‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 181 sur 377 · Par exemple celle de Montmajour (Revoil, t. II, pi · texte numérisé non relu

Par exemple celle de Montmajour (Revoil, t. II, pi

CHEVETS CARRliS

Il y ;i même, ;\ Saint-Quiiiin de] Vaison, une abside dont l'extérieur est lormé de

deux plans qui se coupent comme

les côtés d'un triangle (fig. 315).

Mais c'est une anomalie qui n'a

point suscité d'imitations. Quand

l'abside est pol3'gonale sur les deux

faces, elle a ordinairement le même

nombre de côtés extérieurement et

intérieurement '. Il y a cependant

des exceptions à cet usage. Ainsi

l'abside de la cathédrale de Cavaillon

(fig. 280) est à sept pans sur sa face

interne et à cinq du côté extérieur.

Dans les chevets garnis de chapelles rayonnantes, les absidioles à pans coupés alternent assez souvent avec des absidioles du type ordinaire. La forme polygonale devient de plus en plus fréquente aux approches de l'époque gothique, et elle finit au xiii^ siècle par détrôner complètement la forme ronde.

A l'époque romane, comme dans

n beaucoup d'églises byzantines du V ou du vi' siècle, on a parfois englobé l'abside, voire même les absidioles, dans un massif carré ; cela permettait de les couvrir comme le reste, avec un toit à deux pentes, plus facile à établir que les toits coniques qu'exigent les absides rondes (fig. 316) -. Le seul inconvénient de cette façon de construire l'abside est d'augmenter beaucoup le cube des maçonneries qui l'encadrent. Aussi n'y a-t-on guère eu recours que pour des absides d'assez petit rayon, et l'on a mênie été, pour réduire ce cube, jusqu'à construire deux absidioles côte à côte au lieu d'une grande ; cela se voit dans la singulière église de Montbolo dans les Pyrénées (fig. 317).

C'est le même souci d'économie et de simplicité qui a fait substituer à l'abside un chevet plat dans un grand nombre d'églises rurales, et dans les églises de certains ordres, comme celui de Citeaux, qui voulaient réagir contre le luxe des églises bénédictines.

I. Ainsi à Gargilesse l'abside est à trois pans 2. Voir dans Rochemonteix (Églises romanes sur chaque face {Anh. des Mou. hist., t. IV, de la Haute-Auvergne, fig. 160, 182, 148) les pi. 82). A Saint-Jacques de Béziers elle est à plans des absides de Girgols, Lascelle, Saintcinq pans sur chacune (Dehio, pi. 93). Cirgues de Jordanne (Cantal).

■ Peyrusse-Grande. d'aprcs Bensuville

Montbolo, d'après Brutails.

Enfin ce sont probablement des préoccupations analogues qui ont fait adopter certaines dispositions insolites que l'on rencontre dans quelques petites églises, comme la chapelle du château de Polignac (Haute-Loire) ', les églises de Gueyze ^, de Sahorre ', de Saint-Pierre de Reddes (fig. 318), etc.

A mesure que les églises s'étaient multipliées, les dispositions adoptées primitivement pour la construction des autels s'étaient modifiées. Les confessions n'avaient plus d'utilité depuis que s'était généralisé l'usage de se contenter, pour satisfaire aux prescriptions liturgiques, de loger quelques parcelles de reliques dans la table de l'autel. Certaines églises, il est vrai, avaient la bonne fortune de posséder le corps entier de quelque saint; c'était pour elles un bon moyen d'attirer les fidèles ; aussi, au lieu de l'enfermer dans une confession, comme on le faisait dans les premiers siècles, prit-on l'habitude de le déposer dans un tombeau bien apparent, généralement placé derrière l'autel. Les raisons qui ont fait abandonner les antiques confessions auraient dû, semble-t-il, faire également renoncer à construire des cryptes. Or, tout au contraire, on n'en a jamais fait un si grand nombre qu'à l'époque romane.

Dans les pays où le sol est accidenté, cette vogue pourrait s'expliquer par des considérations d'ordre pratique, car la construction d'une crypte permet souvent d'éviter des remblais considérables et peu propres à asseoir solidement une église, mais cette raison n'est pas suffisante, car beaucoup de cryptes ont été établies en terrain plat et dans des conditions qui devaient les rendre fort coûteuses à creuser.

Les cryptes romanes offrent une infinie variété de formes et de dimensions. Quelques-unes ne sont que de simples caveaux rectangulaires *, mais c'est l'exception ; la plupart sont de véritables chapelles reproduisant en plan les traits essentiels de la partie de l'église supérieure sous laquelle elles sont bâties (fig. 3 1 9). C'est là une règle si constante qu'il faut toujours se demander quand il y a discordance, comme à Plaimpied (Cher) ou à Montmajour (fig. 323), entre le plan d'une crypte et celui des constructions qui la surmontent, si cela ne tient pas à ce que l'église supérieure a été rebâtie dans la suite.

Fig. 318. — Saint-Pierre de Reddes.

Fig. 519.

Rouen. Crypte de

S.iint-Gervais.

1. Thiollier, L'archit. roiihnic ilciiis le tiioc. ilii 3. Brutails, L'ari leligios en el Rossello, p. 20, PiiY, p. 129, fig. fig. 4.

2. Tholin, L'archilectiire religieuse de VAgenais, 4. Saint-Savinien à Sens, Saint-Quentin, Ronpl. 20. gnac (Charente), etc.

La place normale des cryptes est sous le saiictuaii'e. Quand celui-ci consiste en une simple abside, la crypte en reproduit la forme, comme on le voit à la cathédrale de Nevers ; quand l'abside est précédée d'une ou plusieurs travées de chœur, la crypte s'avance fréquemment jusque sous ce dernier; c'est le cas à Saint-Gervais

Fig. 320. — Auxerre.

Crypte du hi cathédrale.

Fig. 321. — Clermont-Ferraiid.

Crypte de Notie-Dame-du-Port,

de Rouen (fig. 319), à la Trinité de Caen, aux Saintes-Maries-de-la-Mer, à Villars- Saint-Marcellin, etc. On sait combien sont fréquents à l'époque romane les chœurs entourés d'un collatéral garni d'absidioles. La crypte, dans les églises de ce type, reproduit souvent ce magnifique plan ; il en est ainsi .à la cathédrale d'Auxerre (fig. 320) et aux églises de Saint- Aignan d'Orléans (fig. 164), d'Uzerche, de Notre- Dame-du-Port à Clermont (fig. 321), d'Issoire, d'Orcival, etc.

Fig. 322. — Angers. Crypte du Ronceray.

Page 1