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ENCEINTE DE VILLES

Au moyen âge, l’architecture militaire n’avait de caractère particulier que dans scs dispositions défensives, car le mode de construction était exactement le même que pour toute autre oeuvre architectonique. Les rares ornements d’architecture, comme les voûtes intérieures, les profils des consoles et des corniches qui décoraient les ouvrages militaires étaient évidemment de la même famille que ceux des églises, des bâtiments monastiques ou de tout autre édifice du meme temps.

Les architectes latins, romains, gallo-romains ou ceux de l’époque dite romane ou de la période dite gothique construisaient tous les édifices : aussi bien une église qu’une forteresse, u-nc abbaye ou une enceinte fortifiée qui en était souvent le complément nécessaire ; un donjon ou un château fort de meme qu’un hôtel de ville, un hôpital, une grange rurale ou une simple maison urbaine. L’architecte était alors le constructeur des édifices de toutes destinations et par conséquent de toutes formes et il n’était pas doublé, ainsi que nous le voyons, d un savant, constructeur spécialiste, chargé de vérifier les calculs! 11 n'existait pas encore des architectes et des ingénieurs séparant, divisant, par des fonctions spéciales, les diverses parties de construction d’un monument. Il n’y avait que des

constructeurs, des maçons si l'on veut, mais qui étaient des architectes dans l’acception véritable du nom ; ils traçaient les épures des ouvrages qu’ils avaient conçus et ils en dirigeaient eux-mêmes l’exécution dans toutes les parties et dans tous les details, aussi soucieux de la solidité de l’édifice que de sa décoration.

Il est très curieux, sinon fort triste, d’observer que les Français qui ont propagé si généreusement dans toute l’Europe occidentale les principes de l’art au moyen âge sont précisément ceux qui les ont abandonnés les premiers et qui ont laissé s’établir chez eux une division qui n’existe pas dans les autres pays formant aujourd’hui cette même Europe occidentale. En Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Suisse et en Allemagne, les architectes sont en même temps ingénieurs, et pour eux l’art est intimement lié à la science. « Aussi certaines de leurs œuvres doivent-elles à cette alliance un caractère particulier qui doit nous inspirer de très sérieuses réflexions, et il serait possible^ de tirer de ces études comparatives plus d’un utile enseignement. Nous serions obligés tout d'abord de reconnaître que nous subissons actuellement le mouvement, au lieu de l’imprimer comme autrefois1. »

L’ingénieur moderne paraît ne s’attacher, quant à présent du moins, qu’à satisfaire les nécessités impérieuses. en considérant comme négligeable tout ce qui n’est pas le produit rigide du calcul intégral. Il a réalisé des progrès réels par l’application mathématique de la science moderne. Il a déjà accompli, il est

i. L'Art à l’Exposition. — L’Architecture, parÉd. Corroyer. — Paris, l’ Illustration du 25 mai 1889.

L’ARCHITECTURE MILITAIRE

as?

vrai, de véritables chefs-d’œuvre industriels qui répondent aux besoins du moment, sinon de l’avenir, par des ponts ou des ouvrages métalliques, surprenants autant qu’éphémères, en attendant qu’on revienne aux bons vieux ponts de pierre, moins étonnants, mais d’une durée certaine, comme ceux qui ont été construits par nos pères architectes.

Cependant il ne faut pas que l’auxiliaire d'hier devienne le maître de demain et que l’architecte, abandonnant ses hautes fonctions, si belles et si nobles jadis, devienne un simple ou même habile décorateur, en laissant s’éteindre des traditions éminemment françaises qui ont créé des chefs-d’œuvre français et qui doivent en enfanter encore pour la gloire de notre pays.

Il semble d’ailleurs qu’on s’est mépris sur la signification du mot ingénieur, dont l’origine est engigneur, et qui était au moyen âge tout autre que celle qu’on lui donne aujourd’hui.

De nos jours, l’architecte et l’ingénieur sont des constructeurs, avec cette différence que le premier aime et cultive l’art, et que le second le dédaigne le plus souvent ou plutôt affecte de le dédaigner.

Au moyen âge, leurs fonctions étaient absolument différentes : l’architecte construisait tous les ouvrages, tandis que l’ engigneur appliquait toute son ingéniosité à les détruire. L’architecte élevait des remparts formé de murailles cantonnées de tours; Yengigneur les minait, ou les contre-minait suivant qu’il attaquait une place ou la défendait; il était chargé d’inventer ou de diriger les machines de guerre comme les trébuchets, les mangon-

ARCH. GOTHKJUB.

neaux, les immenses arbalètes, les gigantesques frondes lançant d'énormes projectiles ou des matières incendiaires; il devait clever les tours mobiles en bois qui étaient approchées des murs pour'faciliter leur escalade, diriger les mineurs qui devaient ruiner les murs, construire tous les ouvrages de campagne pour faire le siège qui nécessitait, avant l'invention des armes à feu, des opérations compliquées, aussi longues qu’incertaines. En résumé, les fortifications étaient construites

par les architectes et Yengigncur était chargé de les défendre ou de les attaquer. Ce n'est que du temps de Vauban que les ingénieurs militaires furent établis avec des attributions beaucoup plus étendues. Il s’était formé avant ce temps des constructeurs spéciaux, des entrepreneurs, on peut dire, comme ceux qui ont élevé les murailles d’Aigues-Mortes et qui n'avaient pas les mêmes fonctions que celles qui sont exercées par les ingénieurs modernes.

Avant l’époque féodale, les fortifications des camps ne se composaient que de levées de terre, ou de murs de bois et de terre, ou de palissades entourées de fossés, selon les méthodes romaines de castramétation. Les enceintes des villes, fortifiées par les Romains, étaient

L’ARCHITECTURE MILITAIRE

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composées de murailles renforcées de tours rondes ou carrées; les murs étaient formés de deux parements de maçonnerie laissant un vide de plusieurs mètres rempli par la terre enlevée pour creuser les fossés et mêlée de débris de pierre fortement tassés, la partie

Fig. 165. — Cite de Carcassonne. — Rempart nord-ouest. Tour romano-visigothe (la !rc à gauche).

supérieure pavée, étant le chemin de ronde défendu extérieurement par un mur crénelé suivant le parement extérieur.

La partie de l’enceinte de la cité de Carcassonne, construite par les Visigoths au vr siècle, a conservé ces dispositions suivant les traditions romaines. « Le sol de la ville est beaucoup plus élevé que celui du dehors et presque au niveau des boulevards. Les courtines *, fort épaisses, sont composées de deux parements de petit

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