FONTS BAPTISMAUX
Sur ces données générales les artistes de l'époque romane ont trouvé moyen d'inventer un grand nombre de modèles différents; la France en a mallieureusement trop peu conservé, mais l'Angleterre en possède assez pour nous donner une haute idée de la fécondité de ces modestes sculpteurs du xi'= et du xii'= siècle.
Les fonts baptismaux n'étaient pas toujours fabriqués sur place par des artistes locaux. Il semble au contraire bien prouvé qu'il existait certains centres de fabrication où l'on en taisait le commerce. C'était naturellement en des lieux où la pierre dure, propre à ce genre de travail, se trouvait en abondance. Les carrières de Marquise en Artois et de Tournai en Flandre, ont été à l'époque romane deux de
Ph. M. H. Fig. 712. — Fonts Kiptism.iux de Cliéreng (Nord).
ces centres de fabrication, et elles ont expédié leurs produits non seulement dans toutes les provinces du Nord et dans les pays voisins comme l'Angleterre, mais même dans des parties de la France d'où la distance aurait dià, semble-t-il, les écarter.
Les fonts de cette provenance sont généralement faciles à reconnaître à la couleur de la pierre dont ils sont faits; elle est d'un gris foncé ou d'un bleu presque noir. Leur aspect est très lourd et la dureté de la pierre, beaucoup plus sans doute que l'inexpérience des sculpteurs, fait que les ornements et les figures qui les décorent sont souvent d'une grossièreté extrême. Ainsi il existe dans l'église d'Airaines (Somme) une cuve en pierre de Marquise de l'aspect le plus étrange (fig. 713). Elle est rectangulaire et munie de quatre colonnes aux angles. Son bord supérieur est orné d'une simple torsade, ses parois décorées de personnages accroupis, affreux anthropoïdes dont je serais bien embarrassé de dire la signification.
Cette cuve, il est vrai, doit appartenir au xi'= siècle et elle est sans doute antérieure à l'époque où le type habituel des fonts de cette provenance fut fixé. Ce
ACCESSOIRES DES EGLISES
type est très caractéristique. Il consiste en une cuve ronde dont la partie supérieure est encadrée dans une épaisse dalle carrée ; les angles de cette dalle sont soutenus par de massives colonnettes, et un même socle carré sert de support commun à la cuve et aux colonnettes.
On peut citer comme de bons spécimens de cuves de ce genre, celle de Vermand auprès de Saint-Quentin, dont les quatre colonnes d'angle reposent sur des lions accroupis et combinés deux à deux de telle sorte qu'une même tête sert à
chaque couple (fig. 714); celle de Zedelghem, près de Bruges, dont la tranche fort épaisse est décorée de scènes empruntées à la légende de saint Nicolas ' ; celle de la cathédrale de Lincoln dont la tranche est couverte de dragons et de lions - ; celle de la cathédrale de Winchester, ornée de rinceaux de feuillages ; celle de la Neuville-lès-Corbie (Somme) dont la décoration consiste également en rinceaux, mais d'un type archaïque et d'une exécution médiocre ' ; la belle cuve de l'église Saint-Pierre de Montdidier, une des meilleures de la série +, et celle de Sélincourt qui mériterait un des premiers rangs si elle était complète (fig. 715) >•
Il serait imprudent, je crois, d'affirmer que tous les fonts baptismaux de ce type sortent des ateliers de Tournay ou de Marquise. Ils ont eu trop de vogue pour ne pas susciter des imitations, et ces imitations peuvent se reconnaître à ce qu'elles