‹ L'architecture Romane in Catalogne [review article]Chapitre 1 sur 5 · SAVANTS · texte numérisé non relu

SAVANTS

lli MARCEL DIEULAFOY.

très grands monarques, au nombre desquels Isabelle la Gatlioliquc, eurent tant de peine à réunir.

Comme la fondation de la nation romaine, la constilulion de l'Espagne moderne a nécessité de longs efforts.

Cette attitude révolutionnaire a-l-ellc une excuse ?

Les Catalans prétendent qu'ils sont exploités, se plaignent avec amertume et répètent volontiers qu'ils cueillent les olives pour l'Espagne qui mange la pulpe et leur abandonne les noyaux.

Les griefs des régionalistes reposeraient-ils sur quelques abus, quil vaudrait encore mieux pour la Catalogne elle-même rester unie avi reste de 1 Espagne que jjrovoquer la dissolution générale et le retour au morcellement de la péninsule ibérique.

Puis, dans l'intérêt spécial de l'art provincial, est-ce bien la manière de propager sa connaissance que d écrire des monograpbies dans une langue aussi peu connue à l'étranger que l'est le catalan et d'orthographier les noms de lieux sous une forme qui les rend méconnaissables aux lecteurs, dont l'ignorance du vocabulaire ne trouve ])as encore de correctif dans un atlas, ou dans un dictionnaire géograplii([ue catalan-espagnols.^ Cet excès de zèle ne va-t-il pas à rencontre d'un désir légitime et ne risque-l-il pas de compromettre le résultat de recherches poursuivies avec inie ardeur et une persévérance inlassables?

L'erreur dans la présentation de rAr(jnilecliira Bomànica a Calaliinya cause des regrets d'autant plus vifs, d'autant plus sincères que l'inventaire des monuments est complet, leur description, minutieuse, que les documents d'archives ont été fouillés avec scrupule, en un mot que le travail est excellent à Inen des égards. Aussi bien, je n'insisterais pas sur le clioix delà langue où il est écrit, si je n'y reconnaissais l'indice d'un régionalisme intransigeant dont l'action s'étend sur le domaine des arts où, dans l'espèce, il devient fâcheux jjarce qu'il établit une barrière qui circonscrit le champ des recherches et exclut toute excursion au dehors.

Avant d'entrer dans l'analyse du tome 111, une autre oljservation doit être présentée. Celle-ci est relative au titre :•

L'Arquitectuka uomamca a Catallnya, \ ot. JJI : Lis sc(jlcs XII y XIII.

Que l'on ne s'y trompe pas. Le qualificatif romanica que j'ai dû traduire par romane a un sens beaucoup plus étendu que chez nous. Malgré que l'on con.state en Espagne un retard d'un demi-siècle, environ, sur l'époque de l'évolution de l'architecture en France, les grandes églises élevées au cours du xiii° siècle aussi bien en Catalogne que dans les autres provinces chrétiennes, sont de style ogival. La transformation du loman en gothique fut lente, irrégulière, subit des arrêts. 11 y eut des édifices attardés, môme des retours vers le passé. Néanmoins, dès 1220, 1280, les caractères dominanis do la construction et, parfois, le style général de la décoration sont ceux qui avaient triomphé au nord des Pyrénées dès le règne de Louis Vil (ii^y-iiSo) et de Philippe Auguste (ii8o-i293). La cathédrale de Tarragone, la cathédrale de Lérida (dans le texte catalan LIeyda) classées parles auteurs au nombre des édifices romans, sont des monuments gothiques au même titre que Sainte-Eulalie et Sainte-Catherine de Barcelone, ou que les cathédrales contemporaines de Léon, de Burgos, de Tolède, de Sigûcnza, de Mérida, de Valence. MM. Puig y Cadafalch, de Falguera y Sivilla et J. Goday y Casais ne l'ignorent pas; seulement, avant d'arriver au chapitre ix du livre V — La Cronologia — où l'incorporation est expliquée — le lecteur pourrait s'y tromper.

Le sous-titre — Els segles AU y AI II — n'est pas non plus sans soulever des critiques rétroactives, très légères, sans doute, mais que la valeur de l'ouvrage appelle.

A quelques exceiitions près, le tome 111 est la répétition du lomc 11 avec plus d'exemples et moins de détails que dans le volume précédent. Tous les types primitifs el de transition se répètent et se retrouvent. Faut-il admettre vme stagnation ù peu près complète de l'architecture catalane entre les ix" et xni" siècles ou, plutôt, un mouvement en avant du x'' au xi"" suivi d'un recul, puis, du xn" au xni'', d'un progrès nouveau, comparable à celui que l'on constate au cours de la période antérieure?

