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SOUS LA DYNASTIE ALPHONSINE

Le Monastère d’Alcobaça et le Couvent de Santa-Cruz de Coïmbre.

Le premier Comte de Portugal* Henri* de la maison ducale et française de Bourgogne, eut trop à faire la guerre pour songer efficacement aux arts, ces enfants de la paix* et si de nombreux édifices ont conservé le souvenir de son passage [citons parmi ceux-ci, la cathédrale de Braga (1) et le château fort ruiné de Guimaraës (2)], on ne peut, avec certitude* assigner au règne de ce prince la fondation d’un seul monument venu jusqu'à nous.

Son fils, Alphonse Henriquez, comte indépendant de la couronne de Castille depuis 1131, et déclaré roi en 1143, sous le nom de Alphonse 1er (3)? après la bataille d ’Ourique (1139) et la réunion des États du nouveau royaume dans Vêglise Santa-'Maria d’Almacam de Lamego* fut plus heureux et attacha son nom au monastère d’Alcobaça et au couvent de Santa- Cruz de Coïmbre.

Le premier de ces édifices doit son nom aux deux petites rivières, Y Alcoa et la Baça qui arrosent ses environs. Il fut fondé, parle roi Alphonse Ier, en reconnaissance delà victoire

(1) La cathédrale de Braga , qui dispute à celle de Tolède, son titre d’ Eglise primatiale de toutes les Espagnes, et qui, comme elle, a conservé le rite mozarabe, renferme le tombeau du Comte Henri, mort en 1112, à Astorga.

(2) Le roi Alphonse Ier y naquit en 1109.

(3) Nous nous sommes autorisé de l’exemple de nombreux écrivains français pour, dans toutes les parties de ce travail qui nous sont personnelles, nous servir des noms consacrés en France, et ainsi, nous appellerons presque toujours le roi Don Manoel, Emmanuel; de même que nous dirons Lisbonne, et non Lisboa , etc.

d ’Ourique, le 2 février 1148, sous le vocable de la Vierge et eut pour premier abbé Ranulphe, disciple de saint Bernard. Ce monastère est remarquable par la grande étendue de ses six cloîtres et de leurs vastes dépendances; et l’église, d’un aspect grandiose, composée de trois nefs d’une hauteur égale, ainsi que le Cruzeiro (1) et la grande Chapelle, présente ce caractère utile à noter ici que Y arc brisé (dit ogive) y fut, pour la première fois employé en Portugal. On y visite, avec grand intérêt, les tombeaux de plusieurs rois de la dynastie Alphonsine (ceux d’ Alphonse II, d’ALPHONSE III et de leurs épouses dona Urraca et dona Brites); celui (TAffonso, frère d’Alphonse Ier; et surtout ceux de Don Pedro et d’iNÈz de Castro (2).

(1) Cruzeiro répond â notre mot français Croisée et indique, dans une église, les bras de la croix formée par la grande nef et le transept.

(2) « C’est dans une chapelle du bas-côté de droite que se trouvent les mausolées d’iNÈz de Castro et de don Pedro. Les deux célèbres amants ont été ênsevelis , pied contre pied, afin, dit la chronique, qu’en se relevant au jugement dernier , leur premier regard soit un regard d’amour. Rien n’est beau, délicat et gracieux comme ce coffret de pierre qui renferme le corps de la femme qui fut le plus aimée au monde. C’est de la pierre, mais plutôt encore de la dentelle; l’ivoire n’a jamais été fouillé avec un pareil soin.

La statue d’iNÈz, sculptée par les ordres et sous les yeux même de son amant, est revêtue d’une robe à longs plis ; elle croise les bras nus sur sa poitrine et retient d’une main le collier de perles qui entoure son cou. Ses traits, d’une beauté parfaite, respirent une ineffable douceur. Elle porte sur la tête une couronne royale, — Inèz (on le sait) ne fut reine qu’après sa mort, — surmontée d’un petit baldaquin; six anges sculptés sont agenouillés autour de la princesse ; deux soutiennent sa tête, les autres soulèvent le pan de sa robe, ou bien agitent devant elle de riches encensoirs. La pierre sépulcrale est portée par six sphinx, dont deux seulement ont la figure et la poitrine d’une femme. Tout autour de la frise , le blason de Portugal alterne avec celui de la maison de Castro.

Le sarcophage de Don Pedro, le Jtisticier, est porté par six lions. La belle figure du roi, encadrée par une longue barbe, garde encore cette expression de douceur et de noblesse que lui donnent tous les portraits; un long manteau recouvre le corps; la main droite saisit l’épée ; aux pieds du roi est couché un chien de chasse.

Les quatre côtés des deux tombeaux sont couverts de bas-reliefs représentant le Jugement dernier, le Purgatoire, la Résurrection et les souffrances des premiers martyrs. Les personnages ont quatre à cinq centimètres de hauteur. » — (d’après divers auteurs portugais et étrangers, résumés ou transcrits par À. Germond de Lavigne). — Voir bulletin bibliographique.

