PROGRAMMES DE MONUMENTS COMM EMORA'I IFS
MONUMENTS COMMEMORATIFS
Pour un monument commémorai if d'un événement ou d'un vœu, la forme préférée par les (lices paraît avoir élé, de tout temps, celle dune colonne, parfois assez haute, au somme! de laquelle on plaçait soit une
Le sarcophage des pleureuses. (Trouve à Sidon, conserve a Constantinople. (D'après tlarndy bey et Th. Reinach. Une nécropole à Sidon.)
statue, soit l'objet que l'on désirait consacrer. Sans parler des représentations qu'en offrent les peintures de vases, nombreux sont les documents qu'ont livrés l'Athènes du vic siècle et le téménos d'Apollon à Delphes : les plus notables sont les colonnes qu'a révélées récemment l'exploration de ce dernier lieu, et qui sont surmontées lune d'un sphinx ailé, l'autre d'un trépied et d'un groupe de danseuses (189). Cependant, certains monuments ehoragiques d'Athènes, — tels ceux de Lvsikrate (190, 219, xn) et de Thrasyllos, — enseignent qu'on aimait également un type d'édicule conformé en lanterne ou en kiosque.
286 l'architecture égéenne hellénique
Dans le domaine de la construction, comme dans tous les autres, l'architecture grecque ne se montra point novatrice et sa contribution au progrès général de l'art se réduisit au développement de conceptions et •au perfectionnement de systèmes dont une partie était un héritage des civilisations égéennes antérieures et que l'Egypte avait inventés quelque deux mille ans plus tôt.
Singulièrement mieux outillée que sa vénérable aînée et point vouée, comme elle, au gigantesque; en outre, pour des raisons que nous avons exposées plus haut '. contrainte à la modération et soumise à la raison, elle fit preuve -- du moins dans la bâtisse monumentale — toujours de conscience, de méthode, de savoir; souvent de raffinement; parfois de minutie. En sa maturité, elle s'ingénia et s'entendit à approprier les organes aux fonctions, sagement économe de matière, surtout quand c'était du marbre: soucieuse de structure logique et d'exécution parfaite; au demeurant, assez confiante en ses calculs pour risquer de grandes hardiesses.
Ce n'est point avant le milieu du ve siècle que se trouva close, pour la construction grecque, l'ère des tâtonnements et des progrès, au terme d'une croissance régulière qui avait passé par quatre grandes phases.
Au cours d'une première, qui se prolongea jusqu'au vie siècle et dont des monuments comme l'Héraeon d'Olympie et le temple d'Apollon à Thermos gardent le souvenir, elle resta dans l'ornière des traditions de l'âge mycénien. Elle continua de monter un mur en briques crues, de le consolider par un chaînage en bois, d'en garantir la surface par un enduit ou par un lambris de planches, de façonner en bois tous les éléments d'un portique, n'employant la pierre que pour des soubassements, d'ailleurs en blocs réguliers et soigneusement appareillés par assises nivelées et égales
1 Cf. p. 258-259.
Le vie siècle inaugura la bâtisse entièrement lapidaire et trouva pour les problèmes qu'elle pose des solutions de plus en plus approchées et dont les dernières étaient déjà fort satisfaisantes.
Aussi, vers le milieu du ve siècle, la construction grecque était en possession de tout l'essentiel de ses systèmes et de ses procédés délinitifs.
Peu après, elle atteignait la maîtrise, grâce à un dernier progrès donl L'honneur revient à l'école attique et dont la cause fut le parti, pris à Athènes vers cette époque, de bâtir tout en marbre. En effet, l'adoption de la nouvelle matière imposa, à cause de son prix, et permit, en raison de la supériorité de sa résistance, une réduction de la quantité des matériaux dont la condition nécessaire était un perfectionnement de la structure.
A partir du ive siècle, se discerne une tendance à exagérer l'économie, qui s'explique en partie, à la fois par l'amplification des programmes et par une diminution des ressources matérielles.