L'irrégularité de l'évolution due en partie à l'état politique de l'Espagne, explique la marche incertaine de la transformation, mais, peut-être, la confiance des auteurs dans les documents d'arcliives la rend-elle plus apparente que réelle. La date d'une bulle est précieuse, celle d'une ou de plusieurs donations ne l'est pas moins. Ce sont

des repères; ce ne sont pas des preuves. Une bulle papale de ii3i recommanile aux fidèles de contribuer tl la conslniction de la catbédrale de ïarragone, pourtant cette construction remonte au milieu du xni'' siècle. La réunion des fonds nécessaires à l'exécution des premiers travaux était lente, l'ouverture des cbantiers était retardée ou l'avancement de l'entreprise enrayé par les événements. Un exemple récent en donne la preuve.

Au milieu du xix' siècle, fut tirée une loterie autorisée par décret dont le produit devait être affecté à l'achèvement de Saint-Etienne, la cathédrale de Toulouse. Depuis quarante ans l'emplacement de la nouvelle nef est déblayé et, sans doute, de longtemps encore les travaux ne seront pas commencés. Faudra-t-il dater du règne de Napoléon III, la terminaison de l'édifice.''

La date de la consécration ne donne pas davantage un repère absolu. Dès que le chœur était construit, dès que les offices pouvaient y être célébrés, l'évêque se hâtait de consacrer le monument.

A cet égard, je signalerai la cathédrale de Narhonne, Saint-.Fust, dont le magnifique chœur à chapelles rayonnantes, consacré en 1339 a seul été consti'uit, tandis que la nef attend encore les entrepreneurs et les ouvriers. La gigantesque" cathédrale de Beauvais, un peu plus récente que celle de Narhonne. se trouve dans le même cas.

Il n'est pas jusqu'aux inscriptions gravées ou peintes sur les pierres de l'édifice, qui n'occasionnent des méprises. Citerai-je à San Juan de Banos (province de Palencia) l'inscription placée audessus de l'arc triomphal ? Elle fait remonter la construction de l'église à l'année 661, au règne de Receswinth. Mais j'ai montré que l'inscription provenait d'un édifice rasé à l'époque de l'invasion musulmane et qu'elle aYail été conservée dans l'église rebâtie au milieu du ix'' siècle". San Pablo del Campo de Barcelone (Sanl Pau del Camp, t. II, p. i38 du texte catalan) appartient d'une manière manifeste au xu' siècle et aurait dû être décrit dans le tome III. Toutefois, sur le vu d'une inscription provenant d'une autre église et incrustée dans les murs, il a été longtemps daté du x'.

Des documents d'archives attribuent au xi' siècle l'église d'Elne,

r. Dieulafoy, Espaifne et Portui^al (Collection aks una), p. 69, 70; fig. i ',(> à i5i .

comme celle d'Arles sur Tccli (Pyréuécs-Oriciilales) et une inscription qu'on peut lire sur les parois de l'autel mentionne un autel d'argent, de proportions inusitées, remontant aussi au xi° siècle. Si la confusion a été reconnue et, partant, si l'autel a été reporté au xiv" siècle, elle subsiste quand il s'agit de l'église. Aussi bien, est-elle décrite dans le tome II de VArquitectura Bonianica, alors cpie, de toute évidence, le monument appartient au xu'\ xni'^ et même au xiv" siècle, quand on y comprend le cloître qui en constitue la partie la plus remarquable.

Il faut se montrer très prudent et réservé quand un désaccord se manifeste, au demeurant assez i-are, entre les renseignements fournis par les textes et ceux que donne l'étude directe du monument.

Sous le bénéfice de ces observations ou plutôt de ces excuses, on lira non seulement avec fruit, mais avec un intérêt soutenu le monument élevé à la gloire de l'arcliitecture de la Catalogne par trois fils éminents et pieux de la vieille cité comtale.

La grande majorité des églises dont la description, les plans, les photographies et souvent les perspectives isométriques, établies suivant le tracé Choisy sont compris dans le tome III, se partage entre les trois types distincts du tome précédent, si l'on considère la distribution du plan, et offrent trois modèles, si l'on considère la couverture.

Dans le jjreniier type, se rangent les églises à trois nefs, à peu près de même largeur, à peu près parallèles, terminées par des absides en hémicycle. 'Elles comportent le plus souvent 8 piles en deux files, rarement G, exceptionnellement lo.

Dans le second, se classent les églises à une nef et à chevet trilobé, en forme de trèlle.

Le troisième comprend les églises où un transept s'interpose entre la nef et les absides en général au nombre de trois, mais quelquefois au nombre de cinq.

A considérer la couverture, on observera que pour les unes elle repose sur une charpente, que pour les autres elle porte sur l'extrados des voûtes et enfin qu'il en est de mixtes oi^i les fermes sont remplacées par des arceaux maçonnés.