Ajoutons que ces tombeaux, plusieurs fois violés, paraissent aujourd’hui à l’abri de nouvelles profanations, grâce én partie au zèle de notre confrère, le chevalier da Silva qui a su, dans la séance du 24 août 1869

Le Couvent de Santa-Cruz de Coïmbre (voir Chapitre IV, p. 36, n. 2,) fut fondée sous le régne d’ALPHONSE Ier, dont il renferme le mausolée ainsi que celui de son successeur Dom Sanche leL par D. Tello, archidiacre de la cathédrale de Coïmbre, en vue d’y installer, à l'exemple de l’Institut des Chanoines du Saint -Sépulcre, que ce prélat avait admiré à Jérusalem, une pépinière de prédicateurs de la foi. Plusieurs cloîtres de belles proportions entourent la vénérable église, bâtie sur l'emplacement d’une plus ancienne, et renferment la Salle du Chapitre, où se voit la tombe de D. Théotonio, le premier prieur, due à Thomas Velho, architecte du commencement du XVIe siècle.

Sainte-Marie d’üdivellas

Le sixième roi de la maison Alphonsine, Don Diniz Ier, fut non-seulement un grand souverain auquel le Portugal dut de nombreuses institutions parmi lesquelles il faut citer la fondation si louable de l’Ordre religieux et militaire du Christ , ordre qui reçut dans son sein les chevaliers templiers alors proscrits par toute l'Europe et qui échappèrent ainsi en Portugal et grâce au roi Diniz, à une ruine injuste; mais encore ce prince eut la gloire d’attacher son nom à la continuation ou à la fondation de nombreux édifices, dont le plus important était le monastère et l'église de Sainte-Marie d'Odivellas (1), à douze

de la Chambre des Pairs, intéresser à leur protection le Président du Conseil des Ministres et le Ministre des Travaux publics, afin de faire démolir un cellier et une maison de deux étages qui s’élevait sur la voûte même de la chapelle où reposent les tombeaux de don Pedro et d’iNÈz de Castro.

(1) Il fut malheureusement détruit dans le tremblement de terre de 1755: les nefs de l’église se son t écroulées, les apsides latérales et les chapelles du sanctuaire ont seules résisté, et le roi Joseph a fait construire la nouvelle église, ne comprenant qu’une seule nef, mais avant cinq

kilomètres de Lisbonne, au milieu d’une forêt où Don Diniz, mis en péril de mort dans une chasse à l’ours, réalisa par cette magnifique fondation un vœu fait au moment du danger.

Cet édifice, le plus vaste ensemble de constructions jusqu’alors érigées en Portugal, était destiné à recevoir deux cent soixante religieuses Carmélites, et fut occupé dés l’an 1305. (Les premiers travaux, ou tout au moins le vœu du roi Diniz, remontent à l’année 1295). Il se composait de deux cloîtres à deux étages et d’une grande église dans le style ogival , dit primaire, Ce vaste temple comprenait trois nefs, dont la plus large (celle du milieu) avait 9 m. 47 et les deux autres, seulement 4 m. 23 chacune. L’apside principale avait 10 m. 66 de longueur et deux petites apsides à pans coupés terminaient les basses-nefs. Le premier cloître était accolé à l’église et ne comprenait que trois côtés de chacun 20 m., tandis que le second, également carré, avait quatre côtés de chacun plus de 36 m.,et était divisé par cinq arcades en comprenant trois plus petites dont les archivoltes retombaient sur les chapitaux de colonnes, arcature qui se rencontra souvent à cette époque, en France et en Allemagne, mais plutôt dans les édifices appartenant à la dernière période du style roman. Chaque cloître avait au centre une citerne, et une disposition originale se trouvait dans le dortoir (composé d’une grande salle unique) du second cloître. Chaque couchette de religieuse était comme enfermée dans un grillage en bois, faisant assez ressembler ces sortes de cellules à des cages à poulets.

Derrière la primitive église se trouvait le chœur particulier des religieuses, d’une longueur d’environ 44 m., et avec dix

chapelles de chaque côté, dans le style d’architecture de la fin du xvme siècle, fâcheux anachronisme.

Le tombeau du roi fondateur a heureusement été préservé et se voit dans une chapelle du côté de l’Evangile. Ce monument, en marbre, représente Don Diniz couché sur un sarcophage décoré de bas-reliefs figurant une double procession de moines et de religieuses. Au-dessus de ces saintes théories se voient, dans une frise ornée, des écussons portant onze châteaux. Les armes actuelles de Portugal n’en ont conservé que sept correspondant, nous croyons, aux sept anciennes provinces continentales du royaume : Minho , Tras-os-Montes , Alemtejo, Haut-Beira, Bas-Beira, Estramadure et Algarves.

chapelles de chaque côté, toutes ornées de sculptures en marbre exécutées, en 1717, par ordre du roi Jean Y qui avait offert aux religieuses de faire revêtir leur sanctuaire de lames d’argent.

Le souvenir du fondateur, Don Diniz, s’est perpétué au travers des ruines de son œuvre et, outre son tombeau, le crucifix qui ornait sa chambre et qu’il a légué au couvent, dit encore aujourd’hui la piété de ce souverain, ami des arts, et offre, dans les lignes raides de sa musculature primitive, un curieux et précieux spécimen pour l'archéologue de la sculpture portugaise du commencement du xive siècle.

L’histoire des arts a encore un fait important à rattacher au Monastère d’Odivellas: c'est le nom de l’architecte Alphonse Martins (1), le meslre das obras de cet édifice (ainsi qu’il est constaté par un document de 1 324) et que l’on sait être né en 1276 à Lisbonne, où il mourut en 1328. L’histoire n’a malheureusement qu’un seul détail à ajouter à ces deux dates, c’est que le père d’ Alphonse Martins était tailleur de pierres et imagier , c’est-à-dire sculpteur.

