‹ L'architecture religieuse en France à l'époque romaneChapitre 364 sur 377 · CROIX DE CIMETIERES · texte numérisé non relu

CROIX DE CIMETIERES

rieure). Comme à Cellefrouin, on lui a donné la forme d'un faisceau de colonnettes, mais celles-ci ne reçoivent pas directement la toiture ; elles portent une forte tablette moulurée sur laquelle repose un second ordre de colonnes très courtes, et suffisamment espacées pour que la lumière du fanal puisse facilement passer entre leurs fi^its (fig. 730).

Dans beaucoup de cimetières, la lanterne des morts était remplacée par une croix monumentale. Bien peu de ces croix ont survécu au déplacement des cimetières qu'une foule de communes ont réalisé depuis un siècle par un souci de l'hygiène dont nos pères ne se préoccupaient guère. Celles que l'on peut attribuer au xii^ siècle sont bien rares et elles ont presque toujours beaucoup souffert. Il y en a une fort élégante dans le cimetière de Puiseaux (Loiret); mais son soubassement seul est ancien, il a la forme d'un petit autel carré porté sur quatre colonnettes, dont une seule malheureusement nous est parvenue bien complète.

Caumont a fait connaître une fort belle croix monumentale qui existait à Grisy (Calvados). Mais il n'est pas certain qu^elle ait jamais appartenu à un cimetière. Elle se dressait en plein champ à l'embranchement de deux routes; c'était donc plutôt une croix de carrefour. Enfin M. Enlart en a signalé une à Fresnoy en Picardie (fig. 731). Elle appartient évidemment à une époque avancée du xn'= siècle, peut-être même au début du xiii". Mais j'ai déjà dit à maintes reprises que l'art roman n'a point disparu subitement, qu'il se manifeste au contraire dans maint détail, longtemps après l'apparition des premiers monuments gothiques.

On m'excusera donc si, dans les pages qui précèdent, je me suis parfois laissé entraîner un peu au delà de la période que je m'étais promis d'étudier. A qui serait tenté de me le reprocher, je répondrais que l'art du xii* siècle me fait l'effet de ces enfants pleins de sève et de promesses dont on suit les progrès avec passion ; on les aime, on les admire, on ne peut s'en séparer même quand ils sont déjà sortis de l'enfance.

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