‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 316 sur 377 · Ce chapitre était déjà composé quand a · texte numérisé non relu

Ce chapitre était déjà composé quand a

paru un important travail de M. Bréhier sur la sculpture byzantine. Il y parle longuement des chapiteaux de cette famille {I^ouv. Archives des Missions scient., 191 1, fasc. 3, p. 25 et s.).

CHAPITEAUX ORNi;S DE RINCEAUX

artistes de l'époque carolingienne qui semblent a\()ir imité ces types, n'ont pas dû les prendre directement à Byzance ; ils ont dû s'inspirer des modèles grécoromains existant sur notre sol ou en Italie et sont partis de là pour en inventer d'autres. Jamais avant l'époque romane on n'a su marier plus habilement oiseaux, quadrupèdes, personnages isolés ou en groupes, avec la feuille d'acanthe corinthienne, avec les palmettes, voire avec les feuillages les plus divers. Toutefois c'est aux rinceaux qu'on associe le plus souvent la figure, et c'est avec leurs gracieux enroulements qu'elle se combine de la façon la plus heureuse. On avait senti dès l'antiquité le parti décoratif que l'on peut tirer de ces mélanges, et les frises ornées de rinceaux dont les fruits sont becquetés par des oiseaux, ou dont les tiges se mêlent à des figures de génies ne sont pas rares à

l'époque romaine. Toutefois l'idée d'appliquer des motifs de ce genre à la décoration des chapiteaux n'apparaît pas avant l'époque carolingienne. Les artistes romans l'ont développée avec une ingéniosité admirable, elle leur a inspiré de véritables chefs-d'œuvre, mais qui appartiennent pour la plupart à une époque très avancée du xii= siècle.

On trouve de ces chapiteaux à feuillages combinés avec des figures dans toute la France. C'est en Normandie qu'ils sont le plus rares et le plus mal exécutés ; au contraire en Bourgogne, en Angoumois, dans l'Ile-de-France, dans une grande partie de l'Aquitaine et du Languedoc, ils sont nombreux et souvent très remarT quables. Ce genre de décoration a été particulièrement employé pour les chapiteaux de dimension moyenne comme on en voit aux montants des portails ou aux arcades des cloîtres. Les cloîtres détruits de Toulouse nous en ont laissé des exemples de premier ordre (fig. 634) qui forment aujourd'hui un des joyaux du musée de cette ville.

L'emploi de la figure n'était pas inspiré uniquement par un souci de décoration. Il répondait aussi à cette idée maintes fois exprimée par les auteurs ecclésiastiques, que les peintures et les sculptures des églises doivent servir à l'instruction du peuple.

LES CHAPITEAUX

Il ne faut donc pas s'étonner si, dès 'le xi'^ siècle, nombreux sont les chapiteaux uniquement décorés de figures, ou dans lesquels le feuillage n'occupe à côté d'elles qu'une place insignifiante ou secondaire. La barbarie de ces représentations est souvent extrême, et l'on peut s'étonner qu'au commencement du xii" siècle encore, des provinces aussi avancées dans l'art de bâtir que l'était la Normandie, n'aient su produire en fait de sculpture que des magots informes, tels que des enfants en pourraient tailler avec leurs couteaux. Ailleurs, il est vrai, on semble avoir été moins en retard. L'Auvergne notamment passe pour avoir produit dès lexi^ siècle

des chapiteaux à personnages vraiment remarquables. Mais on a trop vieilli son école de sculpture, et il n'est pas probable qu'un seul des beaux chapiteaux à personnages qu'on admire à Notre-Dame-du-Poit (fig.

635), à Saint-Nectaire, Saint-Saturnin, Issoire, etc., soit antérieur à l'an 1 100. Or rien n'autorise à croire qu'il n'y en ait pas d'aussi anciens dans le Midi et en Bourgogne. Cette dernière province est avec l'Ile-de-France et la riche contrée que traverse la Garonne, celle où la sculpture romane a brillé du plus vif éclat, et on admet en général, malgré la difficulté de corroborer cette opinion par des monuments à date certaine, qu'elle a précédé les autres dans l'art de donner à la figure humaine l'animation et la vie.

Les chapiteaux à figures peuvent se diviser en deux grandes catégories, ceux qui sont ornés de figures isolées : oiseaux, quadrupèdes, personnages de l'un ou l'autre sexe ; et ceux que l'on appelle historiés, parce que les figures qu'on y voit représentent des scènes, des histoires comme on disait au moyen âge. Ceux-ci sont de beaucoup les plus dignes d'attention, car en dehors de leur mérite artis- . tique, ils ont souvent un très grand intérêt iconographique.