Notre-Dame de Bathala

Les circonstances remarquables dans lesquelles fut fondé le superbe Couvent de Bathala ont inspiré à un généreux patriote portugais, qui est en même temps un grand artiste (2) les

(1) Malgré l’opinion de notre savant collègue, M. le Chevalier da Silva, nous adoptons, avec M. le Comte A. Raczynski, la version qui fait que Martins soit le nom de famille de cet architecte, et nous renvoyons, pour sa biographie, à la lettre M de la Biographie universelle des Architectes célèbres , tout en craignant bien de ne pouvoir ajouter que tort peu de choses aux lignes ci-dessus en partie fournies, par notre collègue le Chevalier da Silva.

(2) Le Chevalier da Silva, Conférence Internationale (Société Impériale des Architectes, voir bulletin bibliographique).

lignes suivantes qui, plus que tous autres développements, forment une page intéressante de l’histoire de l’architecture en Portugal.

« Le peuple portugais se groupant autour de l’étendard sacré de l’indépendance nationale, recourt aux armes et proclame pour son général le Grand-Maître de Tordre d’Aviz, frère naturel du souverain décédé, qui marche à la rencontre de l’ennemi et remporte sur lui une victoire si complète à la bataille d'Aljubarota , qu’il l’oblige à fuir et à mettre un terme à la lutte.

Les trois états du royaume se réunissent en Cortès dans la ville de Coïmbre, afin de résoudre la question de la succession de la couronne. La voix éloquente de Jean das Regras, invoquant la loi suprême du salut public, persuada à l’assemblée de donner la couronne au Grand-Maître d’ Aviz, puisque l’héritier légitime du trône et son frère, tous les deux fils de Don Pierre Ier el de la malheureuse reine Dona Inèz de Castro, se trouvaient prisonniers en Castille.

Saluant l’indépendance nationale et inaugurant pour la seconde fois le principe de la souveraineté populaire (1), le peuple portugais vit rayonner l’aurore d’une nouvelle époque, la plus remarquable, le plus glorieuse de son histoire.

Ce fut en commémoration de cette brillante victoire sur Jean hq roi de Castille, et par suite de ses événements que le Grand-Maître d1 Aviz. devenu roi de Portugal sous le nom de Jean Ier, fonda le superbe couvent de Bathala. C’est de tous nos monuments celui qui présente l’harmonie la plus admirable en toutes ses parties, le plus de goût et une meilleure distribution des ornements ; le plus de beauté et de perfection dans l’exécution des travaux. C’est donc le plus parfait monument de notre pays, et l’époque de notre histoire, dont il retrace le souvenir, est celle de la plus grande vigueur de la nation portugaise, des plus nobles et des plus généreuses pensées de ses enfants; c’est encore l’époque de la plus

(1) Alphonse Ier avait voulu, après la bataille d ’Ourique, tenir les premières cortès que cite l’ histoire du Portugal en convoquant les trois ordres-de la nation, clergé, noblesse et peuple, à Lamego et, se présentant devant eux, sans les insignes de la royauté, armé seulement de l’épée qu’il portait à Ourique, il leur demanda, par la voix de Lourenço Viegas, leur procureur, s’il leur plaisait de lui confirmer le titre de Roi dont l’armée l’avait gratifié sur le champ de bataille. Sur la réponse affirmative et unanime de l’assemblée, l’archevêque de Braga, primat du nouveau royaume, mit sur le front d’ Alphonse lerla couronne d’or dont les rois visigoths avaient dit-on, fait présent au célèbre monastère de Lorvao.

parfaite harmonie des idées dans les régions de la politique ; enfin celle où les vertus civiques sont les plus fortes et les plus pures. Voilà pourquoi le monastère de Bathala montre, par le soin qui préside à son architecture, le commencement et une forte impulsion donnée au développement de la civilisation des Portugais; car ce magnifique édifice porte l'empreinte de toutes les gloires acquises par le roi Jean 1er et ses illustres fils sur les champs de bataille et dans les découvertes de nouvelles terres et de nouvelles mers. Aussi dans cette seconde période de la nouvelle existence sociale, l’art se manifeste sous des traits plus distingués. Ses formes sont sveltes, ses proportions calculées par de justes divisions, les décorations disposées avec convenance et bon goût, et l’exécution du travail montre un soin tout particulier. »

Nous donnons plus loin (Ch. IV, p. 36), les noms des quelques architectes qui ont été conservés dans les archives portugaises, comme ayant travaillé au monastère de Bathala sous le roi Emmanuel le Fortuné, et nous sommes heureux de revendiquer ici pour la France la gloire d’avoir fourni un des premiers maîtres de l’œuvre, Huguet, Huet ou Ouguet que l’opinion la plus accréditée dit Français, et que les Anglais soutiennent avoir été un franc-maçon irlandais du nom de Hacket. Au reste, les anglais et surtout Murphy (1) avancent que le premier architecte de Bathala fut Stephen Stephenson, Anglais de naissance. Mais un fait sur lequel on n’a aucun doute, c’est que le premier directeur des travaux de Bathala, celui qui dut en tracer le plan primitif fut un Portugais, nommé Alphonse Dominguez, dont la mort eut lieu dans des circonstances dignes d’être signalées.