Notons que la bâtisse comportait, suivant que l'édifice ressorlissait au style ionique ou au dorique, des variantes, dont certaines étaient relativement importantes.
LES MATERIAUX
n . . 189. — La colonne des danseuses à Del-
1JOT1C la construction classique fut, plies. (Restitution de Tournaire. )
du moins quand elle était au service de (D,apfès Homolle- FouiUes t/e Del-
1 architecture monumentale, exclusivement lapidaire. Toutefois la brique crue resta en faveur pour l'édification
-2ns
L ARCHITECTURE EGEENNE HELLENIQUE
des murailles de villes, parce qu'on estimait sa résistance aux coups de bélier supérieure à celle de la pierre1.
On ne répugnait pas à associer en un même édifice îles matériaux différents. Ainsi, la grandeur de certains entre-colonnements de l'ère primitive — ceux de l'Héraeon d'Olympie, par exemple, — indique qu'au début du vie siècle, on posait sur «les colonnes en pierre des architraves en bois. A la même époque on introduisait volontiers dans un édifice en pierre des parties en terre cuite : tuiles, chéneaux, placages et coffrages. Au déclin du vic siècle et dans la première moitié du ve, un programme soigné — on peut citer ceux du premier temple d'Alhéna sur l'Acropole et du temple de Zeus à Olympie — prévoyaif l'exécution en marbre des parties hautes, les plus illuminées, d'un édifice en calcaire. Enfin, pour les toitures on faisait une grosse consommation de bois.
La charpenterie grecque ne paraît pas avoir dépassé la phase primitive où une élévation s'obtient par empilage. Elle ignora le système moderne de la ferme qui transforme le travail à la charge en travail à la tension'. Aussi était-elle massive : l'équar-
' Les briques dont, au iv« siècle, on bâtit l'enceinte d'Athènes, mesuraient un pied décote (0,308); leur appareil étail consolidé par l'inserlion d'un grillage en bois dans la masse. "; ci ce que nous disons de la toiture; p. 312.
l'JO.
Cliché Alinari
Le monument choragique de Lysikrate, à Athènes.
rissage de ses bois était souvent énorme, comportant, comme c'était le ras, par exemple à l'arsenal du Pirée, jusqu'à des sections de 7S centimètres de côté. Les devis de l'Erechthéion indiquent un parti-pris de consolider les assemblages à l'aide de crampons.
La construction grecque n'était rien moins que mégalithique. Les blocs dont elle faisait les murs étaient d'échantillon plutôt modeste : leurs côtés ne dépassaient guère, pour la longueur, lm,60, pour la largeur 0m,80, pour la hauteur 0m,85 et se tenaient plutôt, pour les dimensions correspondantes, aux environs de lm,203 0m,50, 0m,b§x. Même pour les pierres de soubassement, le développement longitudinal restait en deçà d<- 2m.:*)0.
Néanmoins, les carriers grecs s'entendaient à tailler des monolithes de grandes proportions. Sans parler de ceux qui constituèrent les fût s du premier Artémision d'Ephèse et qui mesuraient quelque 18 mètres, il n'était pas rare qu'on débitât la matière de cylindres hauts de 7 à H mètres pour une largeur du quart environ et des poutres longues de 4 à 5 mètres et demi. Même on n'était pas embarrassé d'en couper qui atteignaient 6m,50 (portique nord (le l'Erechthéion), 6m,55 (Olympieion d'Athènes), (>'",62 (parties anciennes du temple d'Apollon à Sélinonte).