Le premier type est fort ancien, parce qu'il offre un abri très

vaste, réalisé sans aucune difficulté d'exécution. C'est le type de la basilique romaine qui s'est perpétué en Occident comme en Orient et dont l'exemple le mieux caractérisé en Espagne est San Miguel de Escalada, une église protomudejar, située à 3o kilomètres au sud-est de Léon. Elle fut réédifiée par des moines expulsés de C-ordoue. vers la fin du ix" siècle, sur l'emplacement qu'occupait une abbaye visigotlie, ruinée au cours de l'occupation musulmane et aurait été consacrée en 918 par Gcnadio. évèfjuc d'Astorga. Le style de la nef, du canccl et du porche, cpii les longe du côté de lépitre, est de tout point d'accord avec les textes.

En Catalogne, l'exemple le plu.s ancien du type à trois nefs me ■paraît être l'église conventuelle de Saint-Martin du Canigou, citée et décrite longuement dans le tome II (p. 121 à i3o). Elle doit remonter au premier quart du xi" siècle. Outre l'église élevée sur crypte et son puissant clocher carré, outre un cloître irrégulier de forme, le monastère comportait des habitations, des greniers, des magasins, des granges et une enceinte fortifiée que sa position isolée, au cœur de la montagne rendait nécessaire.

Une inscrijition sur l'authenticité de laquelle aucun doute ne peut s'élever donne la date de 11 33 pour Sant Climent de Tahull. H s'agit d'un vaisseau à trois nefs et six colonnes du type classique. En phan, il affecte la forme d'un trapèze un peu plus large à l'entrée qu'au chevet et mesure 2/1 m. 60 de long sur une largeur moyenne de i3 mètres de large. Un porche précède la nef. L'abside centrale, plus saillante et beaucoup plus accusée que les absides collatérales, constitue avec elles un chevet que flanque du côté de lépitre un énorme clocher carré.

Encore ù ïahull, existe une autre église, Santa Maria, sœur légitime de Sant Climent.

Bâtie sur les modèles précédents, mais à une éclîellc un peu plus considérable, est l'église d'Artis'". Entrée latérale du côté de l'Evangile, en raison du clocher carré, adossé au milieu du frontispice, à la place assignée à ses premiers ayeux.

La nrèmc. description conviendrait aux églises de Mig Aràn '"',

<" Artis, p. 8i (xn' au xni" siècle); t^'MigAràn, p. 8'î(xn"auxiii°siècle);

lig. ■Ifi, i^, 3.S. Dimensions : ifiiuèues Og. ^9 à Vji. DiiiK^nsions : i(i mètres sur 29 m, 20, en œuvre. sur 21 ni. 20, en œuvre.

de Rossost'", de Salardû ", de Cervià''^' cl d'un très grand nombre de villages ou de bourgs de la vallée d'Aran, au pied des Pyrénées, dans le voisinage des sources de la Garonne et des vallées voisines de la Noguera Ribagorazna et de la Nogucra Pallaresa. Dans toutes ces églises très frustes, très primitives, fruits malvenus d un arbre planté en terrain pauvre, on ne relève aucun ornement intérieur, aucun membre de moulure. Seuls, les cbapiteaux en forme de pyramide tronquée qui couronnent les colonnes de Saint- Martin du Canigou présentent quelques ébauches de décors. Ils appartiennent à la même famille que ceux de Santa Maria de Naranco (église asturienne, milieu du ix' siècle) et, comme eux, se jjrètaient à recevoir des sculptures sur les faces; puis, les fûts provenaient d'un temple dont la décoration avait dû faire impression sur les moines.

D'autre part, à l'extérieur, l'architecte disposait en corniche ces petites arcatures souvent entrecoupées de pilastres ou ces bandeaux en dentelures qui en sont une réduction dont le modèle purement oriental, signalé dans les palais achéménides et sassanidcs, voûtés, avait traversé la terre ot la mer et laissé des ti'aces manifestes de son passage en Syrie, en Bourgogne, dans l'exarchat de Ravenne, avant d'atteindre l'Espagne.

Cet état rudimentaire de l'architecture religieuse va subir sur place, au cours du xn" siècle, la série de transformations et de progrès que les auteurs signalent dans la même régioi»-, un siècle auparavant. Sous la dénomination d'églises du type national et sons celle d'églises du type provençal, MM. Puig y Cadafalch, de Falguera y Sivilla et J. Goday y Casais passent en revue des édifices qui se différencient par leurs dimensions accrues, par leur richesse relative, par l'habileté dans l'exécution et la supériorité dans la conception. Tour à tour, les doubleaux, puis les formerets accusent sous les berceaux et sous les arceaux un cintrage permanent destiné à renforcer les maçonneries voiitées. Aux doubleaux et aux forme-

'"Bossost, p.84(xn' au xni'sièçle); '^' Cervià (Santa Maria de), p. 96

fig. .'i4 à '18. Dimensions : i5 m. 60 (xn° au xni" siècle); fig. 67, 68. Di-

sur 23 m. 60, en œuvre. mensions : 12 mètres sur 19 m. 20,

'-' Salardù, p. 96 (fin du xni" siècle) ; en œuvre. Nef, largeur G mètres,

^S- 7'j 7'^) 7^- Dimensions : i j m. ni hauteur aux naissances, 9 m. 60, sous

sur 23 m. 60, en œuvre. clef i3 m. (Jo.

