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BAIES DES CLOCHERS

Elles n'avaient anciennement aucune autre décoration, mais depuis la seconde moitié du XI'-' siècle, leurs cintres sont ornés de voussures couvertes de moulures et leurs piédroits garnis de colonnes comme les portes ou les baies du triforium de beaucoup d'églises. L'ertet produit par tous ces arcs est si heureux que, dans les parties

Fig. 414. — Clocher de Cuiiault (Maine-et-Loire).

Fig. 415. — Cathédrale d'Elne (Pyrénées-Orientales).

basses de la tour où l'on ne pouvait percer de semblables ouvertures, on a souvent figuré une arcature aveugle qui ajoute encore à l'élégance de l'ensemble. On ne s'astreignait pas d'ailleurs à faire concorder le nombre de ces rangées de baies avec le nombre effectif des étages entre lesquels était partagé l'intérieur de la tour. Ainsi le clocher du Puy, qui nous montre sept rangées de baies, sans compter les lucarnes de la flèche, ne compte intérieurement que cinq étages (fig. 409 et 410).

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Beaucoup de tours, du moins dans le Midi, étaient terminées à leur sommet par une simple plate-forme le plus souvent crénelée comme à Saint-Martin du Canigou (fig. 324) ou à Elne (fig. 415). Dans le Nord et le Centre, où le climat ne permet guère l'emploi des terrasses ', les tours sont presque toujours terminées soit par un toit en bâtière, soit par une flèche en ardoise ou en pierre.

Le toit en bâtière est le genre d'amortissement le plus simple. Au lieu d'arrêter au même niveau les quatre faces de la tour, on surmonte de pignons deux des faces opposées et sur ces pignons on établit à peu de frais les quelques pièces de charpente qui suivront à porter un toit à deux pentes. Rien n'est plus commun que ce mode de couronnement dans la moitié septentrionale de la France. C'est le mode préféré pour les petites églises de campagne, surtout à l'époque gothique.

Les exemples romans sont moins nombreux, cependant on en trouve de bien authentiques dans beaucoup d'églises de l'Oise et de l'Aisne, comme Nogent-les- Vierges (fig. 417), Berzy-le-Sec, Orrouy, Lhuys, Vauxrezis % etc.

Les clochers carrés sont le plus souvent couronnés par des pyramides ou des flèches carrées, soit en charpente, soit en pierre. Les pyramides en charpente étaient à la fois les plus faciles et les plus économiques à bâtir. Aussi dès les époques les plus reculées a-t-on amorti de la sorte un grand nombre de clochers, et on a continué à le faire alors que les ouvriers capables de construire des flèches en pierre ne manquaient pas. On rencontre les deux systèmes employés concurremment dans plus d'un édifice, on en peut voir la preuve dans la curieuse église de Morienval qui possède trois beaux clochers carrés, dont deux sont terminés par des pyramides en pierre et le troisième par une haute flèche en charpente (fig. 406). Quoiqu'on puisse trouver des flèches en pierre dans toute les parties de la France, la Normandie est certainement la province où il en reste le plus. Elle en possède qui n'ont eu besoin d'aucune réparation sérieuse depuis le début du xii'^ siècle, comme celle de Thaon (fig. 418), et elle en a conservé le goût jusqu'en pleine époque gothique.

Dans le Midi et dans les pays où l'emploi habituel de la tuile creuse ne permet pas de donner aux toitures une pente très accentuée, les pyramides qui couronnent les clochers sont peu élevées (fig. 416); dans le Nord et généralement dans toutes les régions où on les a recouvertes de plomb ou d'ardoise, on leur a donné une acuité beaucoup plus grande.

La tendance à augmenter l'acuité des flèches n'a d'ailleurs cessé de s'accentuer depuis le début du xii= siècle. Une de ses conséquences a été de faire préférer par beaucoup de constructeurs les flèches octogones aux pyramides carrées. Ces flèches octogones étaient souvent en charpente, mais on en a fait un grand nombre en pierre, et quoiqu'elles n'atteignent pas l'extrême acuité des flèches de l'époque gothique, elles sont souvent très élevées, et l'on ne saurait trop admirer la science

I. Ce qui n'a pas empêché les Anglais, qui ne clochers terminés par une simple plate-iorme. jouissaient pas d'un climat plus clément que 2. E. Lefèvre-Pontalis. Jich. rom. du dioc. de

nous, de construire un nombre énorme de Soissons, passim.

PLECHES CARREES ET OCTOGONES

des architectes qui osèrent exécuter en pierre des constructions d'une pareille hardiesse.

Leur mérite est d'autant plus grand que les clochers étant construits sur plan carré, pour les surmonter d'une flèche octogone il fallait imaginer quelque artifice permettant de passer d'un plan à l'autre, problème difficile dont ni l'architecture

antique ni l'architecture byzantine ne pouvaient donner la solution. Nos constructeurs avaient eu heureusement mainte occasion de se familiariser avec un problème du même

Ph. M. H.

