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LA PROFESSION D'ARCHITECTE

Jadis l'architecte vivait sur les chantiers, au milieu des artisans et des ouvriers, dont il dirigeait et surveillait les travaux, indiquant lui-même les dispositions et les assemblages des éléments de construction, traçant les épures et l'appareil, les moyens d'échafaudage, etc., etc., tout en laissant, d'autre part, aux sculpteurs, aux peintres verriers, aux forgerons, aux artisans du bois ou du métal une certaine initiative qui, maintenue constamment sous sa direction, profitait à l'unité des oeuvres, sans en exclure la variété. C'était l'âge d'or de l'architecture; chacun créait véritablement, trouvant des inspirations qui conduisaient à un progrés incessant. Cette façon de procéder, qui a été particulièrement si favorable à l'art gothique, a été abandonnée depuis longtemps ; il en resta toutefois, pendant un certain temps, quelque chose d'utile qui se traduisait par l'éducation que les jeunes recevaient directement du patron, formé par l'expérience. Mais il vint un moment où, sous la pression académique, furent créées des écoles d'art, dans lesquelles on prétendit éduquer et instruire les architectes par des cours théoriques et des exercices, en dehors de tout contact avec la pratique des chantiers.

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Dés lors tout ce qui pouvait stimuler Tinvention fut méconnu, des données décoratives puisées dans les ordres d'architecture servirent de base à la composition des projets demandés aux élèves. Ceux-ci ne virent plus, — c'était fatal, — que dans le dessin et l'image le moyen de se faire comprendre des exécutants, qui, sans direction, laissèrent tomber la main-d'œuvre et les métiers, autrefois si brillants. Cependant, sous l'influence de l'étude des œuvres du moyen âge au xix^ siècle, les métiers se relevèrent ; 1 architecte profita de ce renouveau, mais sans y participer utilement, abandonnant à des entrepreneurs et à des contremaîtres la partie vraiment technique et pratique de son art. Il en est encore ainsi actuellement. Au fur et à mesure que des découvertes scientifiques et des applications industrielles nouvelles enrichissent le domaine de la construction, par l'introduction dans le bâtiment du fer et du ciment armé, appelés à tout révolutionner, qu'on le veuille ou non, il se crée des spécialités qu'exploitent les ingénieurs et les constructeurs de tout ordre, imposant leurs solutions plus ou moins satisfaisantes. En ce qui concerne les moyens de chauffage et de ventilation, ainsi que pour l'installation de tous les services qu'exige, de plus en plus, le goût du confort, il en est de même ; tout échappe dans l'étude pratique, sauf la combinaison du plan et la décoration de la façade, à l'architecte qui, la plupart du temps, doit subir, dans les détails de l'ornementation intérieure, les élucubrations du tapissier, du staffeur, du céramiste, du vulgaire peintre décorateur, auxquels la clientèle officielle ou privée ouvre les portes, dès que le gros œuvre est terminé.

Pour donner une idée du peu de souci qu'en général ceux qui font bâtir ont de la direction qui incombe à l'architecte, je

1,A l'KOl'KSSI ON D'A K (H l'Il' ( TK i.,)

cilciMi un lail bien ùiraLlcrislit|uc. \x iii.in\ dune \iilL' nnpm lanlc de rOucst appela dcrnièrcmcnl ini archilcclc de I-'aris, connu pour ses lra\ aux en cinienl ariné ; il lui soumit le proii;raninie trun édifice niunici(nd, lui en demanda le plan et le svslèmc de construction y correspondant, mais en déclarant cju'il iKUirait pas à se préoccuper de la façade, l'étude de celle-ci étant réservée à l'architecte de la ville. Tout commentaire serait inutile.

je rappellerai également un autre fait qui est probablement connu, mais qui montre quelle singulière idée se font souvent les administrations, au sujet des services que hirchilecle doit rendre.

