‹ L'architecture romane dans l'ancien diocèse de MâconChapitre 27 sur 120 · BuHarium C/untaceneêi p. 18, col · texte numérisé non relu

BuHarium C/untaceneêi p. 18, col

contre les religieux de Cluny une sentence d'excommunication, sous quelque prétexte que ce fût. L'usage de tenir un synode au commencement de leur épiscopat étant toujours en vigueur pour les nouveaux évêques, on persuada à Drogon de réunir le sien à Cluny même. Le prélat se laissa convaincre et indiqua au clergé de son diocèse Tépoque du synode, qui se tiendrait à Cluny, dans l'église de Saint- Maieul.

» Au jour fixé, Drogon, accompagné d'une suite nombreuse, armée comme pour faire le siège d'une ville, se présenta devant l'église de Saint-Maîeul * , déclarant qu'il venait y tenir le synode et y prêcher en vertu de ses droits de juridiction confirmés par le concile d'Anse. L'abbé de Cluny, saint Hugues, s'opposa à l'entrée du prélat et fit fermer les portes de l'église. Drogon exaspéré de cette résistance, se mit en devoir de forcer le passage à l'aide de ses hommes d'armes; mais les bourgeois de Cluny » lui firent une telle résistance que « Drogon fut obligé de se retirer déclarant excommuniés tous ceux qui se trouvaient dans l'église, en tant qu'ils dépendissent de sa juridiction ». ^

Craignant les suites de la colère de l'évêque, l'abbé Hugues se rendit à Rome où .le pape Alexandre II décida

1. M. H. PIgnot, Hist. de Vordre de Cluny, t. II, p. 58, pente qu'il s'agit de l'église même du monastère, de celle qui prit plus tard le nom de Saint-Pierre-le- Vleuz. C'est une erreur : il ne s'agit pas \k d'une église construite par saint Haieul, mais d'une église placée sous son invocation.

2. De la Rochette, Histoire des évéquea de Mâcon, t. II, 1867, in-8*, p. 40-48.

— Cf. aussi la Bibliolheca Çluniaceneiêt col. 509 : (anno 1063). c Temporibus

domni Âlezandi'i papas universalis et summi Pontiflcis, necnon régnante Heynrlcl Imp. fllio Heynrico, rege vero Francorum Philippe, anno ab Incarn. Dom. mlxiii noTum quid Cluniacensi monasterlo contigit, quod ad posteritatis memoriam scedulse duzimns annotare. Drogo scilicet reverendisslmus ecclesiss Matiscensis eplsoopus, domesticorum suorum, et praclpue clericorum suorum suasione pèllectus, et at ita fatear, eis jugiter Insufflantibus Igne diri fomitis inflammatus, super idem monasterium tentabat Jus potestatis arripere, locumque sibi dominalionis quantulumcumque contra sedis apostolic» privilégia vendlcare. Vallatua plane cuncis militum, stipatus agminibus armatoram valut presdioandi gratia, vel etiam jadlcii synodalis obtentu, ad beati MaïoU confessoris Christi basilicam usque pervenlt, sed resistenlium slbimet infraotus obstaculo intrare non potuit •

que cette affaire serait jugée dans un concile provincial qui se rassemblerait à Chalon-sur-Saône, sous la présidence du cardinal-évêque d'Ostie, Pierre Damien, institué légat à cet effet. Le concile se réunit (1063) et Drogon fut condamné. * L'église Saint-Maïeul est ruinée à un tel point qu'il ne faut pas songer à en donner une description originale. M. de Guîlhermy se trouvant à Cluny les 18-19 octobre 1854 lui consacre ces quelques mots : « Saint-Maïeul. C'était la troisième église paroissiale de la ville de Cluny. Ce qui en reste se trouve dans le haut de la ville, près d'une porte en plein cintre. Une maison a été bâtie entre les contreforts de l'église ; traces de deux baies ogivales condamnées *. » On peut en dire davantage ; voici ce que nous lisons dans le manuscrit de Philibert Bouché qui date des dernières années du dix-huitième siècle : « L'église de Saint-MayeuP est placée au plus haut et près les murs de la ville, entre le couchant et le nord. C'est un vaisseau à une seule nef lambrissée chargé au matin, derrière le sanctuaire, d'un clocher carré qui ajoute aux preuves de l'ancienneté de cette église en ce qu'il imite la structure de celui de l'église de Cote, une des plus anciennes du Maçonnais. La façade de l'entrée du côté du couchant que l'empire des temps, les vents humides et les pluies, compagnes inséparables des vents de traverses dans notre climat, ont privé de cet enduit si nécessaire à la conservation des murs laissent voir un goût si extraordinaire dans l'assemblage des pierres de cet édifice, que c'est l'unique morceau en ce genre que l'on ait à Cluny; les pierres, au lieu d'être placées sur leur force, ou,

1. Concile de Chalon, tenu en 1063 par le cardinal Pierre Damien et treize ôvèques. (Cf. PP. Labbe et Cossart, Collection des conciles, t. Xll, col. 139-142.

