Cartul. de Saint-Vincent de Mâcon, 514 (daté de
M. Pignot comme petite église romane à coupole ^ indication qui mériterait une vérification approfondie, car autant qu'on peut s*en rendre compte dans un endroit peu éclairé, et à travers une épaisse couche de badigeon qui déforme tout, la voûte de la croisée nous a paru être une voûte d'arêtes, ou peut-être plutôt une voûte en berceau.
Les dimensions générales de Téglise sont les suivantes : longueur totale dans œuvre : 23"60 ; — largeur totale dans œuvre : 9°K)5 ; — largeur de la nef : 3"85 ; — largeur du collatéral : S^ôî.
L'église de Farges est bien orientée ; elle est à trois nefs, celle du milieu n'a pas de fenêtres et est voûtée en berceau brisé sans doubleaux ; l'absence de doubleaux s'explique très bien dans un édifice de dimensions aussi restreintes ; c'est en tout cas un signe d'ancienneté ; les collatéraux sont voûtés par des compartiments d'arêtes séparés par des doubleaux en cintre brisé. Dans Taxe de chaque travée du collatéral est percée une fenêtre de dimensions exiguës : celles des fenêtres anciennes qui ont été respectées se présentent sous l'aspect de simples fentes. La nef est divisée en quatre travées par des piliers ronds d'une structure puissante, ayant une circonférence de 2"54, c'est-à-dire plus de 0"80 de diamètre ; le pied-droit supportant la retombée des doubleaux des bas-côtés contre le mur extérieur est un demi-pilier rond encastré dans le mur. Les grandes arcades de la nef sont en cintre brisé.
La nef de Farges présente une analogie frappante avec la nef des églises de Saint-Philibert de Toumus, celle de Chapaize et celle de Saint- Vincent-des-Prés.
La nef et les collatéraux sont séparés du transept par trois arcades en plein cintre dont les retombées sont portées par de forts massifs rectangulaires qui forment pour le clocher
1 . Pignot, HUtoire de l'ordre de Cluny juiqu'à la mort de Pierre le Vénér&ble, Autun, 1868, 3 vol. iD-8*, t. II, p. 52$, en note.
de vigoureux supports. La croisée du transept est voûtée très probablement en berceau, bien que cela ne soit pas très évident et que Ton puisse hésiter entre le berceau et la voûte d'arêtes; la croisée est séparée des croisillons qui s'étendent à droite et à gauche par de gros doubleaux en plein cintre. Les croisillons, qui ne font pas saillie à Textérieur, sont voûtés en berceau légèrement brisé, d'une direction perpendiculaire à celle du berceau de la nef. L'arc triomphal, qui communique avec l'abside en hémicycle est amorti en plein cintre. Derrière l'arc triomphal une partie droite précède l'abside proprement dite : elle est voûtée en berceau brisé, et l'abside en cul-de-four.
La voûte de la nef est assez sensiblement plus élevée que la voûte de la croisée du transept et que celle du chœur. Cinq fenêtres en plein cintre éclairent le collatéral et le croisillon méridionaux ; quatre seulement éclairent le côté nord. Une partie de ces fenêtres ont été agrandies à une époque postérieure : celles qui sont anciennes n'ont qu'une dizaine de centimètres de largeur au vitrage, elles sont allongées, profondément ébrasées vers l'intérieur, mais à peine vers le dehors.
L'abside est éclairée par trois fenêtres également très étroites, en plein cintre : celle du milieu n'est pas dans l'axe, mais fortement déviée du côté du midi.
Il n'y a plus à remarquer dans l'intérieur de l'église qu'un bénitier roman dont les figures et les dessins sont sculptés en creux.
Si nous sortons parla porte placée au milieu de la façade, la seule qui donne accès dans l'église, nous trouvons à l'extérieur cette porte assez remarquablement ornée et faisant presque à elle seule toute la décoration do la façade.
