Ibid., t. V, pi
8. « In medio turritus apex super ardua tendit )■, dit Fortunat ( Carm., 1. III, n" 5). Quicherat (Mélanges d'archéologie, II, p. 43 et s.) suppose qu'il s'agissait là d'une tour-lanterne, mais rien ne justifie cette hypothèse.
302 TOURS ET CLOCHERS
A quelle époque a-t-on commencé à construire de véritables clochers ? Je crois, contrairement à l'avis de Quicherat ' suivi par la plupart des archéologues français, qu'on en faisait déjà au v= siècle. Il n'est pas douteux que dès cette époque certaines églises de la Gaule étaient flanquées ou surmontées de tours. La cathédrale de Narbonne en possédait une dont un étage fut démoli pour plaire au roi des Wisigoths, Alaric II (484-507) =. Il y en avait une également dans l'église Saint- Martin de Tours, rebâtie vers 470 par l'évêque Perpetuus. M. de Rossi a prouvé que ce n'était point là, comme le croyait Quicherat, une particularité propre à l'Église gallicane, car on voit des basiliques accompagnées de tours sur deux monuments de Rome datant du v= siècle : la mosaïque dont Sixte IV (432-440) décora l'arc triomphal de Sainte-Marie-Majeure et la célèbre porte en bois sculpté de Sainte-Sabine (fig. 55) '.
Ces tours étaient-elles de véritables clochers ? Quicherat croyait que non. Il les considérait comme des tours-lanternes servant à éclairer le carré du transept ou l'entrée du sanctuaire. Mais cette hypothèse est très contestable.
Nous ignorons l'emplacement que pouvait occuper la tour de l'église de Narbonne. Mais celle de l'église Saint-Martin était à l'entrée de l'édifice ■*. Cela ressort sûrement de l'ordre dans lequel sont rangées dans les manuscrits les inscriptions que Sulpice Sévère avait composées pour orner les diverses parties de la basilique. Les exemples romains précités confirment cette observation, car la basilique représentée sur la porte de Sainte-Sabine a deux tours de part et d'autre de la façade, et, la mosaïque de Sainte-Marie-Majeure nous montre deux églises, chacune accompagnée d'une tour placée , dans un cas, sur le flanc du monument, à côté du baptistère, dans l'autre à côté de la façade.
La place occupée: par les tours, dans ces divers exemples, prouve bien qu'elles , n'étaient pas des tours-lanternes ; mais alors à quoi servaient-elles ? A contenir des cloches ou seulement des escaliers, comme ces tours carrées qui flanquent la façade de certaines églises de Syrie et d'Asie Mineure? Une des inscriptions composées par Sulpice Sévère pour Saint-Martin de Tours permet d'affirmer que, dans cette église au moins, la tour élevée à l'entrée était un véritable clocher, car le poète nous dit que du haut de cette tour saint Martin appelait le peuple chrétien à le suivre dans la voie du salut s, allusion évidente à la voix des cloches appelant les fidèles à la prière.
La grande ancienneté de l'invention des clochers est donc indiscutable, mais l'usage semble en avoir été long à se répandre. Au viii^ siècle, il était devenu assez
1. Mélanges d'archcol., p. 43 et s. curieux détail signalé par M. de Rossi {op. cit.,
2. Greg. Turon., De gloiia niait., c. 92. p. 3). Vers 755, le pape Etienne II fit construire
3. Rev. de l'art chrét., 33e année (1890), p. 5. un clocher auprès de la basilique de Saint-Pierre
4. Quicherat s'est sûrement trompé en la pla- à Rome ; une inscription y fut gravée, c'est une çant en avant du chœur (voir mon Étude sur copie de la précédente, dans laquelle on s'est Saint-Martin de Tours, p. 40). contenté de substituer le nom de saint Etienne
5. Cette interprétation est confirmée par un à celui de saint Martin.
F.MPI.ACEMI'N'C DES CI,OC:iIF.R,S
général pour qu'un chroniqueur le constate à propos du clocher construit à Fontenelle par l'abbé Teulsinde (734-738) '. Enfin, depuis le w" siècle, les textes mentionnant des clochers deviennent de plus en plus nombreux. La plupart, malheureusement, sont peu précis et ne nous font pas connaître la place qu'occupaient ces clochers.
Suivant toute apparence, il n'y avait à cet égard aucune règle fixe. Le plan de Saint-Gall (fig. 124) indique deux tours à l'extrémité occidentale de l'église dont elles sont complètement séparées. La vue de Saint-Riquier, que j'ai reproduite ci-dessus (fig. 125), nous montre deux tours placées aux deux extrémités de la nef. La cathédrale de Cologne (fîg. 126) en avait quatre au ix" siècle, mais dont deux n'étaient sans doute que des tourelles contenant des escaliers.
Le clocher de Germigny-des-Prés surmontait le carré qui forme le centre de cette curieuse église. Il avait été bâti en même temps qu'elle. Au contraire, les plus anciens clochers conservés en Italie sont complètement séparés de l'église, ce qui tient sans doute à ce qu'ils n'ont pas été bâtis en même temps. Tel est le cas de la tour qui se dresse sur le fîanc nord de Sant' Apollinare in Classe à Ravenne (fig. 14). A Saint-Laurent de Vérone, deux vieilles tours existaient en avant de l'église, rappelant beaucoup, par leur position comme par leur forme ^, celles que représente le plan de Saint-Gall. Nous avons également en France quelques exemples de clochers entièrement séparés des églises qu'ils accompagnent. Les plus curieux sont ceux de Brantôme (fig. 403) et de la cathédrale du Pu}^ (fig. 410).
Il y a autant de diversité, à l'époque romane, dans le nombre que dans l'emplacement des clochers. La plupart des églises n'en ont qu'un. Souvent, au xi^ siècle surtout, il est placé au milieu et en avant de la façade et son rez-dechaussée forme porche devant la porte principale ' comme à Saint-Porchaire de Poitiers (fig. 404), ou bien encore il surmonte la première travée de la nef, comme à Urcel (fig. 391) +. Dans le Centre, en Poitou (fig. 234), en Saintonge
Fig. 403
Ph. M. H.
Brantôme. Clocher.