Avignon. 1760, 1 vol. in
6. Dans les Mémoires de la Société d'histoire et d'archéologie de Chalon-sur- Saône, années 1847, 1848, 1849. Chalon-sur-Saône. 1850, in-4*, p. 197 et suiv.
7. Tome I, p. 11 et suivantes. — Cf. aussi Ragut, Statistique du département de Saùne-et-Loire, Mâcon, 18.38, t. II, p. 40i-40'2; et Courtépée, Description de la Bourgogne, t. IV, p. 448.
porte principale de la façade est surmontée d'une ogive du quinzième siècle, qui parait être une restauration. Mais les deux portes latérales sont cintrées et flanquées de colonnes romanes dont les chapiteaux conservent quelques traces de coloration. Les tours sont de deux époques : la partie inférieure, à petit appareil irrégulier, appartient à la période romane; le haut est du treizième ou quatorzième siècle. La petite tour, située au nord, était surmontée d'une flèche en pierre, maintenant détruite en grande partie ; son couronnement, légèrement évasé, est d'une grande élégance. La tour du midi se terminait par un dôme
» L'église de Saint-Vincent avait 208 pieds de longueur depuis le grand portail jusqu'au fond du sanctuaire, et 64 pieds de largeur entre les chapelles qui l'entouraient.
» A l'intérieur, des piliers élancés, figurant des faisceaux de colonnes, séparaient la nef des collatéraux. Ils supportaient des arcs doubleaux qui traversaient la largeur de la voûte, et des nervures qui se croisaient diagonalement vers le sommet. Dans ce réseau était la voûte en moellonage, dont toute la poussée se faisait, vers les retombées, sur les piliers, lesquels étaient fortifiés par les bas-côtés et les arcs boutants, situés hors des murs du pourtour. L'espace compris entre chaque pilier aurait donc pu rester à jour, sans nuire à la solidité générale de l'édifice. Aussi, les murs de remplage à la hauteur de la galerie, et ceux qui formaient le pourtour de la nef, n'avaient-ils que 0"*22 d'épaisseur, et dans ces murs étaient percées des croisées de 5"95 de hauteur, et de 2"*92 de largeur. Des colonnes ovales divisaient chacune do ces croisées en trois parties. On admirait la délicatesse des deux roses qui éclairaient les deux bras de la croix latine, formée par le vaisseau de l'église. Celle du nord figurait une espèce de quadrille en losange, avec des rosaces évidées dans les angles. Celle du midi représentait une fleur radiée de 16 ou 20 rayons. Elles avaient 6 à 7 mètres de diamètre. Dans les bas-côtés
et dans le chœur, on voyait des vitraux peints de belles couleurs, mais d'un dessin médiocre.
» Les grandes voûtes de Saint- Vincent avaient sous clef 24"70 ou 74 pieds de hauteur ; les voûtes des nefs collatérales avaient 12"30 ou 37 pieds. Les piliers qui supportaient les voûtes avaient 4 mètres de circonférence.
» Les nefs collatérales de cette somptueuse basilique étaient bordées d'un grand nombre de chapelles au service desquelles étaient affectés, par fondation, des prêtres dont il ne sera pas sans intérêt de connaitre les titres et les fonctions.
» La cathédrale de Saint- Vincent avait deux rangs
de stalles de chaque côté du chœur, contenant en tout 86 places ; les sièges en étaient, dit un vieux mémoire manuscrit, des plus riches et des plus singuliers de France ; ils étaient tous peints et historiés de personnages du Vieux et du Nouveau Testament, avec un art incroyable, sur certaine pâte presque toute recouverte d*or et d'azur. Ces stalles furent construites en 1605, sous Tévêque Gaspard Dinet.
» Sous le même prélat s'éleva, en 1611, le buffet d'orgues de Saint-Vincent, dont la dépense fut de 646 livres 5 sols 6 deniers pour le chapitre ; Mgr G. Dinet fit construire à ses propres frais, vers le même temps, la chaire à prêcher.
» Les clochers de cette magnifique cathédrale renfermaient une des plus belles sonneries de France »
Mais arrivons à la description de la partie encore existante, et qui par l'époque de sa construction doit spécialement nous intéresser :
L'église cathédrale était bien orientée; les deux tours octogonales qui surmontent le porche, et qui étaient placées en avant de la nef, n'ont pas été montées d'un seul jet. Leur partie inférieure, d'abord carrée, puis octogonale, est construite en petits matériaux dont la disposition est à peu près régulière, tandis que la partie supérieure est cons-
truite en bel appareil moyen et remonte seulement au treizième siècle. De plus, chaque face est ornée à la partie inférieure d'encadrements analogues à ceux que nous voyons si fréquemment dans la région, sur les édifices bâtis aux onzième et douzième siècles : bandes verticales reliées à leur partie supérieure par des arcatures en plein cintre. Ces deux tours, de hauteur inégale, sont réunies par une travée dont la voûte d'arêtes est portée à une assez grande hauteur. L'intervalle qu'elles laissent entre elles donnait accès dans la grande nef de l'église. La partie romane des clochers n'est éclairée à l'intérieur que par de véritables fentes : on n'y voit pas de fenêtres : nous ferions remonter volontiers cette construction à l'épiscopat de Bérard de Châtillon, c'est-à-dire aux dernières années du onzième siècle ou plus probablement aux premières années du douzième. Le narthex, plaqué au devant des clochers et sans liaison avec eux, nous parait appartenir à la période correspondant à l'épiscopat de Ponce I de la Rochebaron, c'est-à-dire au milieu du douzième siècle. Il est divisé en trois nefs d'une seule travée chacune, dont les voûtes supportent presque immédiatement le rampant du toit : la nef principale a été voûtée postérieurement à sa construction, et dans le premier quart du treizième siècle, sur croisée d'ogives, tandis que les collatéraux sont voûtés d'arêtes. Ce porche était ouvert et le jour y entrait par trois grandes ouvertures, dont une porte, en plein cintre, sur la façade, et deux grandes fenêtres analogues percées au nord et au midi, dans les murs des collatéraux : ces ouvertures étaient doublées; la retombée intérieure de l'arc portait sur des colonnettes engagées, et à l'extérieur une archivolte en plein cintre, également posée sur des colonnettes, encadrait encore la baie. L'appui de ces fenêtres est à 1™50 environ au-dessus du sol intérieur. La plus grande des ouvertures de la façade, celle du milieu, formait la porte. Cette porte était en plein cintre et présentait très
probablement une décoration analogue à celle des fenêtres ; plus tard, au quinzième siècle, à la suite de remaniements assez importants, on remplaça la porte romane par une autre, construite dans le style du jour, et en saillie à Textérieur, de manière à contrebuter la façade du porche. Au-dessus des grandes baies de la façade sont do petites fenêtres en plein cintre profondément ébrasées.
