Anthyme Saint-Paul, Histoire monumentale de la France
des monastères devait être choisi assez -étendu et de telle façon que les religieux pussent trouver dans l’enceinte de l’abbaye même tout le nécessaire, afin d’éviter toute cause de dissipation par les communications avec l’extérieur. Le monastère, établi autant que possible sur un cours d’eau, devait contenir, indépendamment des bâtiments claustraux, de l’église et du logement de l’abbé, qui était en dehors de l’enceinte régulière, un moulin, un four, des ateliers pour les divers métiers fabriquant les choses indispensables à la vie, ainsi que des jardins pour l’utilité et l’agrément des moines.
L 'abbaye de Clairvaux était en son temps l’expression des réformes dont saint Bernard, précédé de saint Robert, a été l’apôtre. Les dispositions générales et les détails des différents services étaient à peu près identiques à ceux de Cîteaux, de même que celle-ci procédait de Cluny, mais en tenant compte de la sévérité apportée dans l’observance de la règle bénédictine proscrivant tout ce qui n’était pas absolument nécessaire à la vie matérielle ec plus sévèrement appliquée, surtout en ce qui concerne la claustration complète des religieux, dans le but d’augmenter leur perfection morale.
Ce résultat est certainement intéressant au point de vue de la restauration religieuse; cependant, il faut peut-être regretter que le grand mouvement d’art, l’élan intellectuel donné par les grands seigneurs bénédictins de Cluny, n’ait pas été suivi dans le même esprit par les réformateurs rigoristes de Citeaux qui ont ramené l'art par excellence, c’est-à-dire l’architecture, à un ra-
tionalisme réfrigérant, qu’ils ont appliqué sévèrement dans les monastères réformés.
Les travaux des cisterciens n’en sont pas moins des sujets d’études utiles.
Il ne reste de ces monuments, Citeaux et Clairvaux, que de rares vestiges noyés dans les bâtiments modernes, reconstruits pour la plupart au siècle dernier, vestiges lapidaires moins nombreux que les documents historiques et archéologiques qui ont guidé Viollet-le- Duc par l’étude qu’il a faite dans son dictionnaire — t. Ier, p. 263 à 271 — des célèbres abbayes cisterciennes, dont il montre une reconstitution graphique qu’il n’est pas possible de présenter plus clairement.