‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 233 sur 377 · ECOLE PROVENÇALE 4II · texte numérisé non relu

ECOLE PROVENÇALE 4II

S'il falhiit en croire certains arciiéologues, on aurait même dés l'époque carolingienne construit sur les bords de la Méditerranée nombre de grandes églises entièrement voûtées. Mais cette doctrine, chaudement défendue par Revoil ', n'a plus guère de défenseurs aujourd'hui, et il est démontré que la plupart des édifices sur lesquels cet habile architecte avait établi sa thèse sont d'une date postérieure à celle qu'il leur donnait.

.\insi Saint-Quinin de \'aison, on l'a vu plus haut, n'est sûrement pas du vu*-' ou viir' siècle, mais seulement du xii^ La cathédrale de la même ville est un monument hybride dont l'abside et les absidioles peuvent être antérieures à l'époque carolingienne, mais dont la nef ne saurait remonter au delà du xr' siècle et a été fortement remaniée au x[i' quand on l'a voûtée -.

Les fragments de petit appareil qu'on voit à la façade et en quelques parties des murs extérieurs de Saint-Trophime d'Arles, et que Revoil attribuait au vi' siècle, ne sont sans doute pas beaucoup plus vieux que les bras du transept dont M. Labande fixe la construction, avec beaucoup de vraisemblance, entre 950 et 972, en même temps que celle de l'abside et des deux absidioles supprimées au xv"= siècle, quand l'archevêque Louis Allemand fit construire le chœur actuel. Quant à la net, elle n'a été bâtie que dans la première moitié du xii'= siècle, et le porche, tout comme la galerie du cloître attenant au côté nord de l'église, n'ont été sculptés que vers 1180 ou 1190 '.

De même la cathédrale d'Aix n'a rien de carolingien. Son bas-côté sud a été construit à la fin du xi^ siècle et consacré en 1103. Il formait alors une église distincte sous le vocable de Saint-Sauveur, et était contigu, au nord, à l'église Notre- Dame, dont quelques fragments remontant au xi'= siècle ont sun^écu aux transformations que la cathédrale a subies au xv^ +.

Enfin des documents dignes de foi nous apprennent que Notre-Dame-des-Doms, à Avignon, fut totalement reconstruite au milieu du xi*" siècle et consacrée avec une grande solennité le 8 octobre 1069 >. Mais l'auteur qui l'a étudiée avec le plus de critique, M. Labande ^, a fait justement remarquer combien il est difficile de concilier cette date avec le style du monument et son excellente exécution, si bien qu'il suppose une nouvelle reconstruction entre 1 140 et 1 160. On peut trouver cette hypothèse un peu hardie ", quoiqu'elle s'appuie sur de très sérieux arguments ; mais

1. L'architecture romane du Midi de la France, la sculpture française, p. 63, 45 et s. appendice au tome I. .j. Gallia christ., t. I, col. 63, et instr. coL 66.

2. Voir l'étude que j'ai consacrée à ces deux Prosper de Saint-Paul (La cath. d'Aix en Promonuments dans les Mm. delà Soc. des Antiq. vence, dans le Bull, mon., t. XLI, 1875, p. 442 de France, t. XLIX, et celle de M. Labande et s.) suppose ces restes carolingiens; rien ne le {Bull, mon., t. LXIX, p. 253 et s.), qui a com- prouve, mais ils appartiennent à une période du piété et rectifié la mienne sur plusieurs points w siècle plus ancienne que le bas-côté sud. importants. 5. Bull, archéol. du Comité, 1891, p. 294.

3. Labande, Elude lyistoriqiw. et archéologique 6. Ihid., p. 314 et s.

sur Sainl-Tropbime d'Arles (Bull, mon., t. LXVll, 7. On peut objecter, en effet, que Notre-

p. 439: et LXVlll, p. 3). Cf. mes Etudes sur Dame-des-Doms et Saint-Sauveur d'Aix seraient.

un point reste bien établi, c'est que le porche qui précède l'église, et qu'on a si longtemps cru carolingien, loin d'être antérieur au xi'^ siècle, a été ajouté à l'édifice après un laps de temps assez long.

On peut donc affirmer, quoique les dates de beaucoup d'églises du Midi soient encore mal établies, que l'école provençale n'a pas eu l'extraordinaire précocité qu'on lui a prêtée ; qu'elle ne s'est pas constituée avant le xi" siècle et que, si dès le X'' les architectes provençaux étaient capables de jeter une voûte au-dessus d'un

Fig. 42g. — Cathédrale de Saint-Paul-Trois-Châteaux.

vaisseau aussi élevé que le transept de Saint-Trophime d'Arles, rien n'autorise à croire qu'ils aient fait un emploi systématique des voûtes avant la seconde moitié du xi= siècle. Or c'est à la même époque que commencent à se dégager les traits auxquels l'école provençale doit sa physionomie propre.

Ces traits peuvent se résumer ainsi : les églises provençales sont voûtées en berceau plein cintre ou brisé. Quand elles sont munies de bas-côtés, la voûte de la

d'après les textes, de dates peu différentes ; or les ressemblances de style et d'exécution y sont nombreuses. Les signes de tâcherons qu'on y relève appartiennent toutes à l'alphabet du xie siècle, je n'y ai remarqué aucune des lettres caractéristiques de la seconde moitié du xii= siècle. Enfin le style des chapiteaux de la nef est archaïque, les colonnettes qui les portent sont

mal taillées, comme si on les avait exécutées après la pose. Il serait donc possible que Notre- Dame-des-Doms n'ait jamais été rebâtie depuis le XF siècle, et qu'on y ait seulement fait dans la suite des retouches ou des additions ; le porche et très probablement aussi la coupole et le clocheton qui précèdent le chœur feraient p.irtie de ces additions.

ÉCOI.R PRON'BNÇALE

1 ig. -150 — CitliedrAle di- \ iison ( oujil trins\ersilc

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Revoil del Fig. 451. — Saint-Guilhem du Désert.

nef n'est pas contrebutée par les voûtes latérales. Celles-ci ont la forme d'un demiberceau (fig. 429) qui vient s'appuyer au mur de la nef fort au-dessous des

ECOLES D ARCHITECTURE A L EPOQUE ROMANE

impostes de la maîtresse voûte. Quelquefois c'est un berceau brisé ou ovoïde (fig. 430) engagé dans le mur latéral de la nef, très rarement un berceau complet

Les voûtes sont toujours portées sur des doubleaux, généralement doublés, et les piédroits de ces arcs, comme ceux des grandes arcades faisant communiquer les collatéraux et la nef, sont profilés en forme de pilastres ; cela donne aux piliers qui portent le monument une forme très caractéristique (fig. 432). Les grandes arcades sont généralement fort larges (fig. 433), aussi le nombre des travées est-il toujours assez restreint. La nef également est assez large, aussi n'ose-t-on guère en porter la voûte à une grande hauteur. Les édifices aussi élevés que Saint-Tropbime d'Arles (fig. 434) sont une exception. Avec de pareilles proportions, on avait tout juste la place nécessaire pour percer des fenêtres entre les impostes de la voûte et le sommet des grandes arcades, il ny avait place ni pour des tribunes.

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