120 MAltCEL DIEULAFOV.

rets, s'ajoutent les diagonaux, d'abord utilisés dans la nef, puis transportés dans les collatéraux. En ce cas, la solidité statique n'est pas seule en jeu. Bientôt s'introduira la décomposition des voûtes par panneaux et l'équilibre dynamique (jui, en dépit de l'apparence, établit luie division radicale entre la voûte d'arêtes romaine et la voûte ncrvéc gotbique, quelle que soit la nature et le tracé de la voussure génératrice. L'art s'engage dans la voie où, après l'avoir parcourue, il aboutira finalement à l'art dit ogival ou mieux gotbique suivant la vieille expression, encore la meilleure.

Le parallélisme de ces deux ascensions vers des formes jiarfaites, à lui siècle de dislance, repose sur quelques méprises, je me suis expliqué à cet égard, mais il convient aussi de faire une part à la réalité. Les ressources ou la ricbe dotation du budget des dépense?, la science et le talent de l'arcbitecte, riufdtration des métbodes apportées de l'étranger et, jjarfois, la venue d un arcbitecte, d'iin cbcf de cbantier, d'équipes d'ouvriers experts dans l'art de bâtir et de décorer, sont des facteurs intermittents dont l'influence ne parvient à dominer la tradition qu'après de longues expériences mais qui peuvent faire chevaucber les caractères arcbéologiques et qui sont de nature à occasionner des erreurs dans l'appréciation des dates relatives quand on les considère isolément. Aussi hiçn. nécessitentils un examen d'ensemble et une enquête approfondie et comparée.

Ainsi, Saint-lMartin du Canigou (jui, à n'en pas douter, appartient au premier quart du xf siècle (sup.. p. 1 18, 119) dénote un art supérieur à celui que, dans la même région et ])resquc à la môme époque, décèlent San f Père del Burgal (t. Il, jJ- '06. 107 et fig. aS, 26, 37) et, un siècle plus tard, Sant Climent et Santa Maria de Tabnll (t. II, p. 107 à 110 et fig. 28, 39; t. III, p. 74 à 78 et fig. a/i à 3o).

1^'aulrc part, l'attribution de l'église de iîarcclojie coiinuc sous le nom de Sant Pao del Camp (t. H, p. 1S8 à i/i4 et fig. 33 à 3h) et de l'église d'Elne (t. II, p. 190 à 197 cl fig. 10/î, io5, 106), au xi° siècle demande à être rectifiée. De même, celle de la magnifique église de Sant Vicenç ou Viccns de Cardona ( Vicenr de Cardona au t. Il, p. i63 à 172, fig. 77 à 85 et Vieeiis au t. III, p. 178), dont la savante structure, la hardiesse de la nef dénienlenb sans conteste la date de 10^0 qui lui est assignée et qui, au surplus, ne répond ellemême en rien à l'épitliète de non purva que lui donne l'acte de con-

sécration de lo'io. par Erihat, évcque d'UrgelL La méprise est manifeste, indéfendable. Sur l'acte précité, il s'agit d'une construction antérieure à l'édifice grandiose que nous admirons aujourd'hui.

Dans aucune église lombarde ou française de la seconde moitié du xi° siècle, on ne signalerait ce rythme harmonieux et parfait des proportions qui. observé en œuvre, se traduit par la largeur de 95 pieds (7 m. 60) de la nef et par celle de 5o pieds (i5 m. 20 = 7 m. 60 X 2) de la largeur totale, par le plan rigoureusement carré des trois travées de la nef et de la croisée du transept, par la longueur totale de i5o pieds (/(G m. 5o =3 X 5o pieds), par la hauteur de la nef qui. prise aux naissances, est égale au double de sa largeur (i5 m. •20^=bo pieds) et qui, mesurée sous clef, atteint 60 pieds (18 m. aS) = (5o -f i/5 5o pieds).

Dans avicune église catalane, asturienne ou castillane de style occidental ou de style protomudejar du \i' siècle, on ne remarquerait ni la coupole perse sin- trompe, à la croisée du transept et de la nef, les collatéraux à voûtes d'arêtes, étudiés et disposés en vue de contrebuter la poussée développée par un berceau de 7 m. 60 d'ouverture, et de 18 m. a5 de hauteur. Dans aucune, on ne citerait les doubleaux et les formerets à membres multiples que présente la magnifique église de Cardona ; dans aucune, les piles ilanquées des doubles pilastres couronnés de chapiteaux qui répondent à chaque membre des doubleaux et des formerets; dans aucune, non plus, les bas côtés et le porche couverts en voûtes d'arêtes barlongues, toutes formes oîi s'affirme la floraison d'un stvle en plein épanouissement et non plus en cours d'élaboration.