Il ne faut pas néanmoins, même à ce point de vue, négliger l'étude des premiers. Ce n'est pas qu'on doive, comme trop d'auteurs l'ont cru, chercher un sens symbolique derrière chacune de ces figures. J'ai dit en commençant que les artistes romans se sont fréquemment inspirés d'objets apportés d'Orient par le commerce. C'est là qu'ils ont puisé ces oiseaux affrontés ou adossés, ces animaux fantastiques (fig. 636), ces quadrupèdes exotiques, ces motifs de chasse, contre lesquels saint Bernard s'élevait si vivement dans une lettre fameuse.

Fig. 635.

- Clermont. Notre-Dame-du-Port.

Chapiteau du chœur.

CHAPITEAUX A TIGURES

Néanmoins il est incontestable que beaucoup de ces figures d'animaux avaient pour les fidèles un sens allégorique. Les naïves histoires du Bestiaire étaient

Neurdein ph.

=. Église Saint-Martin.

connues d'une foule de clercs qui les racontaient aux fidèles, et la vue de ces chapiteaux ornés d'êtres fabuleux, comme le basilic, le griffon, que l'on voit à Saint-Martin de Brive (fig. 637), le dragon, la sirène, la harpie, etc., leur rappelait des enseignements moraux au même titre que les figures plus intelligibles pour nous de la colombe ou du lion, ou les allégories des Vertus et des Vices (fig. 644).

Décrire les innombrables variétés de figures ou d'histoires qu'on rencontre sur les chapiteaux romans est chose presque impossible, et il faudrait pour les expliquer un véritable traité d'iconographie chrétienne. Qu'il me suffise, à titre d'exemples, d'indiquer quelques-uns des sujets les plus en vogue. Le Nouveau Testament, comme de juste, est une mine inépuisable, et l'on peut voir la Nativité représentée au cloître d'Arles ; l'Adoration des Bergers, au cloître de Moissac; l'Adoration des Mages, au cloître d'Aix; la Fuite en Egypte, à Saint- Lazare d'Autun ; la Circoncision, à l'Ile-Bouchard (fig. 638) ; la Tentation du Christ, à Autun ; la Résurrection de Lazare, à Moissac;

Fig. 638

Ph. M. H.

Ile-Bouchard (Indre-et-Loire).

LES CHAPITEAUX

l'Enfant prodigue, à Moissac et à Vézelay. Puis viennent les principaux épisodes de la Passion : l'Entrée du Christ à Jérusalem, à l'Ile-Bourchard ; la Sainte Cène,

l'Arrestation du Christ et la Flagellation, à Saint-Nectaire (fig. 639); la Crucifixion, à Rivières et à Saint-Sever ; les soldats gardant le corps du Christ, les Saintes femmes au Tombeau, à Mozat ; l'Ascension, à Vézelay; enfin la Mort de la Vierge à Fontevrault (fig. 640), où la scène est traitée avec tant d'ampleur que deux chapiteaux ne suffisent point à la contenir et qu'elle se poursuit sous forme de large frise à l'imposte du dosseret contre lequel les colonnes sont appliquées.

L'Ancien Testament est aussi une source féconde, et nombreux sont les emprunts à la Genèse, au Deutéronome, à l'histoire de David et de Salomon. Ainsi- nous trouvons : à Saint-Martin d'Ainay, le premier péché, Adam et Eve chassés du Paradis terrestre ; à la Grande Sauve, le Sacrifice d'Abraham (fig. 6-|i); à Moissac, l'histoire de Caïn et Abel, et les trois Hébreux dans la fournaise; à Vézelay encore, le Veau d'or et Moïse brisant les tables de la loi (fig. 643); à Saint-Porchaire de Poitiers, Daniel dans la

Fig. 659. — Saint-Nectaire ( Puj'-de-Domu).

Fig. 640. — "Fontevmult (Maine-et-Loire).

fosse aux lions ; au cloitre de Saint-Sernin de Toulouse, l'histoire de Job ; à Avignon, Samson et Dalila, et Samson renversant les colonnes du Temple (fig. 642). Puis vient l'histoire des Saints, celle de la Vierge en première ligne, des évangélistes, de saint Martin, de saint Benoît, et de beaucoup de saints moins illustres dont la popularité reste cantonnée dans certaines régions. Ajoutons à cela le Jugement

CHAPITEAUX HISTOKIES

dernier souvent symbolisé connue à Saint-Hutrope de Saintes par le Pèsement des âmes, et les nombreuses scènes ou l'image du démon évoque le souvenii' des peines éternelles, comme à Autun (fig. 6.(5) ou à Vézehi)' (fig. 647); celles qui nous montrent les châtiments réservés aux avares, aux usuriers, aux impudiques.

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