2. Bibliotli. nation., mss. fr., nouv. acquisit. n* 6099. — Papiers de Guillieriny, Cluny.

3. c Le 13 germinal an VI, qui est le 2 avril 1798 de l'ère vulgaire, le sieur Bernard...., natif de Màcon, ayant acheté de la nation cette église paroissiale, la fait démolir. Elle lui revient à 600 francs, et elle vaut plus de 10,000 francs en numéraire, i (Note de PI). Douché )

en tenne du métier, sur leur aplomb, sont couchées en biais ou plan incliné assez rapide. Sur le premier rang est placé un second dans la même position, mais dans un sens opposé au premier; depuis le cintre de la porte presque jusqu'au toit de Téglise, les pierres conservent de rang en rang le même ordre dans leur arrangement, de façon que celles du premier coupent en angle aigu la ligne de direc* tion de celles du second rang; la même proportion gardée de celles du second rang à celles du troisième ; ainsi du premier jusqu'au dernier rang. Mais on ne saurait assurer que ses murs collatéraux soient bâtis dans le même goût, d'autant plus qu'étant revêtus d'enduit, on ne peut connaître la situation des pierres qui en forment la bâtisse. Au midi de l'église il y a deux chapelles voûtées dont la première et la plus voisine de la plus grande porte d'entrée est consacrée à saint Mayeul.

» La seconde, plus considérable que celle du patron de la paroisse, est connue sous le nom de chapelle de Notre-Dame du Scapulaire; on trouve la fondation de cette chapelle dans GoUut^ « Philippe le Bon, dit cet auteur, fils de Jean, » duc de Bourgogne, naquit en l'an 1396, en juillet, et fut » baptisé en l'église de Saint-Mayeul de Cluny, en laquelle » il fit construire une chapelle de semblable structure » qu'une autre qu'il avait fait bâtir à Ghalon sous l'invo- » cation de Notre-Dame de Pitié, et en icelle il fonda, l'an » 1442 (sous le règne d'Ode II, 41® abbé de Cluny), une » messe haute qui serait dite un chacun jour par deux » chapelains et deux assistans ; et en outre il fonda une » aumône pour 30 pauvres auxquels et à chacun d'eux on » distribuait le jour de saint André dix paires de chausses, » autant de souliers et autant de robes. » Cette fondation était évidemment considérable, mais comme il n'est plus

1. Mémoire hiêtorique de la République séquanaiee^ Uv. X» cb. i*', p. 623.

question de messes hautes dans cette chapelle et qu'il ne subsiste plus, il est inutile de rechercher les temps de la subrogation. Peut-être ferait-on des recherches inutiles; d'ailleurs, Tauteur cité n'étant appuyé sur aucune autorité, à quelle source remonter pour puiser des connaissances essentielles à l'éclaircissement de ce fait?

» A côté du maître autel (dans l'église de Saint*Maîeul), on voit dans l'enfoncement deux autres chapelles voûtées, l'une à droite et l'autre à gauche. La première est sous l'invocation de saint Jacques. Le bénéfice qui en dépend était anciennement attaché au prieuré de l'hôpital Saint* Jacques ; dans la suite, il fut accordé au directeur des dames Ursulines de Gluny.

» La chapelle placée sur la gauche est un monument consacré aux saints invoqués autrefois pour patrons de la paroisse ; d'un côte, à droite, on voit l'image en sculpture de saint Thibault, et sur la gauche celle de saint Jean- Baptiste exprimée dans le même goût'; la sacristie est placée latéralement sur la droite du maître autel. L'ancien cimetière de cette paroisse confine à l'église au midi et au couchant » ^

D'après les renseignements précédents nous voyons donc qu'il s'agit d'une église construite sous saint Hugues 3, vers le milieu du onzième siècle, à une seule nef, non

1. c Tous les autels, chaire & prêcher, tableaux, confessionnaax et autres ornements de cette église ont été détruits le 28 novembre 1793 par Tarmée révolulionnaire. i (Note de Pb. Bouché.)

