Cartul, de Sàint^Vineent de MAcon
5 Cariul. de Saint-Vincent de Mâcon, 573, 587.
6. Pouillé du diocèse de Mâcon au quatorzième aièeley publié par l'abbé U. Chevalier. — PoutUés des diocèses de la province ecclésiastique de Lyon, hyon^ 1869, in-8*.
qui en plan paraissent faire seulement la continuation des collatéraux ; mais ce sont bien des croisillons dont les voûtes formées par des compartiments d'arêtes sont sensiblement plus élevées que celles des travées voisines des collatéraux. Ces croisillons ne font pas saillie à Textérieur : ils ne se signalent au dehors que par leur toiture plus élevée que celle des bas-côtés.
Il n'est pas fréquent que des croisillons soient ainsi voûtés d'arêtes; d'habitude ils ont des voûtes en berceau analogues à celle de la nef qu'ils coupent perpendiculairement.
La croisée voûtée en coupole est suivie d'un arc triomphal en plein cintre qui la fait communiquer avec l'abside en hémicycle voûtée en cul de four et éclairée actuellement par deux fenêtres, bien qu'elle le fût primitivement par trois. De ces deux fenêtres en plein cintre, la seule ancienne qui ait été respectée dans tout l'édifice est la fenêtre tournée vers le nord; les autres fenêtres, celle de l'abside et celles des croisillons et des collatéraux, ont été agrandies plus tard et n'ont plus de caractère.
La nef n'a pas de fenêtres.
Cette église qui n'a presque pas été remaniée se présente à l'intérieur sous un aspect étonnamment massif. Pour le besoin de la voûte on y a sacrifié toutes les proportions, épaissi les murailles, resserré les écartements, réduit les baies : c'est le triomphe du plein sur le vide. La nef communique avec les collatéraux de chaque côté par trois arcades supportées par de gros piliers ronds ou massifs cylindriques en maçonnerie qui appellent tout de suite la comparaison avec le porche et la nef de Saint-Philibert de Toumus, avec la nef de l'église de Chapaize, avec celle de l'église de Farges, édifices qui remontent tous au premier quart du onzième siècle. Les grandes arcades de la nef de Saint-Vincent-des-Prés sont en cintre légèrement brisé ; dans l'axe de chacune d'elles une fenêtre est ouverte dans le mur des collatéraux. La nef se compose de trois travées.
Aux retombées des arcs doubleaux qui séparent les compartiments de voûtes dans les bas-côtés correspondent, vers le mur extérieur, des pilastres appliqués, comme àChapaize, tandis qu'à Farges, ce sont de grosses demi-colonnes ayant le même diamètre que les piles rondes de la nef. Les retombées des grandes arcades de la première travée contre le mur de façade s'appuient sur des pilastres comme à Farges, tandis qu'au contraire à Chapaize ce sont de gros massifs cylindriques engagés dans la maçonnerie.
En jetant les yeux sur le plan on aperçoit tout de suite une particularité : entre la première et la seconde travée de la nef les supports sont des colonnes d'un diamètre bien inférieur à celui des autres piliers ronds. On dirait qu'effrayé de l'envahissement du vide par le plein, l'architecte s'est décidé tout à coup à amincir les supports, pour laisser circuler .dans la nef l'air et la lumière*. Il faut dire aussi que cette partie de l'édifice étant la plus éloignée du clocher, l'écrasement était moins à craindre. Quand on considère l'élévation, une autre différence au moins aussi sensible saute aux yeux. Tandis que les gros massifs cylindriques sont ornés à leur partie supérieure simplement d'un tailloir de profil fort simple, un méplat et un biseau séparés par une petite gorge, les colonnes d'un diamètre plus petit sont pourvues d'astragales et de chapiteaux dont la sculpture à reliefs peu saillants est assez grossière et d'une grande simpHcité. Ces colonnes n'ont point de bases apparentes ; mais peut-être le sol de l'église à l'intérieur a-t-il été exhaussé.