Alphonse Dominguez avait dirigé les travaux du beau cloître dit Cloître du Roi , lorsqu’il voulut faire exécuter la remarquable voûte surbaissée de la salle Capitulaire du couvent. A la suite du tracé de l’épure de cette voûte, il avaiL perdu la vue, et lorsqu’on opéra le décintrement de cette voûte, elle s’écroula ;

(1) Murphy suppose que la reine Philippa, femme de Jean Ier, fille du duc de Lancastre et petite-fille d’Edouard III, a pu contribuer à faire confier cette œuvre grandiose à un architecte qui s’étaiÇ déjà fait connaître avantageusement en Angleterre.

l’artiste en ressentit un profond chagrin, mais ayant fait demander les claveaux qui semblaient être la cause de cet événement, il n’eut pas de peine à reconnaître au toucher les défectuosités de l’appareil et le vice de la construction. Aussi il fit recommencer sur le tracé primitif la coupe des claveaux, faisant vœu à Notre-Dame de Bathala (Notre-Dame de la Victoire) de passer en prière la première nuit qui suivrait le décintrement de cette nouvelle voûte. Lorsque cette opération eut lieu les ouvriers, craignant un nouvel accident, abandonnèrent l’artiste qui, plein de confiance en son talent et en ses prières, accomplit son vœu, malgré la rigueur de la température et son âge fort avancé (1). Aussi le lendemain matin, les ouvriers arrivant au travail furent-ils étonnés et consternés à la fois de voir que la Vierge avait exaucé les prières de l’habile constructeur, mais qu’il était mort au moment même de son triomphe. Car la voûte n’était lézardée en aucun point, mais Alphonse Dominguez, victime de son vœu était mort de froid pendant la nuit. Les maîtres imagiers du couvent de Bathala (2) voulurent conserver à la postérité les traits du grand artiste, et on peut voir sa figure sculptée sur un des corbeaux d’angle de pierre qui reçoivent les retombées des arcs de la voûte qui fut son chef-d’œuvre .

De nombreux ouvrages ont répandu la lumière sur les parties les plus intéressantes de Notre-Dame de Bathala; nous renverrons donc à ceux que nous citons dans notre Bulletin bibliographique pour de plus amples détails sur ce monument mémorable de la piété et du patriotisme du roi et du peuple portugais.

Nous emprunterons cependant au comte Raczynski(3)quel-

(1) Alphonse Dominguez avait alors plus de quatre-vingt neuf ans.

(2) Le comte A. Raczynski nous a conservé pour cette phase des travaux de Bathala le nom de Yimaginador Gil Eannes, cité dans un document de 1465.

(3) Les Arts en Portugal.

ques lignes d'un grand intérêt sur le goût de l’Architecture en Portugal à l’époque qui nous occupe.

« Les Portugais, selon moi, ont laissé des preuves de leur goût constant pour les ouvrages d’architecture, la perfection de leurs monuments sous le rapport de l’éxécution, celle de Bathala en particulier, prouve fort bien que cet art est vraiment national.

Une circonstance qui prouve plus fortement encore que l'architecture, même aux époques les plus reculées, devait jusqu’à un certain point être fille du pays, c’est la perfection avec laquelle la pierre a toujours été taillée et sculptée ici, la netteté avec laquelle tous les ornements en pierre ont été et sont exécutés. »

Le chevalier da Silva aj oute, de son côté , les lignes suivantes :

« Quoi que la foi exerçât sur les esprits un empire absolu, l’imagination éclairée de l’architecte domine hardiment dans ses œuvres, dans lesquelles le savoir de l’artiste, la délicatesse du travail et la richesse de la composition, obligèrent le peuple de contempler avec autant de vénération religieuse que d’admiration artistique, ce monument mémorable de sa piété, de son patriotisme, de sa valeur et de son courage. »

Des Édifices érigés ou restaurés sous le règne du roi Emmanuel le Fortuné.

Si Athènes eut Périclès ; Rome, Auguste et Léon X; la France, Louis XIV et Napoléon Ier; le Portugal eut Emmanuel le Grand, dit le fortuné , surnom bien digne du monarque sous le règne duquel Lisbonne, grâce au génie aventureux de quelques-uns de ses enfants, devint la capitale du commerce universel et la tête d’un empire qui égala presque en étendue l’empire romain

et dont, quelques années plus tard, Gamoëns devait chanter la gloire.

Emmanuel, que Ton pourrait aussi appeler le pieux, était adonné au culte des arts et son règne fut le signal d’un grand essor dans l’architecture portugaise, essor dont témoignent encore aujourd’hui les nombreux édifices religieux, civils ou militaires, fondés par ce prince qui utilisait ainsi pour le bien de tous ses sujets, sans distinction de classe, les trésors du monde entier affluant alors à Lisbonne.

Damien de (joes, l’auteur de la Chronique du roi Dom Emmanuel, nous a conservé > heureusement la liste des nouvelles églises , monastères, châteaux, forteresses et autres œuvres que le roi Dom Emmanuel a fait construire , et de celles qu'il a fait restaurer; et ce document est trop précieux pour que nous ne le transcrivions pas ici comme preuve irrécusable de l'activité de cette Renaissance Portugaise commençant dès les premières années du xvie siècle.