De grandes arcades en plein cintre sont appliquées à l'intérieur, contre la base des clochers. La travée centrale du narthex communique avec la travée entre le clocher, par une grande baie amortie par un linteau surmonté d*un tympan, encadré lui-même par une riche archivolte dont les sommiers sont portés par des colonnes engagées. Lorsqu'on 1848 on fît les premières réparations au narthex, on voulut consolider les pieds-droits de cette porte qui étaient formés de placages écrasés par le poids du tympan. Pour arriver à les reconstruire, on déposa le tympan : c'est alors qu'on s'aperçut qu'un enduit recouvrait les sculptures dont les saillies les plus fortes avaient été brisées.
Le sujet représenté par ces sculptures est divisé en cinq zones horizontales : l'étage inférieur qui correspond au linteau, représente à droite le paradis, et à gauche l'enfer : à droite, Jésus reçoit les âmes des justes et les fait entrer dans la cité céleste ; à gauche, Satan entraine les damnés dans l'enfer, tandis que l'archange, armé d'une épée, les refoule.
La deuxième zone représente la résurrection. La troisième comprend les grands et les petits prophètes, la quatrième est partagée en deux par une gloire en forme d'amande dans laquelle le Christ bénissant était représenté. A droite de cette figure sont la Vierge, un ange et six apôtres; à gauche, un personnage, un ange et les six autres apôtres. La cinquième zone est occupée par des séraphins aux six ailes et par des chérubins : c'est le ciel.
En démolissant le tympan et les pieds -droits, on a
reconnu le commencement de l'inscription latine gravée sur le tailloir du chapiteau de la pile droite, dont la fin est citée par M. de Surigny : « Demonius cognatur intrare, vetatur ; angélus obstat ei preditus e[nse]. » La sculpture figurée sur ce chapiteau de droite représente : le démon, placé sur la face qui regarde le narthex, c'est-à-dire en dehors de l'église, essaie de se glisser dedans ; mais l'ange est là, armé d'un bouclier et d'une épée, et lui barre le passage. Le chapiteau de l'autre montant, plus mutilé que le premier, présente sur la face extérieure Satan et sur Tautre, Jésus que l'on reconnaît seulement à son nimbe crucifère : c'est probablement, ainsi que le suppose M. de Surigny, la tentation sur la montagne. Il n'y a pas dans le porche d'autres chapiteaux à personnages.
La moulure de l'archivolte de la grande porte présente un tore sur lequel sont sculptés des rinceaux de feuillages d'un excellent dessin.
Le profil de la croisée d'ogives au-dessus de la travée médiane est ^^ ^^^ formé par un gros boudin engagé dans un dosseret. ^^ Cette voûte, comme nous l'avons dit plus haut, a dû être établie en remplacement de la voûte primitive.
Contre les parois des clochers sont deux étages d'arcatures aveugles en plein cintre ; ces arcatures sont tournées vers l'axe de la travée qui sépare les clochers : c'est dans ces arcatures qu'étaient les peintures décrites par M. de Surigny.
Tous les arcs du porche sont en plein cintre, sauf les grandes arcades isolant la nef des collatéraux qui sont en cintre brisé et retombent sur des colonnes engagées.
La grande fenêtre en plein cintre, qui orne au midi le mur de façade, a son archivolte intérieure supportée par des colonnes engagées à fût cannelé. Les chapiteaux ont un galbe antique; ils sont ornés de feuillages découpés et de petites volutes. Les bases se composent d'une petite
baguette surmontant un gros tore ou boudin où sont sculptés des oves, puis d'un tore de diamètre moindre, reposant sur un socle formé d*un bandeau, d*un cavet renversé, d*un listel et d'un bandeau. Dans d'autres bases, le gros tore est orné de quatrefeuilles, de gros feuillages à nervures, etc. On trouve aussi la base ordinairement employée au douzième siècle : deux tores séparés par une gorge.
D'ailleurs toute cette construction présente un grand luxe d'ornementation ; les moulures et la sculpture sont d'un goût parfait.
Tout le mur placé au centre de la façade et terminé par un pignon a été refait au quinzième siècle et restauré depuis.