Ch.-1. de c. dd l'arrond. de Chalon-sur-Saône (S.-et-L
2. Bien qne B&tissier, dans la vue perspective de deux travées de l'église de Cbapaize qu'il a donnée à la p. 489 de son livre, ait dessiné ces placages, nous n'en tenons pas compte, çt nous ne croyons pas à leur authenticité.
masses cylindriques amène immédiatement à Tesprit la comparaison avec le porche et la nef de Saint-Philibert de Toumus, avec la nef de Saint- Vincent-des-Prés, avec celle de Farges, églises qui remontent toutes au onzième siècle. Sur le tailloir de ces piliers ronds qui forme une saillie notable sur le nu du mur de la nef repose la partie inférieure d'une demi-colonne engagée qui monte jusqu'à Timposte de la voûte de la nef où elle soutient la retombée du doubleau. Ala retombée des grandes arcades de la première travée contre le mur de façade est un demi-pilier rond engagé, comme au porche de Téglise de Toumus*; mais aux retombées des doubleaux des voûtes des bas-côtés contre le mur extérieur sont des pilastres, tandis qu'à l'église de Toumus, comme à celle de Farges, ce sont encore des demi-piliers ronds engagés.
Des fenêtres en plein cintre sont ouvertes dans le mur de façade, dans l'axe des bas-côtés; il y a également dans le mur de façade, au-dessus de la porte principale, une fenêtre en plein cintre qui éclaire la nef sous la voûte ; cette fenêtre a ses pieds-droits cantonnés à l'intérieur et à l'extérieur de colonnettes avec bases et chapiteaux.
Si nous passons au transept, nous trouvons la croisée voûtée par une coupole octogonale sur trompes en cul de four : c'est au-dessus de cette travée que s'élève la masse considérable du clocher. La croisée communique d'une part avec la nef, d'une autre avec le chœur, et latéralement avec les croisillons par quatre grandes arcades en plein cintre. Les croisillons sont voûtés d'arêtes comme les travées des collatéraux, si bien qu'en plan ils semblent être le prolongement de ces derniers : c'est ce qu'on voit aussi à l'église de Saint- Vincent-des-Prés, construction à peu près contem-
1 . Voir le plan de ce porche dans le Dictionnaire d*ArchHéetur9f de Vlollet-le- Duo, t. VII, p. 262; et les belles gravures publiées dans les Archives de la Corn" mission des Monuments historiques.
poraine de celle de Ghapaize. Ces croisillons sont éclairés chacun par une fenêtre en plein cintre.
Après avoir franchi Tare triomphal en plein cintre, nous arrivons dans le chœur composé de trois nefs correspondant à la nef principale et aux collatéraux ; le chœur se compose donc d'une travée principale et de deux collatérales, toutes les trois voûtées par des compartiments d'arêtes. La travée centrale donne entrée dans Tabside par une arcade en cintre brisé : au-dessus de cette arcade s'ouvre une fenêtre en plein cintre percée dans le mur de décrochement qui relie la voûte du chœur à la voûte de l'abside ; cette fenêtre, placée en face de la fenêtre ouverte dans la façade, est cantonnée comme elle, à ses pieds-droits, à l'intérieur, de colonnettes. L'abside se compose d'une partie droite'voûtée en berceau brisé, et d'une partie limitée par une demicirconférence, voûtée par un cul-de-four légèrement brisé. Cette partie de l'édifice est éclairée par trois fenêtres en plein cintre, d'assez grandes dimensions, et non remaniées.
Les travées collatérales du chœur ouvrent sur des absidioles en hémicycle par des arcades en plein cintre : ces absidioles éclairées par deux fenêtres sont voûtées en culde-four plein cintre.
Si nous sortons de l'église pour examiner l'extérieur, nous constaterons d'abord que la façade accentue nettement les dispositions intérieures de l'édifice; au centre, un mur droit fermant la nef et terminé à sa partie supérieure en pignon dont les rampants correspondent à la pente de la toiture faite en laves posées sur les reins de la voûte ; de chaque côté de ce mur de nef, en façade, correspond aux collatéraux un mur percé d'une fenêtre en plein cintre que nous avons déjà signalée. Les bas-côtés sont couverts par des toits en appentis. Le mur de façade du collatéral nord, présente, au rez-de-chaussée, au-dessous de la fenêtre, une porte amortie par un cintre brisé. La partie centrale de la
façade est décorée, au rez-de-chaussée, par une porte en plein cintre, doublée. Les vantaux de la porte sont garnis de pentures en fer forgé d'un bon et sobre dessin. A la partie supérieure de ce mur de façade est un encadrement terminé en haut par une série d'arcatures en plein cintre dont la direction est parallèle aux deux pentes du pignon ; nous avons rencontré cet encadrement à l'église de Saint- Vincent-des-Prés. Au milieu de cet encadrement est percée la fenêtre en plein cintre qui donne du jour à la nef; son archivolte repose sur deux colonnettes.