En nous dirigeant vers le chœur, nous passons sous la coupole construite sur un plan de forme allongée dans le
1. c Mais dans cette voie où le goût dont ils manquaient ne pouvait modérer les constructeurs romans, il y eut cependant un moment où le sens commun les avertit de s'arrêter : ce fut lorsque Tenvahissement du vide par le plein devint tel que la sonorité de l'édiflce était détruite, que la lumière n'y pénétrait pins et que la circulation y était presque Impossible. » (Corroyer, l'Architecltire romane. — Diblioth.
! de Venseignement des beatix^arts, p. !G1.)
sens de Taxe de Téglise ; Tare triomphal en plein cintre a pour pieds-droits ces gros massifs ronds qui sont ici à peine engagés dans Tangle formé par le mur qui ferme à l*orient les croisillons et par le mur de Tabside.
Une porte pratiquée dans le mur du croisillon méridional fait communiquer Téglise avec une sacristie moderne. Une autre porte pratiquée dans la dernière travée du collatéral méridional fait communiquer Téglise avec le dehors.
Passons maintenant à Textérieur et examinons la façade. Nous remarquons d'abord la porte principale, en plein cintre, encadrée à sa partie supérieure par une moulure composée d'un biseau et d'un filet. De chaque côté de la porte montent à droite et à gauche deux larges bandes lombardes qui forment encadrement et se rejoignent à leur partie supérieure par une série de huit arcatures en plein cintre, lesquelles suivent la même direction que les rampants de la toiture formant pignon à la façade ; sous cet encadrement d'arcatures est un petit oculus qui éclaire la nef sous la voûte, comme à Farges. La présence de collatéraux est nettement accusée dans la façade par la séparation des toitures; les collatéraux sont couverts en effet par des toits à un seul rampant dont l'extrémité supérieure vient s'appliquer contre le mur de la nef sensiblement audessous de l'extrémité inférieure du toit principal. La toiture de la nef et celles des collatéraux, en laves, sont posées directement sur les reins des voûtes. Il en est ainsi dans presque toutes les églises de la région.
En façade, les collatéraux ne présentent qu'un contrefort ou plutôt une bande verticale placée à l'angle de l'édifice. Cette bande verticale se termine à la hauteur de l'extrémité inférieure du toit par un petit glacis. Il faut mentionner enfin dans la description de la façade une large moulure formant glacis à sa partie supérieure, qui la traverse horizontalement tout entière et n'est interrompue que par les quatre bandes verticales.
L'élévation latérale est fort simple à décrire. Dans le mur des bas-côtés, les trois travées de la nef sont nette-» ment accusées à l'extérieur par les trois fenêtres en plein cintre, remaniées et séparées les unes des autres par des contreforts plats qui montent jusque sous la toiture. Audessus est le toit du collatéral, d'où émerge le mur de la nef où Ton aperçoit également la partie supérieure de deux contreforts ou bandes montant jusque sous la toiture de la nef; dans les intervalles des contreforts sont une série d'arcatures en plein cintre tenant lieu de corniche. Audessus de cette ligne d'arcatures est le toit.
En continuant, nous trouvons le mur du croisillon avec deux plats contreforts aux extrémités ; au milieu se trouve une fenêtre en plein cintre; puis vient le toit, au-dessus duquel s'élève le clocher. Le clocher est carré ; ses quatre faces sont semblables ; il se compose de trois étages.
Les quatre faces de l'étage inférieur sont établies un peu en retrait au-dessus de celles du soubassement qui contient la coupole couvrant la croisée du transept.
Les trois étages sont encadrés vers les angles de la tour par deux longues bandes verticales qui se retournent en s'appliquant sur les faces adjacentes, et montent ainsi en embrassant les arêtes dans toute la hauteur du clocher ; elles vont mourir sous la toiture. Entre ces deux bandes, l'étage inférieur est décoré par trois longues arcatures aveugles, amorties en plein cintre.
