DANS L EST DE LA FRANCE
terminé fut consacré par le pape Léon IX en octobre 1049. Les travaux de reconstruction exécutés vers 1170, par l'abbé Pierre de Celles, ayant porté principalement sur le chœur, qui fut totalement rebâti, sur la façade et sur les deux premières travées de la nef, on peut reconnaître dans la nef et le bras méridional du transept l'œuvre exécutée par les abbés Thierry et Hérimar. Le bras nord a conservé des restes importants d'un édifice plus ancien. C'est celui qu'Airard avait entrepris au début du xi" siècle. Enfin on trouve çà et là des colonnes
Fig. 144. — Hglise de Moiiticrender.
de granit ou de marbre et des chapiteaux d'un style' archaïque, ce sont les matériaux que Thierry avait mis en réserve en sacrifiant l'édifice entrepris par son prédécesseur. Il y en a une partie qui ne sont sans doute pas antérieurs à l'an 1000, d'autres qui proviennent sûrement de l'église carolingienne, quelques-uns même sont plus anciens encore, car leur style dénote bien plutôt le iv^ ou le V^ siècle que le IX^ Il y a donc, quoi qu'en ait dit Viollet-le-Duc, bien peu à glaner dans l'église Saint-Remi pour la connaissance de l'art carolingien.
Il faut en dire autant des églises de Montiérender et de Vignor}'.
La première a conservé, en avant d'un admirable chœur du xiii^ siècle, une longue nef (fig. 144) dans laquelle on est généralement d'accord pour reconnaître
léo l'architecture religieuse a l'époque carolingienne
l'œuvre de l'abbé Adso (960-992), qui fut consacrée par l'évêque de Châlons Gibuinus ' . Cette église a-t-elle été reconstruite ou remaniée depuis lors ? Aucun texte ne le donne à penser, mais l'épaisse couche de badigeon qui en recouvre actuellement les murs ne permet de distinguer ni les particularités d'appareil, ni les traces de reprise qui pourraient nous édifier à cet égard -.
Quant à l'église de Vignory >, les meilleurs juges en ont fait longtemps un édifice carolingien, mais cette opinion n'est pas soutenable, car une charte, dont l'original existe encore +, nous apprend qu'elle venait d'être construite, quand elle fut consacrée, en 1050-1052, par l'évêque de Langres Hardouin, et donnée à l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon. Tout au plus peut-on admettre, en tenant compte des formes très archaïques de ses chapiteaux que les traditions artistiques de l'époque carolingienne n'avaient point totalement disparu du pays à l'époque où elle fut bâtie.
La Champagne possède encore deux édifices que l'on a attribués aux temps carolingiens, c'est l'église Saint- Vorles, à Châtillon-sur-Seine, qui aurait été commencée en 991, mais qui a été considérablement remaniée depuis, et la crypte de Saint- Geosmes (Haute-Marne), qu'on a même voulu reculer jusqu'aux origines du christianisme en Gaule 5 et que Quicherat ' ne jugeait pas antérieure au xii'' siècle. Entre ces deux opinions on ne peut hésiter, mais il est à noter qu'on conserve dans l'église supérieure, encastré dans le fond d'une piscine du xiii'' siècle^ un panneau d'entrelacs qui provient sûrement d'une église carolingienne (fig. 145).
L'Ile-de-France, la Brie, la Beauce ne sont pas riches en monuments antérieurs à l'an mille, et je ne vois aucune bonne raison pour adopter l'opinion de Violletle-Duc qui attribue au x' siècle les soubassements du clocher et du transept de l'église Notre-Dame de Melun '. Je puis encore moins admettre avec lui que l'église Saint-Etienne de Beaugency soit du ix^ ou du x'= siècle % et j'ai vainement cherché dans l'église de Poissy les restes du ix"" siècle qu'il a cru y découvrir '.
Nous possédons toutefois plusieurs cryptes qui peuvent nous apporter d'utiles indications. J'ai déjà mentionné celle de Jouarre, ]y ajouterai celle qui s'est conservée sous le chœur de la cathédrale de Chartres, au milieu et en contre-bas de la grande crypte bâtie par l'évêque Fulbert, après l'incendie de 1020; puis, dans la
1. Gallia christ., t. IX, col. 913 et 915. publiés dansles ^4n;/j. delà Covim. des Mou. bist.,
2. La construction semble être faite en série in-fol., t. I, et série in-4, t. III, pi. 12. moyen appareil à gros joints, comme on en a 4. Arch. de la Haute-Marne, Vignor\', cote beaucoup d'exemples au xie siècle. Les tribunes 17. — Cf. d'Arbaumont, Cartul. de Vignory, qui surmontent les bas-côtés s'ouvrent sur la nef p. 35-37.
par des baies dont les dimensions et les longues 5. Voir l'étude qu'il lui a consacrée dans les
colonnes (une partie sont octogones) convien- Mém. delà Soc. archêol. de Langres, t. II, p. 215.
draient mieux à la seconde moitié du xi'' siècle 6. Mélanges d'archéol., p. 167 et s.
qu'au x=. Notons toutefois l'extrême simplicité 7. Diction, d'archit., t. V, p. 191.
de l'édifice qui ne possède même pas un chapi- 8. Ihid., t. V, p. 181.
teau sculpté. 9. Ce serait le « porche de la façade » (Dic-
3. Voir les beaux dessins d'E. Boeswilwald, tien, d'archit., t. IX, p. 191).
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même ville, h crypte de l'église Siiint-Martin-;iu-Val, dont on a parfois exagéré l'antiquité à cause des très anciennes colonnes et des chapiteaux de la fin de l'époque romaine qui s'y sont conservés, mais dont M. Paul Durand a fort judicieusement ramené la date au x*" siècle '.
La ville d'Orléans possède également deux cryptes, celle de Saint-Avit et celle de Saint-Aignan, que l'on est généralement d'accord pour attribuer à l'époque anté-
Fig. 145. — Saint-Geosmes. Panneau carolingien encastré dans une piscine du xiii' siècle ■
rieure à l'an mille K Cette attribution est fort sujette à caution en ce qui concerne Saint-Avit, mais elle est en partie fondée quant à Saint-Aignan. On reconnaît en effet dans cette crypte les traces de deux ou trois constructions distinctes (fig. 1 64) : à l'ouest une sorte de caveau rectangulaire précédé d'une partie trapézoïde ; à l'est un hémicycle communiquant par cinq baies avec un collatéral qui contourne toute la crypte et sur lequel s'ouvrent cinq absidioles. Cettfe dernière partie est manifestement plus moderne que le reste ; or on en connaît la date, elle fut construite aux frais du roi Robert entre 999 et 1029 +. Les parties les plus anciennes de la crypte
1. Méiii. de la Soc. archéol. d'Eure-et-Loir, t. I (1858), p. 305.
2. D'après Taylor, Voy. prit., dans l'ancieime France, Champagne.