La preuve que telle est bien la conclusion à tirer de l'étude archéologique de l'œuvre, je la demande même aux auteurs qui classent, parmi les édifices des \n" et xni' siècles la petite église de Santa Maria de Cerviâ (siip., p. (j) qui est une ébauche incomplète de Sant Vicens de Cardona.

En remontant du xn° vers le xn£= siècle, les étapes successives se nomment Llado'", Isil*'', Vilabertran ''', Solsona'", Geri "', Besah'i'',

'' Llado, p. iJi (iii.Si à ii2i);fîg. '-' Isil (Sani Joan d'), p. i jç) (iuqj);

i.'nS à iTii. Dimensions : 16 mètres sur lig. i65 à 16.S. Dimensions : 12 m. ',(1 34 mètres, en œuvre. sur 20 mètres, en œuvre.

Alaô "" pour aboutir à la petite église d'Agramunt "' et à l'église de Sant Cugat del Vallès''"' terminée sur le même modèle que Sant N'icens de Cardona.

Si l'église d'Agramunt n'accuse pas à beaucoup près un état de l'art de construire aussi avancé que celle de Cardona, elle olTre dans l'ornementation des bandeaux et dans la sculpture des chapiteaux (p. 178 à i8i ; fig. 196) et de la porte, les témoignages d'un apport étranger. Cet apport est confirmé par trois inscriptions jointes aux chapiteaux des bas côtés où sont donnés l'initiale du nom et 'le lieu de naissance de sculpteurs qui, par leur origine, se rattachent à l'école de Toulouse.

L'exode avait des précédents. Les statuaires toulousains attirés à l'extrémité nord-ouest de la péninsule par la réputation de Santiago qui, durant la période romane, balançait le prestige de Rome, avaient suivi les pèlerins jusqu'au fond de la Calice et s'étaient même arrêtés en route, notamment à Estella, Léon et Avila, pour travailler aux portails de San Miguel, de San Vicente, de San Isidoro. Les auteurs n'y contrediront pas. Un chapitre entier de leur ouvrage est consacré à cette école de Toulouse, dont l'inlluencc rayonna même sur la Catalogne (t. III, 1. VII, cliap. xv, p. 878 à 88/|).

M. Puig y Cadafalch et s.es collaborateurs rattachent les églises à trois nefs à la basilique hellénistique couverte tantôt en charpente,

1^1 Viluljertran (Santa Maria de), p. ib', (iii)oj; fig.

1 L>i, i;iv. a I J ).

■J.O sur 3i m. '^o.

Dimensions en œuvre.

1*1 Solsona, p. it')3 (1070 à ii63); fig. 172, 173, 175. Dimensions :

20 m. Ko sur 45 m. in, en œuvre.

'^' Geri, p. 1G9 (1149); ^8'- '7'' à 180. Dimensions : lO mètres sur 37 m. 4", en œuvre.

i"i Bcsalù (Santa Maria de), p (i()-27 à 1084, ruinée en 1746); lày, 181 à i83.

Cl Alaô, p. 17") (ii23). Eglise défigurée postérieurement; fig. 18', à 190. Dimensions : 2', mètres sur 5() mètres, en œuvre.

'«' Agramunl, p. 178 (ii63 à i283);

'7' fiK.

fig. 191 à 19(1. Dimensions : 10 mètres sur 17 m. 60, en œuvre.

''•" Vallès (Sant Cugal del) p. i»i (i()i3à i'i9'i); fig. '97 a 202). Dimensions : 23 m. tto sur 52 m. 411, en œuvre. Voir également I. li. p. I28, fig. 279. Pour la pluralité, les cotes sont ])rises sur les plans fournis par les auteurs de l'ouvrage et il ne semble pas que l'imprimeur ait apporté au.x réductions tous les soins désirables.

