‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 312 sur 377 · jg. 621. — Avignon. Notre-Dame-des-Doms · texte numérisé non relu

jg. 621. — Avignon. Notre-Dame-des-Doms

LES CHAPITEAUX

épineuse dont la feuille aux lobes aigus a eu tant de vogue chez les Byzantins, les a non moins souvent inspirés. On reconnaît même dans certaines de leurs œuvres l'influence de ces modèles dégénérés, surmontés d'épais dés de pierre, comme nous en avons vus à Saint-Laurent de Grenoble (fig. 84, 85). Les cathédrales d'Aix et de Cavaillon, l'église de Notre-Dame-des-Doms (fig. 621) et plusieurs autres églises de la région provençale en montrent des preuves irrécusables.

La plupart des sculpteurs s'inspiraient donc du chapiteau corinthien plutôt qu'ils

ne le copiaient et ils obéissaient, en l'imitant, à des tendances assez différentes. Ainsi, ceux du Centre et de l'Ouest ne pouvaient se défaire d'une certaine lourdeur qui était dans leur tempérament ou qui tenait peut-être à la nature des matériaux qu'ils employaient d'habitude. Et c'est ainsi qu'à la cathédrale du Puy (fig. 622), dans les églises du Poitou et de la Saintonge, comme à Airvault (fig. 623), le dessin des chapiteaux relevant du type corinthien manque d'élégance et la tête des feuilles retombe en gros et larges crochets. En approchant des bords de la Loire, ce type s'afiîne et donne naissance, vers le milieu du xii'' siècle, à un fort beau modèle caractérisé par ses bonnes proportions, son dessin nerveux et les vigoureux crochets formés par ses feuilles ; c'est à Saint- Laumer de Blois que l'on peut voir, je crois, les meilleurs spécimens de cette variété de chapiteaux (fig. 624).

Dans la vallée de la Garonne, à Saint-Sernin de Toulouse (fig. 625), à Saint- Gaudens ', les imitations du type corinthien sont d'une grande élégance, leur corbeille est élancée, leurs feuilles sont finement découpées et leurs têtes, au lieu de retomber en larges crochets, se recourbent en pointes au fin profil. En Bourgogne de même, le type habituel est très élancé et les feuilles d'acanthe sont très allongées, leurs découpures sont profondes, souvent très fines, et leurs têtes retombent en crochets peu développés, à la façon de certaines feuilles qui commencent à s'épanouir. L'église de Vézelay offre quelques beaux exemples de cette variété (fig. 626). Il y en a de plus beaux encore dans le chœur de la Cha-

Ph, M. H.

Lr l'iiy. Cathédrale. Chapite.iii de pilastre.

I. Dehio, Kuustgeschkhie in Bihieni, pi. 32. — Cf. Bull, mou., t. LXII, p. 250.

CHAPITKAUX INSPIRKS DU TYPF CORINTHIEN

rité-sur-Loire ', où les nervures des feuilles d'acanthe sont traitées avec une siircté de dessin et une finesse d'exécution qu'on ne retrouve guère au même degré que dans l'Ile-de-France et la région qui s'étend entre Chartres, Le Mans et les bords de la Loire. Le chœur de Saint-Germain-des-Prés à Paris, l'église d'Urcel (Aisne) et une foule d'édifices de second ordre, comme l'église de Troo (Loir-et-Cher) ou de Noël-Saint-Martin (Oise), nous montrent ce magnifique type par\'enu à

Fig. 623. — Air\.iuh (,Dcux-S>;v]-cbj. Cli.ip

son plein développement. Son influence se fait sentir jusque sur les bords du Cher où elle produit au xii'= siècle les beaux chapiteaux de Saint-Aignan. Mais ceux-ci ne sont déjà plus purement romans (fig. 627). Ils appartiennent à cette délicieuse époque de transition, une des plus brillantes et à coup sûr une des plus fécondes dans l'histoire de notre architecture nationale.

Le chapiteau corinthien et ses dérivés immédiats ne forment qu'une des branches de l'immense famille des chapiteaux à feuillages. L'époque romane en a vu fleurir une foule d'autres et il faudrait un gros volume si l'on voulait les énumérer toutes.

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