Il s'agit d'une grande salle de l'hôtel de ville d'une cité méridionale, laquelle offrait un grand local dépourvu de points d'appui intermédiaires. On la trouvait trop nue et l'architecte tut chargé d'établir des colonnes qu'il dut suspendre au plafond et contre lesquelles on ne peut s'appuyer, car elles bougent au moindre contact ; le plancher bas n'était sans doute pas assez fort pour porter cette charge. Ceci est d'ordre administratif, mais que de ridicules dispositions ne croit-on pas pouvoir imposer à l'architecte qui, heureusement, se refuse souvent à ces fantaisies! J'ai habité un appartement dans l'antichambre duquel de fausses soKves en bois avaient été rapportées sous le plafond, de façon à imiter une disposition gothique ou Renaissance, on ne sait au juste; toujours est-il que cette spirituelle solution était due au précédent locataire, qui est un de nos célèbres auteurs dramatiques ! A quel ordre d'idées obéissent les administrateurs, les propriétaires en agissant ainsi ? Ces idées sont diverses, mais elles résultent surtout du manque d'autorité de l'architecte, du fait de son détachement de tout ce qui revêt un caractère

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pratique, en vue duquel il n'a pas été éduqué. Certains résistent plus ou moins victorieusement à ce regrettable état de choses, mais ils sont rares et leur exemple ne fait que confirmer la règle générale.

On s'étonnera peut-être que dans une corporation où se trouvent tant d'hommes instruits et en général très dévoués à l'exercice de leur profession, ceux-ci ne puissent reprendre la direction de tous les éléments épars, redevenir de vrais maîtres d'œuvre, tenant tout en. main, dans une concentration qui seule peut amener une rénovation et conduire à une évolution que beaucoup d'entre eux voient nécessaire et qu'ils souhaitent. Il existe cependant des sociétés d'architectes, dont certaines sont puissantes d'influences et de ressources ; mais ces groupements se sont formés suivant des affinités de milieux ou d'école, et aucun hen, si ce n'est une confraternité en apparence courtoise, ne rattache entre elles ces sociétés, où, dans leur sein même, des vues très différentes se manifestent. Ce manque d'union est déplorable. Ajoutons que la profession est recrutée parfois d'une singulière façon, — conséquence d'une condition qui a ses avantages et ses inconvénients. La profession est libre et, de ce fait, le premier venu peut l'exercer, du moment qu'il paie patente. Ses connaissances, ses aptitudes, son expérience, ne sont en rien contrôlées et les clients qui s'adressent à lui n'ont d'autre garantie que la responsabihté incombant au professionnel, parfois, il est vrai, fort lourde.

Mais en attendant, un intrus incapable ou peu honnête, victime ou non de cette responsabilité, peut déconsidérer la profession, contribuer à détruire le prestige et l'autorité des véritables militants.

LA n<f)I' KSSION D'AKCfMTF.CTI- ig^

Ce clani^cr est craiilaiU plus rcJoulablc que les travaux ne vont pas aux personnalilés les plus eompélenles. Mais que laire à cel ét^ard ? La pensée de supprimer la liberté de la profession s'est souvent nianilestée, mais elle a toujours trouvé une lorte résistance, en présence de la dilliculté de constituer des juges impartiaux pour la délivrance d'un titre.

S'il ne s'agissait que de constater les connaissances scientifiques et pratiques, la résistance opposée à une mesure nécessaire serait, semble-t-il, facile à vaincre, mais la question de la liberté dans l'art, qu'il est bien dangereux de vouloir éliminer, se pose, et c'est alors que l'impartialité présumée des juges n'inspire pas confiance. Tant que la querelle entre les classiques et les gothiques, qui date de loin, ne sera pas complètement apaisée et qu'on n'aura pas reconnu que les époques qui nous ont précédés ne nous sont utiles que dans leurs principes appliqués à l'exclusion de leurs formes, en d'autres termes, tant que le procédé d'imitation continuera d'être patronné officiellement, il sera sage de maintenir le régime de la liberté dans la profession. Je ne crois pas utile d'approfondir davantage cette question, mais il est indispensable de signaler que, parmi les causes qui ont amené l'amoindrissement de l'architecte, elle a son importance.

