I. ARCHITECTURE EN GAULE DU V"-' AU VIII'= SIECLE
du Clirist debout (fig. ^3), qui rappelle par son exécution barbare les ligures découvertes par le P. de la Croix dans l'hypogée de Poitiers ' (fig. 30).
Malheureusement les fouilles ne donnent bien souvent que des renseignements sommaires, sur le plan et les dispositions générales des édifices. Il faut autre chose pour permettre d'apprécier la décoration d'un monument et sa valeur artistique. C'est ce qui donne un intérêt particuher à l'église Saint-Pierre à Vienne, en Dauphiné (fig. 34). Les travaux de restauration qui s'y sont poursuivis pendant plus de trente ans, ont permis d'y faire des constatations dont l'iinportance semble avoir échappé à la plupart des archéologues. C'est un très vieil édifice dont l'histoire est assez mal connue. Mais on sait qu'il tut fondé dans la première moitié du
Fig. 54. — Église Saint-Pierre â Vienne (Isère).
v siècle. Il passe pour avoir été dévasté par les Sarrasins au vin'= siècle et réparé au ix^sous l'épiscopat de l'archevêque Adon. Hugues, roi de Provence, le fit restaurer en 924''. Des travaux considérables y furent encore entrepris au xii' siècle, grâce sans doute aux libéralités du fils du roi Louis VIII, Robert comte de Dreux, qui y fut enterré en 1188. D'horribles placages exécutés au xvni'= siècle avaient masqué toutes les parties anciennes du monument. En les supprimant, on a pu acquérir la certitude que tous les murs extérieurs de l'édifice remontent au V siècle, avec la riche ordonnance de colonnes qui, à l'intérieur, en encadrent les fenêtres (fig. 35). L'œuvre du x' s'y reconnaît non moins sûrement ; elle a consisté à enchâsser l'abside primitive dans un revêtement polygonal, à remplacer par de longues piles carrées les colonnes qui devaient soutenir à l'origine les murs de la nef, à supprimer les tribunes dont la disposition des fenêtres nous révèle l'existence, et à refaire les combles. Enfin c'est au début du xii° siècle que l'on a donné au clocher qui précède le monument sa forme actuelle ', et qu'on a orné le tympan de la porte principale d'une croix faite de panneaux de terre cuite dans laquelle Caumont a voulu voir une œuvre de l'époque franque ■>, opinion qu'ont partagée d'autres
1. Le P.delaCroix, L7;y/)o^cV<;/e Po!Ï/f;-i, pi. 8. pittor. de Taylor (Dauphiné, 24= livr.) est anté-
2. Voir une charte de ce prince publiée dans rieur à toute restauration — Cf. les relevés de le Rec. des hist. de la France, t. IX, p. 689. Questel, Archives dis Mon. hist., t. IV, pi. 30.
3. Le dessin qui en est donné dans les Voyages 4. Caumont, Abécédaire, 3= édition, p. 20.
archéologues éniinents ', mais qu'il est difficile de concilier avec l'existence de décorations similaires dans divers édifices romans de la région, tels que la Manécanterie à Lyon ^, ou le clocher de l'église d'Ainay >.
Les archéologues qui ont décrit les monuments du Midi de la France ont cru
G. Enlart ph.
Fig. 55. — Vienne. Église Saint-Pierre.
retrouver dans beaucoup de ces édifices des restes parfois considérables de construc-