Ainsi, le plan de Sant Cugat estdonné une seconde fois sous le n° 3o p. 2^3. Comme le premier, il emprunté à Rogcnt, et il est encore à l'échelle de i:4i><>; mais les dimensions ne sont ])lus que les 9/11) des précédentes, soit 21 m. 25 sur47 m. 1 5.

est

L'ARCUfTECTURE ROMANE EN CATALOGNE. 123

tantôt à l'aide de voûtes (t. II, ^ iv, p. 120 à 127). Ainsi que je l'ai oljservé, le type est si aisé à construire et dune application si étendue, qu il a dû se constituer et se perfectionner dans les contrées les plus diverses. Peut-être, laudrait-il joindre aux ayeux hellénistiques, la basilique romaine couAerte en charpente, dont les basiliques chrétiennes primitives empruntèrent la forme. Sans parler des grands sanctuaires de Rome, je rappellerai qu'au cours des campagnes de 191 a et 1910, la Société française des Fouilles archéologiques a exiiumé dans le voisinage immédiat des sites catalans, mais en France, une vaste basilique à trois nefs terminée par une abside polygonale'". Elle mesurait 42 m. 65= 1 44 pieds romains de long sur i3 m. 6o = 46 pieds romains de large et, en raison de ses dimensions, devait être un édifice religieux important. Au cas présent, la découverte est extrêmement intéressante parce que la basilique remonte au iv'' siècle de J.-C, et qu'elle appartenait au territoire de Lugdunum Convenarum (Saint-Bertrand de Comminges) qui, par la vallée de la Garonne, est en relation directe et quotidienne non seulement avec Bossost (a5 km.) mais avec Salardi'i, Mig Aran, Arlis, facile avec Bohi TahuU, Alao, et politique avec tout le reste de la Catalogne Orientale. Dès l'époque des premiers empereurs, Lugdunum Con^enarum avait été choisi par l'administration romaine pour y établir la douane et les grands magasins oîi s'entreposaient les marchandises qui transitaient entre la Gaule et llbérie. Cet état de prospérité se prolongea longtemps après l'invasion et ne fut interrompu qu'en 585, à la suite du pillage de la ville par les Burgondes.

La basilique de Lugdunum, dont le modèle avait été importé d'Italie, était couverte en charpente et comportait pour recevoir les fermes deux files de huit colonnes empruntées à des édifices romains.

Ne faudrait-il pas voir dans cet édifice et dans ses pareils, sans doute nombreux sur le versant nord des Pyrénées centrales, le lien véritable entre la basilique romaine et la basilique catalane à trois "nefs? Je suis fermement porté à le croire.

Quand, dansledomaine des arts, on veutétudier une manifestation, une forme essentielle, il convient de chercher le pays d'oîi elle est ori-

'*' Marcel Dieulafoy. Basilique Con- na.r\xm. Acad.desins. et B.-L., Comptes stantinienne de Lugdunum Conve- rendus, 1914, p. ^9.

ginaire et de s'y reporter. Tel est le cas de la voûte, un des éléments nécessaires de l'église quand elle n'est pas couverte en charpente. Ses diverses variétés, on ne saurait trop y insister, se sont développées d^abord dans les pays que la nature du sol ou du climat privait de bois de construction et où, en l'absence des cavernes, l'homme dut s'ingénier à construire des abris contre la rigueur des saisons. La Mésopotamie que noient, tour à tour, des pluies diluviennes ou que consume un soleil torride, la Susiane, la Perse où, sur les hauts plateaux un froid très vif s'ajoute parfois aux rigueurs des contrées basses, olTrirent un champ d'expérience à leurs premiers et, en même temps, très anciens et très nombreux habitants. La terre plastique s'y rencontrait, la brique séchée au soleil y acquérait de la dureté. Ses dimensions furent appropriées aux forces de l'homme et limitées à des poids qui se prêtaient à des manœuvres rapides et à des transports aisés.

Le berceau tourné sans l'aide de cintres y fleurit de bonne heure mais, avant toute autre construction voûtée, la coupole sur plan à peu près carré, facile à construire sans supports provisoires ou permanents et répondant à des pièces commodes à distribuer. Par des raisons uniquement tirées de la géométrie, j'ai montré que cette coupole était l'aïeule de la coupole sur trompes qui est restée carnclérislifjiie de la famille iranienne comme la coupole sur pendentif d'une allure plus savante appartient, en propre, à l'architecture byzantine qui l'a employée à l'exclusion de toute autre '".

Là coupole pousse au vide. Afin d'éviter la ruine, on peut soit amortir les poussées sur des masses inertes, c'est la culée, c'est le contrefort, soit encore opposer aux poussées destructives des poussées contraires, c'est-à-dire recourir au contreboulement.

Les deux méthodes furent pialiquées indllféremment par l'Orient mésopotamien et iranien.

La première domine dans les jialais de Firouzaliàd *', de Sarvistan'*', d'Eïvan'*', dans Saint-Georges d'Ezra, construits du v° siècle avant au v'" siècle après J.-C.

^^> Y)iculaifoy,Artantiquede la Pcr.se, ™ Id., id.. p, lo à 2<), Cg. (j à 2j,

t. IV, p. 4 à lo, fig. 2 à 6. pi. I il VllI.

'*> 1(1., id., p. ',i> à 58, fig. 2', à 27, i'> Id., id., p. 7i)à HS, fig. V., V,, VS

ay à .',G, pi. IX à XVII. à G2, pi. VU à IX.

