Pelliot, B. E. F. E. 0., IV
JAVA
par les moines bouddhistes, le saint homme alla mourir a Nankin en 43 1 A. D.
Peut-être y a-t-il quelque exagération dans ce récit. Java comprenait à cette époque plusieurs royaumes toujours en guerre entre eux, et il ne semble pas que l'unité ait été obtenue avant le xm c siècle, avec le royaume de Madjapahit. La partie aura été prise pour le tout. Les anciens monuments nous montrent, du reste, que le brahmanisme a toujours vécu parallèlement avec le bouddhisme et qu'il y a eu en tout temps pénétration réciproque des deux religions,
Fig. 3o6. — Badoong. Ile do Bali. Stylo chinois.
comme dans l'Indo-Chine, avant le xiu e siècle, entre le bouddhisme mahâyâniste et le brahmanisme çivaïte.
Les premières inscriptions de Java sont de l'an /ioo-5oo de notre ère.
Au vni e siècle apparaissent les premiers monuments de pierre : la tour de Tjandi Kalasan, temple bouddhique de 778, qui rappelle un peu les tours chames et khmères ; le monastère de Tjandi Sari qui est le seul exemple d'habitation monumentale qui soit encore debout (fig. 327).
ItistoiRK 3^7
Au ix e siècle appartiennent les sanctuaires de Prambanam (fig. 3oo) puis le fameux Boro-Boudour (860), superbe stûpa bouddhique de 121 mètres de côté et de 36 mètres de haut, surmonté d un dagoba en forme de cloche (fig. 3oi), puis le ïjandi Mendout (bouddhique) (fig. 3o^), puis en 1098 le ïjandi Sewou (bouddhique), et enfin du x e au xn e siècle, les étranges tours de Dieng (brahmaniques) de slyle cham (fig. 3o3 et 3o4).
Presque tous ces édifices, — nous ne citons que les plus célèbres, — se trouvent au centre de l'île clans le vieil empire hindou de Mataram, chanté dans les anciennes chroniques.
Kig. 307. — Temple de Sangsit. Badocng. Tle de Bîili. (Uifgavo Bockhnndcl Viesor v\ C". Weltovreden.)
Au xm c siècle, l'empire de Madjapahit dont la capitale se trouvait sur la rivière de Kcdiri au sud-ouest de Sourabava, réunit sous sa domination toute l'île de Java, ce qui ne l'empêcha pas en 1293 de subir 1 invasion d'une armée chinoise envoyée par Koubilaï Khan 1 . Cette armée, débarquée à l'est de l'île, se contenta de piller le pays ; elle retourna en Chine au bout de quelques semaines. Au xiv c siècle, l'empire arrivé à son apogée comprenait presque toute la Malaisie, Bornéo, une partie de Sumatra et la presqu'île de Malacca.
t . Madjapahit et Tchampa, par Aristide Marre.
JAVA
De cette époque datent les monuments de la décadence, tous brahmaniques et de style chinoise (fig. 3o5). Déjà des missionnaires arabes sont apparus et le brahmanisme, qui avait survécu au bouddhisme, est obligé de reculer. Il cherche un dernier
Phot. Cabaton. Fig. 3o8. — ïlo de Bali. Badoong. Stylo birman.
refuge à Malang, au sud-ouest des volcans de Bromo et de Tessari, où Ton rencontre les ruines si intéressantes de Singosari et de Toumpang, puis dans l'île de Bali.
Les monuments prennent dès lors un aspect bizarre, mais défi-
nitif, où les styles hindou, chinois et même birman se mêlent d'une façon absolument incohérente (fig. 3o6, 3oy, 3o8).
C'est la fin. L'empire de Madjapahit est conquis en 1^78 par les musulmans ; il est de nouveau morcelé ; à côté des Etats fondés par les Arabes se reconstituent des Etats malais, entre autres le légendaire royaume de Mataram qui subsista vaille que vaille jusqu'au xvin c siècle.
En i5ii, les Portugais abordent dans l'île et s'y installent ; ils en sont chassés en i5gG par les Hollandais qui, sauf l'intérim anglais de 181 1 à 181G, ont su la conserver jusqu'à ce jour et lui donner une prospérité inouïe, grâce à une excellente et sage administration.