Fig. 417. — Clocher de Nogent-les-Vierges (Oise).

Ph. M. H.

Fig. 416. — Clocher de Puissalicon (Hérault).

ordre en élevant des coupoles à pans coupés sur les travées carrées de leurs églises. Nous avons vu comment ils avaient su le résoudre à l'aide de trompes. Ce fut au même procédé qu'ils eurent recours pour la construction des flèches (fig. 419). Ici toutefois le problème était plus difficile, car les travées portant coupoles dans une église sont contrebutées soit par les travées voisines, soit par d'épais contreforts, ce qui assure la solidité des trompes. Mais le sommet d'un clocher n'est contrebuté par rien, et plus il est élevé, plus sa flèche est pesante, plus les txompes qui la portent sont exposées à des mouvements dangereux. Aussi

TOURS ET CLOCHERS

Fig. 41S. — Clocher de Thaon (Calvados).

ri.KCHRS OCTOGONES

comprit-on que, pour assurer l'équilibre de ces iiautes masses de pierre, il fallait charger extérieurement les trompes, de façon à empêcher tout glissement des matériaux qui les composent. De là la construction sur les quatre angles des clochers, à la naissance des flèches, de petites pyramides triangulaires qui pèsent de tout leur poids sur les reins des trompes, et en assurent ainsi la solidité '.

Fig. 41g. — Conflaus. Sainte-Honorine.

Coupe du clocher.

- Beaulieu-les-Loches.

Clocher.

C'est une nécessité de construction qui a fiiit inventer ces pyramides d'angles ; les habiles architectes du xii= siècle ont su en faire un élément décoratif d'une rare élégance. Ils imaginèrent d'abord de les monter sur de petits soubassements qui leur donnent une apparence plus svelte (fig. 420, 422). Puis ils eurent l'idée

I. Ces pyramides sont particulièrement fré- Annuaire de l'archéologue, 1879, p. 50). d'Athis quentes dans l'Ile-de-France, le Vexin, le Pince- (Archives des Monum. hist., t. I, pi. 3), de Nesles rais. Voir les clochers d'Auteuil (A. Saint-Paul, (ihid., t. I, pi. 25), etc.

TOURS ET CLOCHERS

d'ajourer ces soubassements et en vinrent à les réduire à trois colonnettes reliées par des arcs sur lesquels portent les pyramides d'angles. C'est vers le milieu du xii'= siècle qu'apparaît le type le plus parfait de ces clochetons. Ils restèrent longtemps à la mode, et au xV siècle encore on élevait en Normandie et en Bretagne des clochers d'une élégance extraordinaire, qui procédaient des mêmes principes.

Les flèches en pierre, qu'elles soient carrées ou octogones, pèsent lourdement sur les tours ; aussi chercha-t-on à les alléger en ouvrant sur leurs faces des jours de diverses formes. Vers le sommet de la flèche, au point où les faces sont le plus étroites, ce sont des trèfles, un peu plus bas des quatre-feuilles, plus bas encore des baies à cinq ou six lobes, enfin, à la naissance de la flèche, de longues ouvertures étroites surmontées d'un gable comme une lucarne. Ces lucarnes sont déjà assez communes au début du xii"-" siècle, avant que les jours à quatre ou cinq lobes fussent à la mode. On en voit assez souvent à des flèches carrées (fig. 421), mais c'est avec les flèches octogones qu'elles produisent le plus d'effet (fig. 420), car les gables en sont calculés de façon à se marier avec les lignes formées par les clochetons d'angles. Souvent, pour rendre l'harmonie plus complète, on remplace les montants des lucarnes par des colonnettes semblables à celles des clochetons, et l'on obtient ainsi ces délicieuses combinaisons que là fin du xii'^ et le xiii^ siècle virent éclore en si grand nombre en Normandie ou dans l'Ile-de-France, et dont le clocher central de Vernouillet ', les tours de façade de Saint-Denys*, Mogneville ', Saint-Etienne de Caen (fig. 387), etc. offrent d'incomparables exemples.

La région qui s'étend entre la Loire et la Seine a donné naissance à un autre type de clochers, un peu différent de celui de l'Ile-de-France mais presque aussi élégant. Il admet comme celui-ci des clochetons d'angle, mais comme il comporte en même temps un ou deux étages octogones avant la flèche, ce n'est point à la base de celle-ci que les clochetons se dressent, mais au point où l'on abandonne je plan carré pour passer à l'octogone.

La ville d'Auxerre nous en offre deux très beaux exemples. Le premier en date

Fiç. 421. — Clocher i (Calvados).

1. VioUet-le-Duc. Dicl.,t. III, p. 326, fig. 31. Monumenis di' la France d'Alex, de Laborde, t.

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