La seconde se rencontre au palais sassanide de Mchatla'".

De ces deux formes primordiales découlent des corollaires constructifs ou des combinaisons.

La première engendra la forme cruciale où les quatre branches de la croix amortissent les poussées.

La seconde se manifeste dans le plan trilobé ou en trèlle qui, pour la contrebuter, oppose trois demi-coupoles à la coupole sur trompe suivant trois directions et, un berceau — culée sur la quatrième.

La forme cruciale fui adoptée de bonne heure pour les églises, parce que le clergé y voyait une image de la croix sanctifiée par la mort du Christ. Mais en dépit du paradoxe apparent, la croix dont les branches convergent vers la coupole nommée cimhori en catalan et cimhor'mm en castillan, précéda la croix dessinée simplement par des berceaux.

Le dernier type qui, dans la chronologie, devrait prendre la seconde place est étudiée tome H, livre H, au chapitre xni (p. aSg à 256) et tome III, livre II, au chapitre iv (p. gg à 102), tandis que les chapitres xiv et xv du livre II, tome II (p. 267 à 27/1) et le chapitre V du livre II du tome III (p. io3 à 108) sont consacrés aux églises cruciales du type originaire dites dans l'ouvrage catalan « en plan de croix latine et de croix grecque avec cimhori ».

Les auteurs de l'Architecture romane en Calalo(jne comprennent dans les églises cruciales sans cimhori, une variété spéciale à leur province et qui semble se rattacher au type des églises à trois nefs et à trois absides décrites sous le nom de Sant A'icens de Basali'i, de Santa Maria de Cervia, de Santa Maria de Vilabestran, de la Colegiata de Solsona et dans lesquelles un transcjot rudimentaire s'intercale entre les nefs et le chevet. En raison du peu d'importance de la paroisse ou de la modicité des ressources, les deux bas côtés auraient été supprimés. Pour la pluralité, ces églises ont été analysées dans le tome II (1. II,chap. xni. p. 284 à 206). La plus importante de celles que comprend le tome III est Saint-Génis des Fontaines (Sant Genis les Fonts) ■, une église des Pyrénées-Orientales

"' Dieulafoy, Art antique de la Perse, sions : largeur de la nef, 6 m. 20 ; lon-

p. 88 à 9^). iig. (Vi à 68. gueur totale, 3o m. 20; largeur du

'*' T. 11, p. 56i à 565, fig. Siii et transept, 3 m. gS ; longueur du tran-

t. III, p. 101, fig. 75 et 76. Dinien- sept, aï m. So, en œuvre.

qui semble remonter au milieu du xii" siècle, bien que le linteau 1res inléressant de la porte d'entrée, où le Cbrist en Majesté siège entre deux anges et six apôtres"' soit une œuvre catalane du xi" siècle.

Les édifices réunis tome III, dans le chapitre v du livre II (p. io3 à io8) appartiennent à la série ouverte au tome II. livre II. chapitre XIV (p. 207 à 270) et chapitre xv (p. 9.']i à ^']^)■ Us comprennent Santa Maria du monastère d'Estany'-', dont les dimensions sont comparables à celles de Saint-Génis des Fontaines, Sant Perc de Cercada'" qui est à peu près dans le même cas et, avant tous autres, Sant Pau del Camp (cast. San Paulo dcl Campo) de Barcelone", dont la coupole octogonale sur trompes et les arceaux polylobés du cloître reflètent des influences orientales caractérisées. Je me suis expliqué au sujet de la date trop reculée attribuée à cet édifice (sup., p. iiG). date qui détonne d'autant plus que la sœur jumelle de San Pau, Santa Eugenia de Berga'"', jouit d"un extrait de naissance correct, à l'année ii83.

La tendance à remonter le cours des années et à vieillir les édifices pour compenser peut-être la propension de l'homme à se rajeunir, s'observe encore dans le chapitre v du livre III (p. 207 à 218) où sont réunies les églises cruciales ornées de colormes et dont les voûtes sont renforcées par des doubleaux ou même subdivisées par des diagonaux.

Santa Maria de Covet'"', Sant Esteve de Bas'"', Saint-Jean le Vieux (Perpignan)"', Sant Ruf de Llcyda (Lerida)''". l'église ruinée de Labaix '"', sont au nombre des édifices où la belle architecture romane s'épanouit encore ou s'épanouissait avec ses absides rehaussées

'•' Dienlftfoy, Espagne et Portugal 6 m. 80 sur 22 mètres, en œuvre.

(Ans Una), p. 77,78, 79, iiG, fîg. 21:',. ''Sant Esleve, p. 209 210, (xu' et

^^' P. 10/, (seconde moitié du xn°s., xv" s.), Gg. 2^7 à 240. Dimensions:

fie. 80, 81, 82. 6 m. 80 sur 26 m. 40, en œuvre.