1° Il a fondé, pour sa sépulture et pour celle de sa femme et de ses fils, le monastère sous l’invocation de Notre-Dame de Belem{ 1), sur le bord de la mer à une lieue de Lisbonne, et il y a établi des moines de l’ordre de Saint-Jérôme. Nulle autre œuvre en Europe ne l’emporte sur celle-ci, ni en grandeur ni en magnificence. La mort l’empêclia de terminer cet ouvrage. Ce fut son fils dom Jean (2) qui le continua, mais il ne l’acheva pas non plus. — 2° 11 a fondé la maison de la Confrérie de la Miséricorde (3) à Lisbonne, œuvre très-magnifique et très-charitable. — 3° Il a fondé le monastère de Notre-Dame da Pena (4) — 4° Celui de Mato\ — 5° Et

(1) Voir p. 38, le chapitre spécial à cet intéressant édifice.

(2) Jean III, qui régna de 1521 à 1557.

(3) Un des principaux établissements de Lisbonne s’appelle encore

aujourd’hui la Santa Casa da Misericordia et reçoit en moyenne deux mâle cinq cents orphelins ou enfants trouvés par an. ,

(4) Emmanuel fit plutôt rebâtir par deux fois cet édifice, commencé, à la suite d’un pèlerinage, par son père, Jean II, qui avait fait couper à grands frais la roche pour y trouver un emplacement suffisant. De 1503 à 1511, Emmanuel l’avait fait construire en bois; mais, une fois achevé, l’édifice offrant peu de chances de durée, il le fit rebâtir en pierres et voûter, ce qui coûta, pour les bâtiments seulement, la somme, énorme pour l’époque, d e trente mille cruzades. U existe encore, dans cetédifice, d’anciens azulejos (carreaux de faïence coloriée unis ou en relief), qui forment un des principaux motifs de décoration des édifices portugais et dont la fabrication première remonte aux Arabes.

celui das Berlengas (1) ; ce qu'il fit à la demande de sa femme, la reine dona Maria ; les moines qui habitent ces derniers monastères appartiennent tous à l’ordre de Saint-Jérôme. — 6° Il a rebâti presque à neuf et à grands frais le magnifique couvent de Vordre du Christ à Thomar (2). — 7o II a fondé le monastère de Notre-Dame da Serra de l’ordre de Saint-Dominique, que le roi Jean ii lui avait recommandé par testament de faire ériger. — 8» Celui d e Sainte -Claire àEstremos. — 9° Celui de Saint-Antoine de Penheiro (du bois de sapin). — 10° Celui de Saint- François da Observancia. — 11» Il a fait construire la nef de l'église de Saint-François à Evora (3). — 12° Le monastère da Annunciada des religieuses de l’ordre de Saint-Dominique , dans le quartier de Lisbonne, appelé Mouraria (des Maures). Ce couvent appartenait dans d’autres temps aux moines de la compagnie de Jésus et les religieuses ont été transférées dans le monastère de Saint- Antoine dans la vallée d 'Andaluz (à cette époque, près de la ville, aujourd’hui comprise dans son enceinte). — 13<> Il a fondé la cathédrale d’Elras. — 14° Et le monastère de Saint-Benoît , à Porto. — 15° Il a érigé, dans la cathédrale de la même ville, le tombeau de Saint - Pantaléon (4), d’après le plan que Jean ii avait laissé par son testament. — 16° Il a fondé, à Tavilla, le monastère des religieuses de Sainte-Claire . — 17° Et à Serpa, celui de Saint- Antoine, qu’il a donné à des moines franciscains. — 18° 11 a fondé les églises de

(1) Iles en face le cap Carvoeiro et la petite ville de Peniche.

(2) Commencé sous le règne 4’Alphonse Henriquez, et consacré par le roi Denis aux Templiers dont le Grand-Maître Galdin Paez augm entabeaucoup les constructions du couvant vers 1180; cet édifice présente un assemblage curieux des différentes phases de l’architecture du Portugal sous la dynastie Alphonsine. La façade extérieure de l’église et la fenêtre de la salle du Chapitre sont deux des plus beaux et des plus riches morceaux d’architecture dans le style d’Emmanuel, et dont on croit Atres de Quintal l’architecte.

(3) Des documents, tels que des lettres du roi Emmanuel, adressées à des sculpteurs sur bois employés aux églises de Thomar et d’Evora, montrent toute la sollicitude de ce prince pour les beaux-arts, sollicitude qui rappelait celle de son père Jean II, souverain qui se reposait des autres soins du gouvernement en s’enquérant chaque jour de l’état d’avancement des bâtiments de la Couronne.

Ajoutons que sous le roi Alphonse III, c’est-à-dire, dès le milieu du xme siècle, il existait à la cour des rois de Portugal une grande charge de parceiro mor ( intendant des constructions royales).

(4) Pantaléon Diaz, passe pour en avoir fourni le dessin ainsi que ceux de l 'église Saint-Antoine de Lisbonne (20), édifice d’une architecture élégante et qui existe encore aujourd’hui. La châsse de saint Pantaléon, remarquable oeuvre d’orfèvrerie, a été volée lors des troubles du Portugal, ên 1843.