La profession d'architecte, telle qu'elle est exercée actuellement, est donc très menacée et cependant elle s'encombre, tous les jours davantage, par le nombre des élèves sortant de l'Ecole clés Beaux-Arts et dont beaucoup végètent tristement, malgré l'obtention d'un diplôme déHvré souvent trop facilement et qui d'ailleurs ne prouve nullement de véritables capacités pratiques et techniques. Cette institution a été imaginée à la suite de tentatives infructueuses tendant à la suppression

de la liberté de la profession, mais elle ne constitue qu'une équi- Noque en conférant un i^rade qui n est pas léi^alement nécessaire.

Cette contradiction ne paraît pas éniouNoir en haut lieu, malgré les réclamations nombreuses qui se sont manifestées dans certains groupements d'architectes; cependant le fait que ce diplôme n'est accordé qu'à des élèves de l'Ecole officielle est parfois très nuisible à des jeunes architectes qui, éduqués dans d'autres milieux, se voient refuser des travaux sous prétexte qu'ils ne sont pas diplômés.

On le voit, la corporation d'architecte est entourée d'écueils, dont elle ne peut éviter les dangers toujours plus menaçants, sans un accord entre les sociétés qui, seules, possèdent des movens d'action, pour obtenir la réforme de l'enseignement. Si on n'arrive pas à s'entendre sur ce point capital, il n'y aura jamais aucun remède efficace à la situation actuelle.

I/ÉDUCATION ET L'KNSEIGNP:MEXT

Si je reporte mes souvenirs vers le milieu du xix^' siècle, époque à laquelle j'entrai à l'école des Beaux-Arts dans l'atelier d'Henri Labrouste, je reconnais hautement que l'instruction donnée alors dans ce centre officiel était bien moins étendue qu'elle ne l'est aujourd'hui. On y a introduit, depuis, des cours d'histoire de l'art, on y a développé des cours de théorie, et, dans une certaine mesure, de construction, conformément aux connaissances scientifiques modernes ; on donne aux élèves des programmes parfois plus pratiques qu'autrefois et on les exerce, de façon plus brillante, dans le sens du dessin, trop poussé cependant vers l'aquarelle. En outre on a laissé pénétrer, pour l'étude des projets, l'appHcation de formes empruntées à d'autres époques qu'à celle antico-classique en honneur au commencement du xix^ siècle et où se résumait toute composition architecturale, rêvée ou réalisée. Assurément le progrès semble considérable, mais il est illusoire. L'accumulation de ces nouvelles connaissances a fourni des éléments qui facihtent les compositions d'école, les rendent en apparence moins pompier, plus brillantes et moins banales. Mais de là est né cet éclec-

tismc que j'ai déjà signalé et qui, sans direction suffisante et sans raisonnement, a amené Tincohérencc, le désarroi, au détriment de la trinité du vrai, du beau et de rutile, que les architectes avaient pris pour devise, lorsque les républicains adoptèrent la formule qui promettait la liberté, l'égalité et la fraternité.

Je ne ferai pas à cet égard un rapprochement qui m'entraînerait hors du cadre dans lequel il convient de rester ici, si ce n'est pour observer que si les réformes sociales sont longues à s'accomphr et à porter leurs fruits, il n'en serait pas de même pour celles que réclame l'architecture. Puisque ce mot de réformes vient sous ma plume, je profiterai de l'occasion pour rappeler tout d'abord des souvenirs personnels qui remontent loin, mais qui pourront, peut-être, jeter un certain jour dans l'esprit de ceux qui, en grand nombre, se dirigent vers la carrière d'architecte avec une ignorance complète du milieu dans lequel ils vont se trouver.