C'est une porte en plein cintre dont la partie supérieure est garnie par un tympan de pierre posé sur un linteau. Ce linteau et ce tympan ne présentent aucune sculpture et ne doivent pas être contemporains de la porte ; les pieds-droits
de la baie ne présentent aucune particularité. L'archivolte en plein cintre qui encadre le tympan est assez richement moulurée ; elle a comme retombées deux colonnettcs à fût monolithe que leurs tailloirs, leurs chapiteaux allongés, d'une sculpture très plate et très rudimentaire, et leurs bases mal proportionnées permettent de faire remonter peut-être au premier quart du onzième siècle, époque de la construction de Téglise ; le profil des tailloirs se compose d'un méplat et un chanfrein séparés par une fine gorge ; les dessins sculptés sur les chapiteaux sont autant des dessins géométriques qu'une imitation quelconque de formes naturelles, plantes ou animaux : c'est d'ailleurs un travail sans aucun relief. L'astragale sépare nettement le chapiteau du fût de la colonne ; les bases sont formées d'un listel, d'un tore, d'un listel, d'une gorge, d'un listel et enfin d'un tore posé sur un petit socle : l'épaisseur des deux tores est sensiblement la même et leur saillie est égale. L'archivolte est surmontée par une sorte de gable surbaissé, à deux rampants. Deux pilastres faisant saillie sur le parement du mur supportent la base du gable à ses deux extrémités ; ces pilastres sont munis de tailloirs et de chapiteaux. Les tailloirs sont semblables à ceux des colonnettes ; quant aux chapite.aux, celui qui surmonte le pilastre méridional est sculpté en damier, sculpture absolument plate ; le chapiteau du pilastre septentrional est orné de différentes figures géométriques sculptées en creux.
Au-dessus de cette espèce de pignon triangulaire ou gable qui surmonte la porte, un cordon horizontal de pierres en saillie sur le nu du mur semble avoir supporté quelque chose. Il parait qu'il existait en effet, il n'y a pas encore bien longtemps, un porche au devant de cette porte. Audessus de ce cordon de pierre est un petit oculus qui éclaire la nef; fortement ébrasée à l'intérieur, cette ouverture ne mesure que 0"30 de diamètre au vitrage ; la façade se termine à la partie supérieure par un pignon assez obtus.
II faut remarquer que dans cette façade rien ne marque les divisions intérieures de la nef; nef et collatéraux sont couverts par une seule toiture posée sur les reins de la voûte.
L'élévation latérale présente les ouvertures en fentes de ses fenêtres anciennes, et les ouvertures plus larges des fenêtres remaniées ; les divisions de la nef en longueur sont marquées à Textérieur par des contreforts assez peu saillants qui montent d*un seul jet presque sous la corniche de la toiture. Cette corniche est soutenue par une série de petits modillons fort simples.
En continuant notre exploration le long du mur du collatéral, nous arrivons à la hauteur du croisillon, percé au midi d'une fenêtre en plein cintre ; la toiture du croisillon est en contre-bas de celle de la nef et des bas-côtés : c'est le contraire de ce qui arrive généralement. C'est au-dessus de ce toit que s'élève le clocher, construit sur plan carré, et dont les quatre faces sont semblables. Ce clocher est à deux étages de baies géminées en plein cintre ; chacune de ces baies géminées est divisée en son milieu par une colonne cannelée avec chapiteau sculpté, ou un petit pilastre cannelé avec chapiteau également sculpté. Les chapiteaux sont ornés de petites rosaces ou autres ornements géométriques sculptés en creux.
L'épaisseur du mur du clocher est de 0"70. La flèche à quatre pans qui couronne la construction est moderne ; elle a remplacé évidemment une petite pyramide obtuse à quatre pans, recouverte en laves. — L'abside est flanquée à l'extérieur par quatre contreforts assez puissants; on voit aussi à l'abside l'ouverture étroite des trois fenêtres qui l'éclairent. Nous avons omis de mentionner au-dessus des baies du premier étage du clocher la présence d'un ornement en zigzag que nous retrouvons à Saint-Philibert de Toumus, à l'église de Blanot, à celle de Massy. C'est un ornement qui appartient au onzième siècle. Le clocher offre
aussi, à l'étage supérieur, des bandes lombardes unies par des arcatures en plein cintre.