(31 P. loj, loG, 11)7 (seconde moitié "' Saint-Jean, p. 21 3 à 217 (xiT et

du xn" s., fig. 79, 84, 86, 87. xni' s.), très modifiée après la

'*' T. II, p. i38 à 144, fîg. i38 à 14G construction, fig. 243 à 246. Dimen-

et t. III, p. 108, Cg. 88 et 88 bis. sions : 4 mètres sur 20 mètres, en

(°> T. II, p. 269, 270, fig. 186, 187, œuvre.

188 et t. III, p. io5 (dernier quart du f" Sant Ruf, p. 217 (xn" s.), ruinée,

xii" s.), fig. 83, 85. fig. 247 à 249 bis.

"" Santa Maria, p. 208, 209 (xn" et <"" Labais, p. 211 à 2i3(xn' siècle),

xui"' s.), fig. 232 à 236. Dimensions : église minée, fig. 241, 242.

d'arcades, ses portes ornées, ses fenêtres enrichies de décors, ses chapiteaux sculptés.

La plus inléi'essante des églises sur plan crucial, à uei" unique et à triple abside, est Sant Andreu Sureda'", un petit monument très modeste, très simple, mais où apparaissent les contreforts évidés à la hase, conçus pour comprendre dans l'emprise des culées le pied de la composante des ^Joussées et utiliser tout l'espace compris entre les murs de clôture tout en ménageant des passages à la circulation latérale.

Les auteurs signalent cette église comme un emprunt proijable à la Bourgogne et citent des combinaisons analogues en Angleterre, en Suède et en Sicile. Je m'y arrêterai à mon tour. Saint-Philibert de Tournus, l'ayeule des églises de Hourgogne, reilètc jusque dans les détails intimes de la maçonnerie l'inQuence de l'Orient iranien'"'. Et aux archéologues que cette parenté surprendrait, je citerai, dans la même famille, la cathédrale de Lund qui est redevable à l'antique Chaldée, des scènes fej)roduites sur les chapiteaux''. J'ai pu suivre la route suivie par les importateurs. Là, elle fut empruntée par les successeurs des victimes de Léon l'Isaurien qui atteignirent la Bourgogne. Ici. elle est jalonnée par le folklore et les dihrems samanides depuis la Syrie jusqu'en Angle.terre, à travers la Russie et la Scandinavie.

Enfin, la Sicile se glorifie de posséder la Martorama, la chapelle Palatine et les deux palais de la Cuba et de la Ziza ".

Or, toutes les routes, si on les remonte, aboutissent au même point et, à l'origine, on trouve, entre autres monuments voûtés, la basilique de Chagga " et le Prœtorium de Pha^ia (Syrie Centrale,

" P. /|JL> à .'i")S (.xiu'' s.), lig. riiisloire de l'Art à l'Université de

Gîc) à Cyi3. Dimensions : S m. 40 sur Lund, et Dieulafoy, Comptes rendus

il m. iSc). de l'Acad. des Insciip. etB.L., i()i},

^-' Les voûtes du i)orche sont e.\é- p. Si 7 et suiv., fîg. i à .'1 du tirage à

cutées en moellons taillés en forme part.

de brique cl tournées sans cintres. '*' Dieulafoy, Espagne et Portugal

Dioulafo}', An antique de la Perse, (Ars Una), p. 4 5 'i4 et fig. loi, 102,

vol. V, p. iG'i et suiv., fig. 116 et io3; conf. fig. 'j-2 à 74 et 7(1. 117. Espagne et Portugal (Ans U\.\l, '■"' Id., Art antique de la Perse, t. V,

p. 98, fig. 216. p. 170, (ig. 1-21.

<•'" Ernest Wrangel, professeur de

128 P. BOISSONNADE.

m'' ou iv° s.)'", ou le palais sassanidc de Sarvistan'*' qui dominent de plus de sept siècles les édifices similaires de Bourgogne, de Suède, d Angleterre et de Sicile auxquels les auteurs de lai^chitecture se réfèrent.

Que l'on mette en parallèle les figures 2^ et 97 de VHisloire des Arts en Espagne et en Portugal, relatives au palais de Sarvistan et les figures 689 et 633 du tome III de V Architecture Catalane où sont reproduits le plan et la perspective de Sant Andreu de Sureda et le résultat de la comparaison sera décisif.

Au surplus, le jirincipe même appliqué à Sant Andreu pour résister aux poussées, avait été appliqué en Espagne dans maints édifices musulmans ou chrétiens. La Casa Font y Roig de Palma"" et San Miguel de Tarrasa'" sont de ce nombre.

LlEUrENA>T-COLONEL DIEULAFOY.

{La fin à un prochain cahier.)

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