En même temps que se manifestait l'influence intellectuelle du Romantisme, dans l'ordre pratique, la science mettait au service de la construction des éléments nouveaux; tout cela, joint aux nouvelles conditions sociales qu'avait entraînées la Révolution, ouvrit les yeux aux militants de l'architecture. C'est au sein même de l'école des Beaux-Arts que se montra Tesprit révolutionnaire, qui réclamait, dans l'enseignement, l'introduction de réformes considérées comme nécessaires. Ce mouvement ne s'affirma pas dans un sentiment unanime, mais il entraîna une importante minorité qui choisit, comme chef d'atelier, un jeune architecte, très apprécié pour le sens logique qu'il tenait de ses études, faites particuhèrement sur les monuments grecs. Lorsqu'il revint de l'école de Rome, dont il avait été

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cicvc comme lauival du ^rainl prix, le groupe nouveau r.icclama el il lui porté en triomphe dans les rues avoisinanl l'Ikole. 1. 'enthousiasme était à son comble et c'est avec un ardent désir de rénovation que Tatelier, qui \enait de le choisir comme patron, se mit à l'œuvre.

Trop jeune alors, je n'ai pas assisté à ce début, et ce n'est que plusieurs années après que j'entrai dans l'atelier d'Henri Labrouste, où on admirait beaucoup les « anciens » qui allaient devenir des architectes remarquables, doués de sens technique, en même temps que chercheurs habiles dans des compositions appuyées sur la logique. Avaient-ils fixé un caractère nouveau dans l'ensemble de leurs œuvres? Non. Mais ils étaient entrés dans une voie nouvelle, qu'avait tracée le maître par des indications et des applications qui ont été citées plus haut. A ces efforts, plus ou moins fructueux vmt s'adjoindre un élément d'une importance singulièrement décisive dans le sens révolutionnaire, l'apparition du dictionnaire d'architecture française, dont Violletle-Duc avait entrepris la publication, avec son génie de constructeur et de dessinateur; à l'atelier on s'arrachait les fascicules de ce livre surprenant et on y trouvait, à chaque page, un encouragement à poursuivre la voie rationnelle, dans laquelle on s'était engagé avec un bagage insuffisant, par suite des connaissances limitées à l'antiquité d'Henri Labrouste. Il vint un moment où notre vénéré chef d'atelier, fatigué, nous déclara qu'il ne pouvait continuer son enseignement, qu'il ne nous désignait pas de successeur, mais nous engageait à le choisir nous-mêmes. A la suite de cette déclaration, les élèves se divisèrent; les uns pour aller à l'atelier André, iwi^c mon camarade Guadet; les autres, pour demander à VioUet-le-Duc de fonder un ateher. Je fus

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chargé de cette mission. VioUet-le-Duc accepta et le nouvel atelier fut installé rue Bonaparte, non loin de l'école où les élèves voulaient continuer ci exposer des projets, suivant un usage auquel l'idée ne leur venait nullement de renoncer. Viollet-le-Duc eut le tort d'accepter ce compromis qui n'avait pas réussi longtemps à Henri Labrouste. En effet une scission s'était produite et Labrouste avait du abandonner son atelier, dans lequel, par suite de l'influence de l'école sur quelquesuns, l'enseignement logique était devenu rapidement incompatible avec celui donné officiellement. Toujours est-il que Viollet-le-Duc ouvrit son atelier et que, pour prendre contact avec ses élèves, il proposa un programme d'ensemble fort stimulant. Il s'agissait de la création d'une ville nouvelle en Algérie, de concevoir tous les monuments qu'elle devait renfermer : mairie, hôpital, église, écoles, jusqu'au château d'eau devant aUmenter la cité. Chacun se partagea la besogne et, lorsque les projets furent soumis au Maître, celui-ci bondit de surprise et parut douloureusement affecté, quand il constata que presque tous ces projets avaient donné lieu à des élucubrations d'un gothique plus ou moins troubadour. La plupart de leurs auteurs avaient cru que là était la voie dans laquelle ils allaient être entraînés. Cette exhibition était d'un haut comique, et je dois dire que je n'étais pas, dans mon étude du théâtre, tombé dans cette erreur grotesque. Si je fais cette déclaration, c'est pour montrer que j'avais foi en Viollet-le-Duc, qui, dans la préface de son dictionnaire, s'était consciencieusement défendu de préparer une renaissance gothique des formes. Je crois pouvoir affirmer que chez les élèves de la première heure d'Henri Labrouste, cette conviction était la même. A ce propos je citerai un mot

