L'architecture et la décoration aux palais de Versailles et des Trianons
I \EPUIS longtemps déjà, et lorsque j’étais inspecteur au palais de Versailles, j’avais eu ^ la pensée de publier sur ce château des ensembles, des motifs d'architecture et de décoration. Mon projet se bornait d’ailleurs aux œuvres que la transformation du château en musée historique avait respectées.
Il ne s’agissait pas de donner un historique de chaque exemple, renseignement généralement fourni par les ouvrages des differentes époques et complété par celui de M. Guiffrey sur les « Comptées des bâtiments du Roi ».
Comme amateur, j'avais recueilli un grand nombre de documents et, les faisant voir à quelques amis, ceux-ci n’eurent qu’une voix pour m’encourager et finalement me déterminèrent. Je craignais, en effet, de faire double emploi avec deux ouvrages en cours de publication. Mais l’un est dans son essence un monument historique, l’autre s’adresse plus à l’ami de l’art; le but pratique est celui que je me propose. Ma préoccupation constante a toujours été
de m'adresser aux décorateurs, architectes, peintres, sculpteurs. Ils trouveront ici les types originaux des époques Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, reproduits de manière à leur permettre d'en faire des études pratiques aussi précises que possible ; et de ces exemples ils pourront facilement déduire les caractères de chaque période.
Sous Louis XIV, on sent généralement le goût d’un seul artiste qui, grand maître de tous les autres, imposait son idée. De là des décorations majestueuses et conçues avec unité. Car l'on retrouve partout le même sentiment créateur, aussi bien dans la galerie des Glaces et ses dépendances directes, dans ce qui reste des appartements de Louis XIV, que dans les façades sur les jardins et le splendide escalier des Ambassadeurs que Louis XV fit démolir pour agrandir ses appartements. J'ai nommé Le Brun, « qui fut pendant plus d'un quart de siècle en France », dit si bien Louis Vitet dans ses Études sur les Beaux-Arts, « l’arbitre et le juge suprême de toutes les idées d'artistes, le dispensateur de tous les types, le régulateur de toutes les formes. C’est d’après ses modèles que les enfants dessinent dans les écoles ; c’est lui qui donne aux sculpteurs le dessin de leurs statues; les meubles ne peuvent être ronds, carrés ou ovales que sous son bon plaisir, et les étoffes ne se brochent que d'après les cartons qu’il a fait tracer sous ses yeux. 11 est vrai qu’il résulte de cette prodigieuse unité d’organisation, une espèce de grandeur extraordinaire, un spectacle imposant dont tous les yeux furent éblouis. »
Puis nous avons Louis XV avec ses deux phases. L’une est la Régence, époque de transition qui fut pour l’art la continuation du règne précédent. Cependant il faut bien reconnaître que déjà certaines mièvreries naquirent dans les décorations : on ne sent plus la main ferme et toute-puissante d’un seul artiste. La personnalité de chacun commence à se faire sentir, tant et si bien que, renchérissant les uns sur les autres, les auteurs en vinrent à la pleine décadence qui engendra la seconde période dénommée dans 1 histoire de 1 art : Rococo ou style Pompadour. Plus de symétrie dans le détail, mais l’extrême fantaisie.
Dans les exemples de l’époque Louis XVI, mis sous les yeux de ceux qui étudieront l’ouvrage, ils pourront se rendre compte que le commencement de l’Empire, ou l’époque Percier-Fontaine, avec ses imitations de l’antique, a pris naissance. Les décorations manquent généralement d’ampleur, mais sont cependant traitées avec un grand art et une minutie rare : témoin celles du cabinet de toilette, annexe de la chambre du roi, et celles aussi des appartements particuliers de la reine Marie-Antoinette.
Il reste à chercher si, au point de vue de l'art, ce sont les sommes énormes dépensées sous le premier règne et l'unité de commandement que nous ne retrouvons plus sous les deux autres, qui ont empêché les artistes de ces deux dernières périodes d’atteindre la hauteur de leurs ancêtres! N’est-ce point plutôt qu’après 1715, n’étant plus l’objet de créations, mais simplement d’aménagements, le château n’offrait plus qu’un médiocre sujet aux artistes ?
Nous ne portons aucun jugement sur ce point, voulant rester dans le rôle que nous nous sommes imposé de donner sans commentaires, toujours discutables, une monographie aussi complète que possible de l’ensemble de ces superbes palais.