L'étage intermédiaire n'offre qu'une seule baie en plein cintre sur chaque face : cette baie, sans ébrasement, absolument dénuée d'ornementation, ne présente d'autre particularité que son appui légèrement saillant sur le nu du mur.
L'étage supérieur est décoré de baies géminées dont les archivoltes en plein cintre ont à leur retombée commune un système de deux colonnettes placées l'une derrière l'autre. Les chapiteaux de ces colonnettes dont nous avons
dessiné un type sont d'une sculpture très simple ; les bases se composent de deux tores, le supérieur plus mince que l'inférieur, séparés par une gorge dont le profil est un demi-cercle. Au-dessus de ces baies vient la toiture, très surbaissée, faite d'une pyramide à quatre pans couverte en laves.
En poursuivant notre chemin, nous ne trouvons plus à Textérieur que l'abside, percée actuellement de deux fenêtres en plein cintre. Quatre contreforts en formes de demicolonnes engagées servent de flanquements et aussi de décoration ; ces demi-colonnes se rejoignent à une certaine distance sous le toit par une série de larges arcatures en plein cintre dont la saillie sur le parement du mur est assez considérable. Aux retombées de ces arcatures de deux en deux sont placées de petites consoles très simples ou bien ce sont les colonnes elles-mêmes par l'intermédiaire de leurs chapiteaux qui servent de supports.
11 faut regretter vivement le crépissage qui dépare l'extérieur de cet édifice et en cache tout l'appareil, de même que le badigeon appliqué à l'intérieur affaiblit les moulures et empâte la sculpture des chapiteaux. On reconnaîtra toutefois que cette très intéressante église, qui n'a point encore été signalée, présente, à l'intérieur principalement, une apparence de solidité et d'ancienneté très imposante : partout le plein l'emporte sur le vide ; on voit que les constructeurs encore peu hardis et peu sûrs d'eux-mêmes ont redouté les effets de la poussée des voûtes et ont tout fait pour y remédier. Une particularité étonne dans la nef : ce sont ces colonnes à fût monolithe, d'un diamètre relativement peu considérable. Nous croyons toutefois ces colonnes contemporaines du reste de la construction, que nous faisons remonter à la première moitié du onzième siècle : c'était en effet la partie do l'édifice où l'on avait le moins à craindre ; la poussée occasionnée par le poids du clocher ne devait plus se faire sentir à cette distance, et on a jugé
inutile d'y mettre des massifs aussi puissants. Et puis il fallait bien laisser aussi un peu d'espace dans cette nef encombrée partout d'énormes piliers en maçonnerie. — Quant aux colonnes engagées qui servent de contreforts à l'abside, nous avouons que leur présence à cette époque, dans notre région, ainsi que l'apparence de légèreté qu'ils semblent avoir voulu communiquer à l'abside, nous étonnent un peu dans une église bâtie d'une façon si trapue ; mais leurs chapiteaux sont sculptés d'une façon analogue à ceux de la nef, et paraissent remonter aussi au onzième siècle.
Les dimensions principales de l'édifice sont les suivantes :
Longueur de la nef, dans œuvre : 10 mètres. — Longueur totale jusqu'au fond de l'abside : 17"*85. — Largeur de l'abside, dans œuvre : 3"60. — Largeur totale, dans œuvre : T^Bô. — Épaisseur des murs : 0"90. — Rayon des gros piliers : 0"59 (circonférence : 3™70). — Rayon des colonnes de la nef : 0"24 (circonférence : 1°*50).
Hauteur de la fenêtre ancienne de l'abside : 0°*75 (au vitrage). — Largeur au vitrage : 0™20. — Largeur à l'ébrasement intérieurement : 0™60. — Hauteur à l'ébrasement : 1"30. — Profondeur jusqu'au vitrage : 0™40. — Diamètre des colonnes contreforts de l'abside : 0"30.
Hauteur sous la coupole : 8™ 10. — Hauteur sous la voûte do la nef : 8 mètres. — Hauteur sous les voûtes des bascôtés : 4"55.