L'élévation latérale marque bien la division des travées ; entre les contreforts puissants et d'une forte saillie s'ouvrent les fenêtres qui éclairent les collatéraux; les dalles de pierres qui recouvrent les contreforts à leur partie supérieure ont été placées en même temps sans doute qu'on a agrandi les fenêtres. Le mur du collatéral soutient le bord inférieur du toit sans l'intermédiaire d'une corniche; audessus du toit du collatéral surgissent les contreforts de la nef; le glacis de ces vigoureux étais est couvert par des laves. Entre ces contreforts, on voit l'ouverture ébrasée des fenêtres qui jadis éclairaient la nef. Le bord du toit principal repose sur une bande de maçonnerie formant corniche, et placée en encorbellement sur une série de petits modillons fort simples. En longeant le mur du bas-côté méridional, on arrive à la porte qui donne accès dans Tescalier du clocher ; cet escalier doit être contemporain du remaniement des fenêtres : on a utilisé pour poser les marches le mur occidental du croisillon. L'extérieur du croisillon est d'ailleurs caché par la construction de cet escalier. On contourne ensuite une sacristie moderne et on arrive à l'abside dont la construction est particulièrement soignée et n'est certainement pas de la même époque que le reste de l'édifice. Tandis que les nefs et le clocher sont construits en petits moellons régulièrement disposés et soigneusement maçonnés, bien que présentant une appa-
rence assez grossière, le chevet tout entier est construit en pierres bien taillées, de moyen appareil, et bien que les détails d'ornementation n*y soient pas prodigués, a un aspect plus riche que le reste de la construction, et témoigne d'un art plus avancé. Les fenêtres largement ouvertes de l'abside et des absidioles ont également un caractère moins primitif; la série de petites arcatures en plein cintre qui forment corniche sous le toit de l'abside principale sont appareillées avec une grande perfection; de plus, une plinthe protège le bas des murs au niveau du sol. Nous nous croyons autorisés à admettre que si la nef et le clocher remontent au premier quart du onzième siècle, le chœur tout entier ne date que du douzième.
Le clocher, construit sur plan barlong, la plus grande longueur étant dirigée dans le sens perpendiculaire à Taxe de la nef, présente quatre faces dans lesquelles on peut considérer trois étages. Examinons pour la décrire la face qui est tournée du côté de l'abside. L'étage inférieur ou soubassement est décoré par trois encadrements parallèles formés par des bandes verticales dites lombardes, reliées à leur partie supérieure par des arcatures en plein cintre ; dans l'encadrement du milieu, percée presque au niveau du faîte du toit du chœur est une fenêtre en plein cintre ébraséo à l'extérieur et à l'intérieur. L'étage intermédiaire est éclairé par deux fenêtres géminées juxtaposées formant quatre baies en plein cintre ; la retombée commune des deux archivoltes dans chacune de ces deux fenêtres est une colonnette avec chapiteau ; ces deux fenêtres sont comprises dans un seul encadrement formé de deux bandes qui montent le long des arêtes du clocher, et se rejoignent au niveau du cintre des baies par une série d'arcatures qui viennent festonner autour du cintre des fenêtres. Ces fenêtres géminées ont chacune au-dessus d'elle un arc de décharge visible dans la maçonnerie. Le troisième étage est éclairé de la même façon que l'étage intermédiaire : doubles baies
géminées sur chaque face. De chaque côté, vers l'arête du clocher, est une baie aveugle amortie en plein cintre. Audessus de toutes ces baies sont des modillons soutenant une bande de maçonnerie formant corniche, sur laquelle repose le toit formé d'une pyramide obtuse à quatre pans couverte en laves.
La masse du clocher affecte une forme pyramidale parfaitement visible à Toeil et très rare. Cette particularité peut s'expliquer par ce fait que le clocher étant d'une élévation tout à fait inaccoutumée, on a cru ajouter à sa solidité en lui donnant une forme talutée.
Ce clocher, qui domine au loin tout le pays, est une construction remarquable autant qu'originale ; heureusement la maçonnerie n'a point été cachée sous un affreux crépissage, et on peut voir ainsi, comment, à une époque fort ancienne, dans la première moitié du onzième siècle certainement, des constructeurs ont osé monter une tour aussi élevée. L'église, nous l'avons dit déjà, présente à Tintérieur des analogies frappantes avec celle de Tournus ; quant à y constater le caractère de l'architecture de Cluny, comme le voudrait M. Pignot, c'est ce que nous n'avons pu faire ; mais il faudrait d'abord s'entendre sur ce que c'est que l'architecture de Cluny, choisir un type, en indiquer les caractères. Tant qu'on n'aura pas précisé un peu, il sera facile de dire qu'une église porte la marque de l'influence de Cluny, mais il sera moins facile de le démontrer.
L'église de Saint-Martin de Chapaize, que nous croyons appartenir au premier quart du onzième siècle, est classée comme monument historique : elle mériterait d'attirer davantage la sollicitude de la Commission. La toiture de la nef laisse filtrer la pluie dans l'intérieur des voûtes dont l'état d'humidité est évident; les murs sont fortement déviés de leur aplomb par l'effet de la poussée de la grande voûte; cela s'est produit il y a longtemps sans doute, mais l'ensemble se tient encore bien.