La taille des pierres était l'objet des soins les plus minutieux (191). On dressait à la perfection les faces jointives, mais on ménageait sur celles destinées à être vues la protection d'un masque de matière que le ravalement devait faire tomber après achèvement de la bâtisse. On prenait seulement la précaution d'établir un repère du parement définitif : pour un bloc d'assise, c'était une ciselure menée le long des bords, sur une largeur de quelques centimètres; pour un fût de colonne, c'était l'amorce des cannelures, aux deux extrémités du tronc s'il s'agissait d'un monolithe et, dans le cas d'une pile de tambours, au sommet du supérieur et à la base de l'inférieur. Par contre, les chapiteaux étaient posés achevés.
En vue d'économiser autant que possible le travail du tailleur de pierre, l'esprit ingénieux des Grecs leur suggéra de bonne heure une idée, qu'ils ne mirent cependant pas au point avant le ve siècle : celle de
' Voici quelques dimensions de blocs :
Sélinonte, long. 1°\5G x larg. l^O X haut. 0m,G0. Parthénon, long. 1°>,218 x larg. 0">,515 X haut. 0m,$2. Théseion, long. 1">,23 x larg. 0m,51 x haut. 0m,ï>2. Erechthéion, long. 1>»,295 x larg. 1^,30 X haut. 0°,485. Arsenal du Pirée, long. 1<°,232 x larg. 0m,870 haut. 0m,462.
L ARCHITECTURE EGEENNE HELLENIQUE
491. — Précautions pour la sauvegarde des surfaces 192. — Réduction économique et des arêtes des matériaux lapidaires. des surfaces jointives.
I. Abaque de chapiteau. — II. Tambour de fût. — III. Appareil Parthénon : A. Mur du naos,
avant le ravalement. — IV. Architrave double. B. Tambour de fût.
193. — Préparation des blocs pour le levage et la pose. réduire les surfaces jointives de deux blocs au plaide deux rebords encres-
pondants (192). Donc, ils évidaient légèrement le panneau, ne laissant subsister, dans le cas où il était quadrangulaire, qu'un encadrement large de G à 8 centimètres et, dans celui où il était un plan de lit de tambour de colonne, qu'une couronne dont la superlicie équivalait en moyenne à un peu plus de la moitié de l'étendue totale ' (192).
Par contre, les Grecs n'hésitaient pas à compliquer les opérations de taille de façons commandées parle désir de faciliter, dans toute la mesure du possible, le levage et la mise en place des blocs (193). Ainsi, sur la surface de révolution d'un tambour, aux extrémités de deux diamètres croisés on réservait des tenons qui donnaient prise aux boucles des cordages. S'agissait-il d'un parallélipipède d'assise, on procédait de même sur les faces antérieure et postérieure; ou bien on creusait sur les joues jointives des rainures en forme d'U qui offraient aux câbles un logement d'où, la pose achevée, on les retirait à son aise. Si les pierres étaient de petites dimensions, on évidait sur le plateau supérieur des encoches évasées du bas, où trouvait place le coin d'une louve.
LES PROCÉDÉS
Si l'on excepte la bâtisse privée, qui trahit de la négligence 2, la construction grecque se distingue par une rare qualité de l'appareil, surtout au ve siècle et quand elle emploie le marbre.
Le mur.
Au vie et au ve siècle, le mur est homogène ; au ive, il tend vers la structure composite d'un noyau de blocage entre deux parements appareillés : tel il est, par exemple, au temple d'Apollon à Didvmes, où deux faces en marbre masquent un cœur en moellons.
Sauf pour des murs de soutènement3, auxquels il convient en raison de sa solidité, la construction grecque n'employa pour ainsi dire jamais
1 Parthénon, tambour supérieur : rayon 83 centimètres, largeur de la couronne 24 centimètres : Propylées, rayon de tambour 445 millimètres, largeur de la couronne 13 centimètres.
2 Ainsi, les murs des maisons de Délos sont faits de deux parements indépendants en moellons posés à sec et calés par de petites pierres : ils associent des matériaux de résistance inégale.
3 Cf. par exemple, à Delphes, le mur de soutènement de la terrasse, portant le temple 'l'Apollon (194, ii).