Sovrenisa. — 19° Celle de Saint-Jean- Baptiste de Thomar, — 20° Celle de Saint- Antoine de Lisbonne (1), cette dernière à la recommandation de Jean II. — 21° Celle de la Conception dans la même ville. — 22° Celle à'Alcacer do Sal , près de Sétubal. — 23° Et celle d'Olivença. —24° Il a érigé dans l’Eglise de Sainte-Croix , à Coïmbre (2), un tombeau à Alphonse Henriquez (la tombe de son fils, dom Sanche, se trouve en face de l’autre, et est tout à fait pareille).

— 25° 11 a fait, sinon terminer, au moins continuer les chapelles des rois qui ont été ensevelis dans le monastère de Bathala (3), à commencer par le tombeau cTEdouard. — 26° Il a terminé le grandhôpital deLübonne , que Jean II avait commencé, et il a fait toutes les maisons qui donnent sur le Rocio (il n’en reste pa’s la moindre trace). Le tremblement de terre [de 1755] a tout détruit. — 27° 11 a fondé aussi l’hôpital de Coïmbre . — 28° Celui deMonte-Moro Velho (le vieux).

— 29° Et celui deBeja , et il les a dotés tous les trois. — 30° Il a fait construire l’église de Saint-Jean de Mouro — 31° Le dortoir de Saint-Dominigue à Lis-bonne. — 32° Le monastère des religieuses de Monte-Moro Novo (le nouveau). — 33° L'église de Saint- Guiam à Lis-

(1) Voir n 4, p. 35.

(2) L’église de Sainte -Croix, à Coïmbre, remonte à Alphonse Henriquez, mais sous le règne du roi Emmanuel, Maître Marc Pirey, architecte, restaura les douze chapelles du cloître et en bâtit une nouvelle, et on attribue à des maîtres français : Jean de Rouen, Jacques Longuin, Philippe Edouard et Nicolasle Français, les principaux travaux de sculpture exécutés à cette époque dans cette église, dont il faut citer, outre les tombes royales, la chaire et un bénitier, œuvres des plus remarquables.

(3) Voir chapitre III, p. 29, ce qui concerne la fondation, par le roi Jean Ier, de ce somptueux édifice. Les architectes des travaux, sous le roi Emmanuel, furent les maîtres Matheüs Fernandez (père et fils), les auteurs de la Chapelle incomplète ; Jean Castilho (vers 1517), qui fut le grand-maître de l’œuvre, ayant sous ses ordres Nicolas le Français, chargé du portail principal ; Philippe Henriquez, Leonardo Yaz, Fernando Fermosa, François de BenaVento, Rodrigue de Pontezylha, Domingos Guerra, Jean Gonçalez et Rodrigue Alfonso, chargés de parties moins importantes. La fameuse chapelle dite incomplète est certainement le modèle le plus riche et offre les détails les plus achevés de l’architecture du temps d’EMMANuEL, architecture que l’on ne peut mieux caractériser qu’en la traitant de : Résistance du style gothique (arabe) contre le style (renaissance) de François 1er. « Rien n’est plus original, plus élégant que cette chapelle délaissée, destinée, affirment quelques historiens, à servir de lieu de sépulture au roi donManoel (Emmanuel). Ce roi abandonna, dit-on, le merveilleux édifice, si bien commencé , vers 1509, c’est-à-dire au temps où l’on commença un autre monument, également plein de hardiesse et d’originaité, rappelant les immenses découvertes qu’on venait d’accomplir. Partout, dans la chapelle incomplète, on lisait ces mots mystérieux : Tanyaserei. On avait parcouru la terre, on avait cherché en effet!... Les régions de l’Orient envoyaient déjà leurs richesses à Lisbonne, et Belem, avec ses magnificences, commença bientôt à s’élever. » — f. dénis, Portugal (voir bulletin bibliographique).

bonne. — 34° Il a restauré presque entièrement le chœur et la principale chapelle du couvent d’Alcobaça (1), et il a fait exécuter beaucoup de réparations dans les autres. — 35° Il a transféré les écoles publiques de Lisbonne. (Ce fut Jean III , qui transféra les écoles de Lisbonne à Coïmbre.) — 36° Le quai de pierre de Lisbonne est aussi son ouvrage, ainsi que les promenades le long du Tage et diverses fontaines. — 37° 11 a transformé en place publique une partie de la plage, travail qui occasionna de grands frais. — - 38° 11 a commencé la douane de Lisbonne, terminée par son fils.

— 39e On lui doit divers travaux hydrauliques. • — 40° Ainsi que le dessèchement des marais de Mujà (2). — 41° Il fit construire de magnifiques palais au bord du Tage, et quitta celui d’Alcaçona

— 42° 11 a fait construire les magasins de Lisbonne et y a fait déposer une quantité d’armures et d’objets d’équipement. — 43° Sur le bord du Tage, proche du palais, les maisons des compagnies des Indes et de Guinée. — 44° L'arsenal » — 45° Les magasins de Cataquefaras. — 46° Et celui à poudre, — 47° Il a fait aussi bâtir le dépôt d'armes de Santarem. — 48° Le palais de Coïmbre est également son œuvre ; l’ancien n’était plus habitable. — 49° Il a doté et embelli la ville de Coïmbre d’un ‘pont (3) sur le Mondego. — 50° Il a fait construire un château de chasse à Muja (aujourd’hui Salvaterra) et l’a garni de tout ce qui était nécessaire. — 51° La place et la fontaine de Beja sont aussi dues à sa munificence. — 52° Ainsi que le palais de justice civil et criminel , près de l’église Saint-Martin. — 53° On lui doit la prison de Limoeiro , ouvrage magnifique sur la place où se trouvait autrefois la monnaie et plus tard le palais du Roi jusqu’au temps de dom diniz qui était le fondateur du palais d’Alcaçona. — 54° Il a fait jeter, sur la Guadiana, le pont qui se trouve entre Elvas et Olivença. — 55° Il a fait réparer ou plutôt reconstruire le château d’Almeida. — 56° Il a bâti la forteresse de Castelbon, et l’a entourée de murs et de fossés.