L'église de Farges, bâtie en petits moellons bien appareillés et reliés par d'excellent mortier, est un type intéressant d'église rurale bâtie dès le début du onzième siècle ; placée dans le voisinage de Toumus elle en subit l'influence d'une manière frappante. Si l'Hypothèse formée par M. Canat de Chizy * est fondée, il n'y aurait rien d'étonnant que Gerlannus, l'architecte présumé de l'église abbatiale de Toumus, qui avait des biens à Chardonnay et qui sans doute habitait le pays, eût construit dans son voisinage, à Farges, une église presque à la même époque que Saint-Philibert de Toumus. Mais ceci n'est qu'une hypothèse. Notre opinion toutefois est que l'église de Farges remonte au premier quart du onzième siècle, et que son clocher est postérieur de peut-être un demi-siècle.
EGLISE DE CHAPAIZE
Le village de Chapaize 2, situé sur le Bisançon 3, à l'ouest de la belle forêt de Chapaize, dépendait du bailliage de Chalon, du marquisat d'Uxelles, du diocèse de Mâcon et de l'archiprêtré de Vérizet*. Les bénédictins de Saint-Pierre de Chalon avaient leur noviciat à Chapaize ; il ne reste de ce monastère que des écuries et des masures, mais l'église qui en dépendait se dresse encore intacte, et nous fournit
1. Marcel Canat de Chizy, Noie êiir deux inecripHone romanes mentionnant deê érehitêeles de t'égliae abbatiale de Tournât. (Extrait du Bulletin monumentaly Caen, 1872, în-8*.)
2. Canton de Saint-Gengoux-le-Royal, arrond. de MAcon (Saône-et-Loire).
3. RaUsean affluent da Grison qui se Jette lui-même dans la Grosne à la Ferté.
4. Pouilli du quatorzième siècle , publié par M. l'abbé U. Chevalier.
un type curieux et original de rarchitecture bourguignonne au onzième siècle.
Nous ne possédons guère de mentions très anciennes de l'église Saint-Martin de Chapaize ; la seule que nous ayons est de la fin du douzième siècle, de 1180, et ne mentionne que le monastère « monasterium de Chapasia ' ». Nous voyons dans le pouillé du quatorzième siècle le curé du monastère et le prieur « curatus de monasteriis Cliampeyse » et « prior Champeysie » ; le pouillé du seizième siècle cite « ecclesia de monasteriis in Campasia » ; il est certain en tout cas que l'abbé de Saint-Pierre de Chalon y nommait le titulaire.
L*église de Chapaize, pour n'avoir été l'objet d'aucune étude particulière, est cependant connue; M. de Caumont l'avait vue, et un mauvais dessin du clocher figure dans son Abécédaire archéologique^. Il en est question dans les Éléments d'archéologie nationale^ par le docteur L. Bâtissier^; une bonne lithographie de l'église, prise par le travers du côté de l'abside existe dans V Album de Saône-et-Loire * ; cette lithographie a dû être faite vers 1835 ou 1840. Les Annuaires de Saône-et-Loire de 1839 et de 1843 font mention de l'église de Chapaize comme d'une église vaste, à trois nefs, dont l'architecture semble appartenir au onzième siècle. M. H. Pignot, dans son Histoire de V ordre de Cluny^ dit que l'église de Chapaize n'appartenait pas à Cluny, mais portait le caractère de son architecture. ^
L'église Saint-Martin de Chapaize est construite dans d'assez grandes proportions; sa longueur totale dans œuvre est de 34™55, sa largeur est de 13™20; l'épaisseur du mur