2. Biblioth. nation., mss. fr., nouv. acquis, n* 4336, 0$êeription historique et chronologique de le viUCf abbaye et banlieue de Clunyj par Philibert Bouché, i~ partie, p. 66-69.

3. Archives nationales, LL, 1350, Mémoires pour servir à l'histoire de l'ordre de C/iiny, écriture du dlz-huitiôme siècle (f* 40, v*) : c Toutes les bulles des papes avaient confirmé l'exemption de Cluny et de son territoire de la Juridiction de

l'évéque de M&con Drogon, évéque de Màcon...., entreprit & l'instigation de ses

clercs de s'assujettir Cluny et s'y rendit avec une troupe de gens armés, et voulut entrer dans l'église de Sain t-M aïeul que saint Hugues avait b&tie, et qui est aujourd'hui une paroisse de la vilie; les religieux lui résistèrent : le prélat les excommunia. • (Voir aussi ^ 47 ¥•, ^ 57 v", f* 70.)

voûtée, accompagnée d'un chœur se terminant par une abside et deux absidioles, surmontée d'un clocher élevé au*dessus de la travée précédant le chœur. L'appareil des murs était en arêtes de poisson (ce que l'on peut encore vérifier), chose déjà rare à cette époque. Postérieurement à la construction, deux chapelles furent ouvertes au midi.

De son côté, M. Penjon donne une notice que nous croyons utile de reproduire : « L'église Saint-Mayeul, appelée d'abord église Saint- Jean-Baptiste, dédiée plus tard au quatrième abbé de Cluny, est aujourd'hui presque entièrement démolie ; mais ses ruines placées sur la colline où s'éle* vérent les premières maisons de la ville, offrent encore un certain intérêt. Cette église n'avait d'abord qu'une seule nef lambrissée et surmontée d'un clocher roman. Il ne reste de cette première construction que le mur latéral qui la bornait au midi. L'appareil de ce mur, qui date du onzième et peut-être du dixième siècle, mérite d'être remarqué : les pierres qui le composent sont en effet disposées en épi ou en arête de hareng, c'est-à-dire qu'elles sont inclinées alternativement à chaque rangée en sens contraire. C'est un exemple devenu aujourd'hui fort rare de l'opu^ spicatum des anciens.

» Ce vieux mur, sur lequel on voit encore quelques traces de peinture, est percé d'une fenêtre romane, dont l'embrasure s'élargit du dehors au dedans afin de faciliter l'introduction de la lumière.

» On avait depuis ajouté à cette église deux chapelles latérales, toutes les deux au midi. La première, qui a disparu, était consacrée au patron de la paroisse ; Philippe le Bon, duc de Bourgogne, qui avait été baptisé à Saint- Mayeul, avait fait construire la seconde au quinzième siècle. Elle était plus près du chœur et placée sous le vocable de Notre-Dame du Scapulaire. Les voûtes de deux travées sont encore visibles : elles sont en style gothique et portent au point d'intersection des arcs ogives, sur un écusson en

relief, les armes attribuées à saint Mayeul. Cette chapelle communiquait avec T église proprement dite par une porte ogivale aujourd'hui murée. Un de ses vitraux, conservé jusqu'en 1797, représentait Jean Germain à genoux devant sa mère qui gardait les pourceaux, et à laquelle il offrait un chaperon rouge. Ce Jean Germain, évêque de Nevers, et plus tard de Chalon-sur-Saône, chevalier de la Toison-d'Or et ambassadeur de Philippe le Bon au concile de Bâle, était le fils d'un pauvre artisan de la paroisse de Saint- Mayeul : c'est, après Prud'hon, le plus illustre des enfants de Cluny.

» En 1062*, révoque de Mâcon, Drogon, homme simple et cruement bon, suivant l'expression de Saint-Julien de Balleure, avait vainement tenté d'entrer dans cette église à la tête d'hommes armés. La résistance qu'il rencontra l'empêcha de créer un précédent, qu'il aurait plus, tard invoqué pour mettre sous sa juridiction spirituelle le territoire de

Cluny. Cluny ne relevait que du pape Le cimetière de

la paroisse s'étendait autour de l'église, au midi et au couchant : il servait aussi à la sépulture des domestiques de l'abbaye. On voit enfin dans la Bibliotheca Cluniacensis (col. 1597), que si la porte du couvent ne s'ouvrait pas, quand ils avaient frappé trois coups, les moines attardés devaient aller passer la nuit chez le curé de Saint-Mayeul, sous peine d'excommunication. La démolition de l'église commença le 2 avril 1798. Une bande révolutionnaire en avait détruit déjà, le 28 novembre 1793, les ornements et le mobilier. » ^

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