‹ L'architecture de la renaissanceChapitre 85 sur 133 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

qui ne vivent qu'un jour, exécuteurs de cette pensée supérieure qui confond les espérances les plus légitimes de notre orgueil et transporte perpétuellement les conceptions individuelles du légitime propriétaire à d'infidèles fermiers *. »

Dans rimpossibilité où il se trouvait de construire un édifice réel, Rabelais a mis en œuvre toutes les ressources de son imagination pour grouper les éléments d'un édifice idéal. La description donnée dans le chapitre 52 de la Vie très horrijicque du grand Gargantua apparaît comme le résumé des doctrines artistiques en même temps que des aspirations et des rêveries qui avaient cours alors. Mais s'il s'agit d'une fiction, les détails sont néanmoinssi nombreux et si précis que Lenormant n'a pas eu trop de peine à produire graphiquement une reconstitution.

L'abbaye de Thélème ou de Volonté présentait la figure d'un hexagone appuyé à chaque angle d'une grosse tour ronde. D'autres tours servant d'escaliers faisaient en outre saillie sur deux corps de bâtiments. Au centre de la cour intérieure, également à six côtés, se superposaient les vasques d'une magnifique fontaine. Dans l'arrangement des pièces tout était combiné pour les agréments du corps et les plaisirs élevés de l'esprit. Les femmes au midi, les hommes au nord — car Thélème comme Fontevrault était une abbaye mixte — trouvaient à portée bibliothèque, galerie de tableaux et salles de bains. Des constructions accessoires au pourtour achevaient de rendre ce séjour délicieux. Elles

I. Rabelais et Varchitecture de la Renaissance, Paris, 1840, p. 3.

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comprenaient un théâtre, un cirque, un jeu de paume^ une fauconnerie. Rabelais évidemment a voulu railler Tesprit païen et sensuel de tant de seigneurs ecclésiastiques du xvi® siècle. Mais ces derniers, comme Jean du Bellay, à Saint- Maur-les-Fossés, comme Hamon Le Barbier, à Kerjean (Finistère), aimaient mieux bâtir des châteaux que des abbayes. Aussi, non seulement ne trouve-t-on rien qui approche tant soit peu du modèle indiqué, mais encore les changements même de peu d^importance sont plus rares dans les monastères, que partout ailleurs.

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