentuent le mouvement en appelant au cœur de la France et en retenant le plus longtemps possible un sculpteur de talent, Francesco Laurana.

Chose à remarquer néanmoins, durant un premier séjour de six années (1460-1467), le maître ne semble pas avoir eu une seule fois l'occasion de s'exercer à quelque œuvre importante. Les princes angevins et Louis XI à leur suite se bornent à commander une série de médailles, qui, outre leur beauté reconnue, constituent de précieux documents iconographiques. Pour trouver trace d'une création digne d'être signalée, il faut descendre jusqu'à l'époque où (1475) le jeune Charles d'Anjou fit, dans la cathédrale du Mans, élever un tombeau à son père. Laurana, qui revenait alors de Sicile, comme on pouvait s'y attendre et, du reste, comme on le désirait sans doute, ne manqua pas d'affirmer hautement ses préférences en empruntant à l'antiquité non seulement courbes et moulures, mais encore ornements de toute sorte, tels que griffes de lion, bordure de godrons, cartouches à queues d'aronde soutenus par des Amours. La chapelle Saint-Lazare, à la cathédrale de Marseille, dont la construction dura huit ans

(1475-1483), accuse les mêmes tendances. Ce grand travail, toutefois, n^est pas entièrement de la main de Laurana,qui, occupé, vers le même temps {1476- 1481), au retable de Péglise des Célestins, à Avignon, dut se faire aider par un compatriote, Thomas de Côme. A l'instigation de son neveu et héritier, le roi René sMtait donc décidé, bien qu'un peu lard, à patronner Fart charmant entrevu prés d'un demi-siècle auparavant, quand il traversait l'Italie juste au moment où fiorissaient Ghiberti, Donatello, Brunellesco et Alberti.

. Nous venons de voir le rôle joué par Charles d'Anjou. Grâce à ce prince, le plus ancien monument de la Renaissance se trouve non en Provence, mais dans le Maine. Il n'a servi de rien au beau pays compris entre le Rhône et le Var d'être pour ainsi dire, au point de vue des mœurs comme à celui des traditions de toute sorte, un prolongement de l'Italie. La persistance des formes antiques dans les monuments d'architecture romane et la durée de cette dernière jusqu'à la fin du XIII* siècle, sous Philippe le Bel, expliquent peutêtre pareil fait. Le style gothique était depuis trop peu de temps adopté pour qu'on pût déjà l'abandonner. Parmi les artistes appelés d'Italie par les papes résidant à Avignon (i 309-1377), on ne voit guère que des peintres et des miniaturistes. Toutes les grandes constructions sont confiées à des architectes français qui, le plus souvent, nous le savons par des documents récemment publiés, viennent de la province de leurs Mécènes. Pétrarque, plus occupé de littérature que d'art et, d'ailleurs, vers la fin de son séjour (i 342-1347), profondément hostile au maintien de la papauté de ce côté des

Alpes, n'a eu et ne pouvait avoir qu'une action insignifiante. En aucune façon on ne voit qu'il ait poussé

Fig. 1$. — Chapelle Saint-Luart, à Martcille.

à rimitation des nombreux et beaux monume bords du Rhône. Privés de toute direction, les maçons continuèrent de plus en plus à négliger la source où s'abreuvaient leurs pères, et c'est un Italien,

Giuliano da San-Gallo, qui, au xv* siècle, vient chez nous enrichir son album des plus précieux motifs d'architecture. Cet exemple, il ne faut pas l'oublier, fut suivi assez longtemps après par Vlgnola, Palladio et San-Micheli.

Jusqu^ici, nous n^avons rien dit des miniatures de Jean Foucquet. Il y a là cependant un témoignage du goût très prononcé de l'un de nos compatriotes pour tout ce qui touche à l'architecture antique, dès le milieu du XV* siècle. Le Livre d'heures d'Etienne Chevalier est rempli de fonds de tableaux inspirés des monuments romains. On y trouve notamment plusieurs fois répétées les colonnes torses couvertes de pampres conservées à la basilique de Saint-Pierre, où elles sont données comme provenant du Temple de Jérusalem. Les Antiquités judaïques, enluminées quinze ans plus tard, c'est-à-dire en 1470, reflètent les mêmes préoccupations et avec raison jouissent d'une réputation non moins considérable.

L'initiative prise par Jean Foucquet n'eut guère d'influence sur l'architecture, qui, pour être transformée, demande le concours de beaucoup de volontés. Sauf la tentative signalée au Mans dans la région du Nord^ on continua sous Louis XI à suivre l'ancienne pratique. L'esprit bourgeois qui régnait à la cour était peu favorable aux arts ; il n'y avait nulle part d'idées élevées ni délicates. Du reste, pendant les premières années du règne de Charles YIII,lçschoses demeurèrent à peu près dans le même état,. Au château du Verger, en Anjou, tout le corps de Ipgis principal, élevé de 1482 à 1490, appartient encore au gothique quintessençié, et c'est

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