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d'IùigclU' Milk't, le \cnl.ihk' rcsl.uiiMleur du cIkiRmii de Sdinl- Gcrinain c\ i|iii lui un nioincnt protcssuur Je conslruclioii à récole des Beaux-Ans; il disait un jour entre contrères : jai eu deux maîtres, Labrouste et Vioilet-le-Duc ; le prenner ma montré comment il ne (allait pas faire, le second, comment il [allait laire. Cet a\eu lait bien ressortir la communauté tie doctrine de ces deux hommes qui voidaienl ensei.^ner |)ar la logique et le raisonnement. S1ls avaient été aidés tlans le sens des réformes qu ils réclamaient, rarchiteclure se serait acheminée vers des solutions progressivement rationnelles, et nous serions pins avancés que nous ne le sommes actuellement.

Cependant, il faut bien le dire, quiconque avait travaillé sous la double direction de Labrouste et de Viollet-le-Duc n'était que tort peu armé, car il se trouvait en lace de ce dilemme: ne faire ni classique ni gothique, ou ne demander à ces styles que des emprunts absolument justifiés. Or, pour qui s'engage dans cette voie, il devient bientôt certain qu'elle ne peut conduire au but et que, pour résoudre logiquement les problétiies actuels si impérieux, il faut tout créer à nouveau. Mais un tel effort pe4.it-il être fait isolément sans qu'une direction, dans un enseignement commun et surtout dans une éducation commune, Tait provoqué au préalable ? Malgré cela, bien des tentatives isolées et ne manquant pas d'intérêt se sont manifestées, mais sans résultats certains, et il apparaît que les compromis qu'elles accusent sont plutôt une entrave nouvelle à la recherche de la vérité pour l'architecture contemporaine. Où trouver dés lors le stimulant qui dirigera les chercheurs, si ce n'est, comme nous l'enseigne le passé aux grandes époques, dans le retour intégral à la construction, — et ne sommes-nous pas d'autant mieux armés, grâce aux nouveaux

moyens de structure, franchement utilisés. Quoi qu'il en soit, les réformes en question furent bien décidées par le gouvernement, en novembre 1863, mais elles se heurtèrent à une résistance fortement organisée, que VioUet-le-Duc ne put vaincre, car là encore, comme dans son atelier qu'il dut abandonner, il s'était trompé. Son enseignement ne pouvait se passer du secours de la pratique et au heu de s'appuyer sur cette ressource fondamentale et féconde, il prêcha l'esthétique à de jeunes esprits qui n'étaient pas préparés à saisir les développements philosophiques sur lesquels s'expliquait et s'étendait le professeur. Bref, il dut quitter la place; mais du moins, le fait avait touché les représentants de l'enseignement officiel et c'est de ce moment que datent à l'école de la rue Bonaparte, les améliorations auxquelles il a été fait allusion plus haut. Elles n'ont pas été radicales, aussi n'ont-elles pas détruit l'ordre d'idées très vague qui est en honneur depuis si longtemps dans ce centre d'enseignement; d'ailleurs elles n'ont pas été sincèrement appliquées.

