Voir la ire partie, l’Architecture religieuse
le pape Jean XI, qui confirmait, en 932, la charte de Guillaume, prit un développement aussi rapide que considérable en raison des circonstances politiques et sociales qui avaient marqué son origine. Au commencement du xe siècle, les invasions normandes et les
j.-jg. ,53. — Abbaye de Cluny. — Porte d'entrée de l’abbaye.
excès du régime féodal avaient ruiné l'œuvre de Charlemagne, et le monde chrétien d’Occident paraissait être revenu à l’état de barbarie après la destruction par les Sarrasins et les pirates du Nord des villes importantes et de la plupart des monastères; la société civile ainsi que les institutions religieuses étaient tombées dans la plus extrême misère, nce de la confusion des pouvoirs et du mépris de toute autorité.
Cluny devint rapidement un foyer autour duquel se groupèrent toutes les intelligences qui n avaient pas été
submergées dans le chaos du ix® siècle, et elle fut bientôt une école aussi brillante que celles qui ont illuminé les premiers temps du moyen âge. Grâce à la Règle de saint Benoit dont les bénédictins de Cluny avaient su tirer les plus utiles enseignements, l’abbaye eut un développement considérable, et elle paraît avoir été pendant plus d’un siècle la pépinière fertile qui fournit à l’Europe, pendant les xi® et xn® siècles, non seulement des professeurs pour les écoles monastiques, mais des savant*; dans toutes les branches de la science, des lettres, et surtout des architectes qui contribuèrent effectivement à la création de Cluny et de ses filles religieuses, et aussi à la construction des innombrables abbayes fondées par les bénédictins dans toute l’Europe occidentale et en Orient, au berceau même du christianisme.
Pendant toutes ces luttes de l’intelligence contre l’ignorance s’accomplissait une révolution sociale : l’ affranchissement des convînmes, qui eut une portée immense sur les sciences, les arts, la vie matérielle et, en un mot, sur les mœurs du pays.
L’architecture, expression Hdèle de tout état social, née aux temps dits païens, s’était christianisée par sa culture dans les abbayes et elle avait pris un essor étonnant que nous avons étudié dans Y architecture religieuse. Mais si l’ascension de l'architecture de ce temps avait été rapide, vertigineuse, sa décadence fut profonde, parce qu’elle était la conséquence d’un affranchissement trop radical des traditions antiques qui avaient établi et attïrmé sa supériorité dès les premiers siècles du moyen âge.
L’abbaye de Cluny fut bientôt trop étroite pour le
Fig. i}4. — Abbaye de Cluny. — Plan.
reconstruction dans les dernières années du xi® siècle, et le moine Gauzon, de Cluny, en commença les travaux en 1089, sur des plans beaucoup plus vastes et de
nombre de ses moines. Saint Hugues en entreprit la
to6 L’ARCHITECTURE GOTHIQUE.
proportions si magnifiques que l'église de la nouvelle abbaye passait pour être la plus grande de tous les monastères de l'Occident.
Le plan (fig. 134) indiqueles dispositionsde l'abbaye à la fin du siècle dernier, alors que les bâtiments régniers avaient déjà été reconstruits quelque temps auparavant. Cependant l’église existait encore; commencée par le choeur du temps de saint Hugues, elle n’aurait été consacrée qu’en 1 1 3 1 . La chapelle qui la précède à l’ouest ne fut achevée qu’en 1228 par Roland Ier, vingtième abbé de Cluny.
En A se trouvait l'entrée de l’abbaye, porte galloromaine qui existe encore. En avant de l’église, en B, des marches aboutissaient au parvis orné d'une croix de pierre; puis un large degré conduisait à l’entrée de la chapelle, en C, ouverte entre deux tours carrées ; celle du nord, destinée aux archives, et celle du sud, dite de la Justice. L’église antérieure ou chapelle, en D, paraît avoir été destinée aux étrangers et aux pénitents, qui ne pouvaient pénétrer dans les lieux réguliers; c’était la chapelle des étrangers, séparée de l’église abbatiale, de même que les logements des hôtes étaient séparés des bâtiments destinés aux religieux, qui ne devaient avoir aucune relation avec le dehors; en E était la porte de l’église abbatiale, qui ne s’ouvrait que pour les grands personnages admis exceptionnellement dans le sanctuaire de l’abbaye.
A Cluny, de même qu’à Vézelay, une des filles de Cluny, l'église antérieure, c’est-à-dire la chapelle des étrangers que l’on trouve dans toutes les abbayes bénédictines avait les proportions d’une véritable église
L’A RCHITECTUlt E MONASTIQUE.
Fig. 135. — Abbaye de Clunv'. — Intérieur de la chapelle des étrangers et porte d’entrée de l'église abbatiale.
avec ses collatéraux et ses tours; elle devait commu-