— 57° Le château d’Alfayates, entouré d’une enceinte en pierre . — 58° Il a fait bâtir en pierre de taille la tour et le fort de Saint-Vincent (4), qui défend l’entrée du Tage, au-dessous de Belem (au-

(1) Voir chapitre 1, p. 25, pour la fondation par Alphonse Henriquez de ce monastère, dont le cloître date de dom diniz.

(2) Aujourd’hui Salvaterra (50).

(3) Il faut admirer à Coïmbre les deux ponts du chemin de fer ayant des travées de trente mètres d’ouverture et fondés au moyen de piles tubulaires en fonte descendues à environ dix mètres au-dessous de l’étiage; le pont d’EMMANUEL n’existant plus.

(4) Cette construction, dont la fondation remonte au roi Jean II, est un des plus curieux édifices du Portugal et un de ceux qui marquent

jourd’hui appelée la Tour de Belem). — 59^ L'Enceinte d’Olivença — 60° Et celle de Campo Major sont également ses ouvrages. — 61° La cathédrale (1) de Funchal de l’île de Madère est son œuvre, ainsi que celles de plusieurs îles et un grand nombre d’édifices dans les pays les plus lointains et les plus distants les uns des autres, tels que : Aden, la Mecque, l’Ethiopie, Madagascar, la côte de Malabar, Mozambique, etc. (2).

Qu’ajouter à ce tableau sans exemple, d’une prodigieuse activité s’étendant jusqu’aux extrémités d’un vaste empire, si ce n’est que ce souverain magnanime méritait bien le surnom de pieux que nous lui donnions en commençant? car, le premier, il régla l’assistance due aux indigents en affectant à l’entretien des hôpitaux que nous venons d’énumérer un impôt de un pour cent sur tous les revenus royaux.

Le Couvent de Belem et son Église.

Gomme nous l’avons dit plus haut (voir p. 34), le roi Emmanuel le Fortuné fonda le somptueux Couvent de Belem dans l’intention d’en faire le lieu de sépulture de sa famille; mais

une véritable étape dans le développement de son architecture militaire. Les angles, flanqués de tourelles en poivrière, les fenêtres avec balcon en saillie et les créneaux du second étage formés par des écussons portant la croix de Malte, produisent l'effet le plus charmant sur l’esprit du voyageur remontant le Tage.

(1) Erigée sous le vocable de Notre-Dame del Monte.

(2) Emprunté et abrégé, ainsi qu’une partie des notes, des ouvrages du cte a Raczynski (voir Bulletin bibliographique).

il faut, au sujet de cet édifice, comme au sujet du Monastère de Bathala , faire la part d'heureuses circonstances dont nous emprunterons un aperçu rapide à notre confrère, le chevalier da Silva (1).

« La fin du xve siècle fut témoin d’événements mémorables qui ouvrirent une nouvelle époque glorieuse pour l’histoire du Portugal. La découverte de la route des Indes par Vasco de Gama fit entrer les Portugais, et, par eux, le monde civilisé, dans une nouvelle phase de la vie sociale. Les navigations, les conquêtes et le commerce modifièrent peu à peu les habitudes et les mœurs des nations. Les richesses firent naître le luxe. L’ancienne austérité de nos mœurs se changea en douceur ; la simplicité des habitudes d’autrefois se transforma en galanterie, et si la mollesse ne vint point engourdir les forces de la nation, ce fut parce que la victoire, couvrant portout de lauriers l’étendard de Portugal, venait constamment animer et exalter l’esprit public par des hymnes de triomphe. Toute cette période de notre existence politique est fidèlement représentée parle magnifique Monastère de Belem, élevé par le roi Emmanuel le Grand, en mémoire de la découverte des Indes, et à l’endroit même où l’immortel Vasco de Gama et ses compagnons s’embarquèrent pour leur audacieuse entreprise.

La noble grandeur et le courage héroïque qui présidèrent à la fondation de l’empire portugais en Orient, et qui firent de Lisbonne l’entrepôt commercial de tous les produits de l'Asie, la splendeur et la gloire de nos armes, la poésie de tant d’entreprises aventureuses, tout est symbolisé dans le monument de Belem, avec une exactitude et une clarté surprenantes.

L’état de transition sociale qui résulte de ces événements pour la nation est également indiqué dans cet édifice par le mélange de divers styles d’architecture, qui montrent aussi à leur tour une période de transition remarquable dans l’architecture.

C’est pour cette raison que le monastère de Belem, symbolisant la pensée qui a présidé à son élégante construction, nous indique, de la manière la plus positive, quel était l’esprit de la nation portugaise à cette époque de grand enthousiasme pour la propagation de la foi et l’agrandissement de la monarchie.