L'incohérence y règne plus que jamais ; il n'y a aucune corrélation entre les cours de construction et la composition des projets. D'une part on enseigne à l'élève que la science a fixé par le calcul les moyens d'économiser la matière; d'autre part on laisse entendre aux élèves que Fart ne peut se pher à des raisonnements nettement formulés. Mais on fait bon marché de ces contradictions, sans souci de l'influence fatale qu'elles exercent sur l'esprit des élèves, conduits dans une fausse voie, d'où ils ne peuvent plus sortir dans la pratique de la profession. La science nous démontre que le fer et le ciment armé amènent à des solutions rejetant les points d'appui inutiles, mais on laisse

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ceux-ci s'inlrodiiirc, qiuiiul inénic, dans les projets sous |)rétexlc qu'il laul respecter les proportions dont l'antiquité aurait montré et fixé les relaies. Clelles-ci étaient la conséquence de systèmes de construction absolument diflérents des nAtres, mais peu importe, Tart avant tout ; c'est donc Tart qui dirii^e tout, mais qu'entend-on par ce mot art et ne voit-on pas qu'en somme Part n'est, dans l'enseignement académique, que l'exploitation commode de formes dont il est inutile de connaître la cause rationnelle r Pour être artiste la toi suffit. 11 serait facile, de donner d'autres preuves de cet esprit de contradiction qui régne dans l'École. On a fini par y créer un cours d'architecture du moyen âge, que les élèves, hâtons-nous de le dire, ne sont nullement forcés de suivre et qui n'a aucune consécration dans les examens ; il n'y a donc là qu'une concession hypocrite aux partisans de l'art gothique, en leur laissant croire que nos architectes sont éduqués avec les connaissances qu'imposent aujourd'hui la conservation et l'entretien des monuments français pour lesquels on s'est repris d'une admiration sans limites. Il n'en est rien cependant, car les principes de structure, sur lesquels sont fondés les œuvres du moyen âge, sont totalement ignorés de la plupart des architectes sortant de l'École, et surtout des plus brillants qui continuent à considérer l'étude de cette période comme un « poison ».

Ceci dit, je reviens à mon exposé historique. Après les échecs que j'ai signalés et qu'il ne put ou ne sut éviter, Violletle-Duc reprit la véritable influence que sa doctrine pouvait avoir lorsqu'elle était appuyée par une technique puissante et des applications pratiques, et c'est dans le cours des restaurations de nos monuments diocésains et historiques qu'il démontra l'utilité

de recourir à la raison dans l'exercice de la profession d'architecte, pour composer et réaliser. 11 s'entoura ainsi de disciples toujours plus nombreux et convaincus.

Indépendamment de ce retour aux principes, il fit, après l'achèvement de son dictionnaire, d'autres tentatives dans différentes publications, particuHérement dans ses entretiens sur l'architecture. Là il se proposa d'indiquer comment le fer et la fonte peuvent intervenir dans la composition d'architecture, mais il n'apporta pas de solutions nettement réahsables, en raison de ce fait que l'emploi du métal n'est que médiocrement applicable dans les édifices termes, comme j'ai cherché à le démontrer ici même. 11 n'avait pas prévu le ciment armé, mais il avait cependant émis ce principe que, lorsque l'homme a le sentiment inné de la construction, il est capable de concevoir et d'exécuter même avec du carton, la question d'épaisseur, dans l'emploi de la matière, n'étant pas un obstacle à la solidité. A cet égard le ciment armé est concluant et donne, en plus, la preuve que la faible épaisseur ne nuit pas à la durée des ouvrages. J'ai dit plus haut ce que j'ai cru sutfisant à propos de ce genre de matériaux, je n'y reviendrai pas, mais puisqu'il s'agit ici d'enseignement, je rappellerai que grâce à Tunité de structure à kquelle ce procédé oblige logiquement de recourir, l'architecte se trouve en possession d'une méthode qui peut le conduire à raisonner sûrement et utilement lorsqu'il veut construire avec d'autres moyens. En un mot cette méthode est applicable à tous les systèmes de construction, parce qu'elle force à raisonner.

Je suis donc amené à demander et à souhaiter que le ciment armé soit étudié, dans les cours de construction, à la condition que pour ce système, — et ceci est vrai pour tous les

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