AVANT LE COMTE D. HENRIQUE
Les Statues de Montealègre (*) et le Colosse des îles Açores.
Tout en ne commençant notre aperçu sommaire de l’histoire de l'architecture en Portugal qu’à cette époque, à jamais mémorable, où le petit fils de Hugues-Capet, le comte D. Henrique, devenu gendre du roi de Castille Alphonse VI, enleva aux Maures la ville de Cintra et s’intitula, dans les actes de son gouvernement : Par la grâce de Dieu , comte et seigneur de tout le Portugal; il nous parait utile de jeter un coup-d’œil sur deux monuments qui font remonter l’apparition connue des Beaux-Arts en Portugal à la plus ancienne colonisation dont l’Europe occidentale ait gardé le souvenir; à celle qui précéda les établissements, sur la côte de l’antique Lusitanie, des navigateurs phéniciens et carthaginois.
En effet, en 1785, furent trouvées, près de Montealègre , deux statues en pierre, de grandeur différente, mais ayant la même attitude et offrant toutes deux l’image d’un homme dont un bras est pendant et dont l’autre tient un bouclier rond . Ces figures d’un style grossier, et présumées appartenir à l’art primitif des premiers colons du pays, de ceux que la Fable fait descendre de Lusus, compagnon de Bacclius, ou des sujets d’Ulysse, sont les premiers vestiges de l’art portugais.
Une tradition assez puissante veut que les îles Açores ne
(1) Petite ville de la province de Tras os Montes , une des plus septentrionales du Portugal .
soient pas en reste avec la métropole au point de vue de l’antiquité du culte des Beaux-Arts; car lorsque Gronçalo Volho eut découvert l'île de Corvo, on dit qu’il aperçut, sur un roc escarpé dominant l’Océan , une statue équestre de dimension colossale et dont l’index de la main droite désignait le nordouest, semblant indiquer ainsi aux Portugais le vaste champ de découvertes territoriales que leur réservait l’Atlantique. Cette statue., détachée, par ordre du roi Jean III , du roc dans les flancs duquel elle avait été sculptée, fut, dit-on, brisée dans cette opération et ne put être apportée à Lisbonne où il serait fort intéressant aujourd’hui de la pouvoir étudier et de la comparer avec les statues de Montealègre.
La côte occidentale de l’Ibérie, où les Phéniciens et plus tard . les Carthaginois eurent de nombreux ports de relâche pour leurs navires qui allaient chercher l’étain jusque dans le pays de Cornouailles, de même que les côtes de l’Afrique et peutêtre les îles qui en sont peu distantes, n’offrent malheureusement plus de trace architecturale du séjour des hardis explorateurs qui précédèrent ou suivirent les entreprises héroïques de Himilcon et de Hannon. En Portugal seulement où, dans les Algarves, le promontoire sacré (devenu le cap Saint-Vincent ), était un des ports extrêmes les plus importants de Carthage ; on retrouve, par l’étude de la numismatique et de la linguistique, les souvenirs ineffaçables des enfants de Sidon, de Tyr et de Carthage.
Le Dolmen de Cintra
et les Monuments mégalithiques du Portugal (*).
Les peuples, dits Celtiques , ont laissé de nombreuses traces de leur séjour prolongé dans la Lusitanie, où, malgré les défaites et la mort de Yiriathe , leur dernier héros, et de Sertorius, le
(1) Lu à la Société libre des Beaux-Arts, comité central , et à la Société Française de Numismatique et cT Archéologie. (Extrait de leurs annales.)
proscrit de Sylîa et leur allié/ ils ne furent définitivement vaincus et ne perdirent leur autonomie et leur religion nationale qu’après la conquête des Visigoths et la conversion de ces derniers au christianisme.
Sous le nom général d 'Antas, le Portugal renferme un certain nombre de monuments primitifs que l’on peut assimiler aux cromlechs, aux dolmens , aux allées couvertes ou aux tu mulus , élevés sur le sol de toute la partie de l’Europe occupée autrefois par la race dite celtique. Les mots portugais Cromlech, Castros ou Crastos , Altares rudes et Mamoas ou Modorras, désignent ces anciens monuments consacrés à une religion que l’on pense êtré'/e Druidisme , par les Lusitaniens libres.
Le mieux conservé de ces témoins de l’antique religion celtique et cependant un des moins étudiés par les archéologues (non-seulement anglais et français, mais encore portugais), est le grand dolmen ou allée couverte de Cintra; masse gigantesque isolée et comme perdue au sommet d’une montagne entourée elle-même de rocs abrupts coupés partout de précipices.
Rien en cet endroit solitaire, où les sifflements du vent interrompent seuls un majestueux silence, ne rappelle la fraîche Cintra et ses montagnes aimées de Phèbé , où, suivant le Camoëns, les Naïades venaient échapper aux ardeurs du soleil et à celles plus brûlantes encore du dieu Amour.
L’entrée de ce dolmen, tournée vers le couchant, regarde l’Océan sans limites et domine le plateau élevé qui lui sert de base. Sa forme, en plan, est celle d’un trapèze dont la largeur à l’entrée, est de trois mètres cinquante centimètres; à la sortie, de quatre mètres quatre-vingts centimètres seulement et sur une hauteur à peu près uniforme d’environ quatre mètres.
Malgré la présence, dans l’une des pierres qui servent de plafond à cette allée couverte, d’une rainure assez caractéristique des tables de sacrifice de ces autels celtiques, les fouilles déjà faites n’ont amené la découverte d’aucun objet pouvant servir à définir son origine et son usage : il y a seulement
lieu de constater que le sol qui l’entoure est de terre rapportée et n’offre pas la même constitution que les terrains environnants.
Faut-il voir, dans le monument druidique de Cintra comme dans la plupart de nos dolmens et allées couvertes de France, le tombeau colossal d’un chef, peut-être l’autel d’une divinité topique, ou enfin un des premiers sanctuaires de la religion des enfants de Lusus? C’est une importante solution archéologique que nous pouvons attendre avec confiance des recher ches patientes de notre collègue le chevalier da Silva.
Nous nous bornons à faire connaître, d’après un travail remarquable de M. Pereira da Costa, directeur de la Commission géologique portugaise, la liste des principaux monuments mégalithiques existant actuellement en Portugal, telle qu’elle a été communiquée par ce savant à la deuxième session du Congrès international d’anthropologie et d’archéologie préhistoriques tenue à Paris en 1867.
Province d’Alemtejo.
t. Dolmen de Melriço.