(I) Conférence internationale (Société Impériale des Architectes, voir Bulletin bibliographique).

Le roi Emmanuel fit donc bâtir, sur la rive droite du Tage, à l’endroit appelé Belem , dans un des faubourgs de Lisbonne, ce monastère dédié à saint Jérôme et dont l’architecte Boutaca (l) commença les travaux en l’an 1500; mais la mort de cet artiste et celle du roi (2) interrompirent les travaux que fit reprendre la reine Dona Caterina, femme du roi Jean III, fils et successeur d’EMMANUEL le Grand. Malheureusement le choeur de l’église qui date de ce dernier règne n’est pas, à beaucoup près, dans le sentiment des premières constructions, et, plus que partout ailleurs, le style dit classique y offre un triste disparate avec les nefs de la basilique.

Le vicomte Emm. de Grouchy a donné la description de cet édifice dans des lettres qui ont fait la base des appréciations de plusieurs écrivains français modernes (3) et auxquelles nousmême emprunterons quelques détails tout à fait architectoniques.

« L’église mesure 82 mètres depuis le portail jusqu'aux degrés du chœur ; la nef a 34 mètres de largeur, les bras du transsept ont 64 mètres de développement.

La porte latérale de la basilique est un chef-d’œuvre de richesse gothique tout enrichi de fleurons et orné de statues. Le portail, un peu surbaissé, présentant trois arcs pleins circonscrits dans un grand arc gothique accolé, est surmonté d’une croisée, en avant de laquelle est placée une statue de la Vierge. La porte est partagée en deux vantaux par une colonne torse en marbre, servant de socle à une statue.

L’extérieur est en pierres blanchâtres et rougeâtres, d’un style

(1) Quoique le nom de cet artiste dénote une origine italienne, on peut supposer facilement qu’il est né en Portugal ; car un village portugais s’appelait déjà Boutaca au xv® siècle et peut avoir donné naissance à ce célèbre architecte de Belem et de plusieurs autres édifices religieux érigés par ordre du roi Emmanuel.

Le Chevalter da Silva a retrouvé sur un des piliers du transsept de l’église de Belem un médaillon en marbre longtemps dissimulé par une chaire à prêcher et représentant les traits de Boutaca.

(2) Arrivée en 1521.

(3) M. G-ermond de Lavigne entre autres (voir Bulletin bibliographique).

mélangé de gothique du xnr siècle et de la Renaissance, de- style sarrazin et byzantin. Quatre piliers de marbre blanc de 41 mètres de haut soutiennent toute la voûte; ils ont résisté au tremblement de terre ; ils sont si hardis, si légers, si découpés qu’on dirait des filigranes de pierre. La dentelle la plus ouvragée en donne à peine une idée.

Le monastère est contigu à l’église. On entre dans un cloître de style moresque, formé de colonnes dissemblables et enrichies de détails dont pas un ne se ressemble. Les galeries ne sont pas ouvertes La dentelle de pierre est partout fouillée avec une admirable perfection .

Les murs de l’ancien réfectoire des moines sont encore recouverts de vieilles faïences en camaïeu, fort remarquables et représentant l’histoire de Joseph. »

Le couvent inachevé a été converti, vers 1833, en une maison d’orphelins ( casa pia) pouvant renfermer plus de cinq cents élèves des deux sexes, et Belem, le témoignage grandiose du plus haut essor de la puissance portugaise, sert aujourd’hui de Conservatoire des arts et métiers. Mais, sans oser les voir couronnés d’un heureux résultat, les artistes portugais et ceux du monde entier font des vœux pour la restauration et l’achèvement de cet édifice unique, et notre confrère, le Chevalier da Silva, a exposé à Paris, en 1867, un projet avec modèle d’une restauration de Y église monumentale de Belem , étude digne à tous égards de l’attention sérieuse des archéologues et des artistes de tous les pays.

Des Signes gravés sur les Monuments portugais du Moyen Âge.

Notre étude serait trop incomplète si, à la suite de notre confrère, le chevalier da Silva, nous n’attirions l’attention sur les signes ou marques gravés sur les monuments portugais, pendant la période architecturale que nous venons de parcourir et si, au moment où cette question archéologique d’un haut intérêt préoccupe le monde savant (I), nous ne donnions, toujours d’après notre savant confrère, un relevé sommaire du nombre de ces signes qu’il a publiés récemment à l’état de fac-similé (2).

( Voir le tableau ci-contre .)

(1) Outre que ce sujet a été esquissé déjà dans de nombreux congrès archéologiques, notre confrère et collègue, M. G. Godwjn, l’a traité à V Institut royal des Architectes Britanniques et dans son journal TheBuilder (voir bulletin bibliographique), et, de plus^ M. L. Léguât, architecte, président du Comité parisien de la Société française de Numismatique et d’ Archéologie, a, dans une des dernières séances de ce Comité, revendiqué pour la France l’honneur d’avoir, la première, soulevé cette si intéressante question archéologique, dontl’étude ne peut manquer de fournir de nombreux et nouveaux matériaux à la détermination exacte de l’âge des édifices du moyen âge.

(2) Mémoire archéologique sur les Anciens Monuments du Portugal (voir Bulletin bibliographique).

CQ O

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