MAITRE ANDREA, MESSER MACO
andrea. — Saluts et encouragements, etc.
maco. — Bon jour et bon an. Et le livre, où est-il ?
andrea. — Le voici, au bon plaisir de Votre Seigneurie.
maco. — Je mourrai, si vous ne me lisez pas une leçon maintenant.
(i) Niccolo Campani dit: il Slraicino, auteur comique né probablement à Sienne vers i4o°i mort vers i55o. L'ouvrage auquel il est fait allusion ici est sans doute : Lamento di quel tm'ouldo di Strascino sopra il maie incognito che tratta délia oatienta ed inpatienta { Venise, i5s3).
andrea. — Vous êtes facétieux.
maco. w~ Vous avez tort de me dire une injure.
A.MiREA. — Je vous dis une injure en vous appelant facétieux ?
maco. — Oui, parce que ni moi ni aucun de ma famille ne fut jamais facétieux. Maintenant, commencez.
andrea. — Il importe, avant tout, que le courtisan sache blasphémer; qu'il sache être joueur, envieux, putassier, hérétique, adulateur, médisant, ingrat ignorant, âne ; qu'il sache hâbler, faire la nymphe (i) et être à la fois agent et patient.
maco. — Adagio ! piano ! fermo ! Que veut dire agent patient ? Je n'entends point cette énigme.
andiiea. — Cela veut dire femme et mari.
maco. — Il me semble vous comprendre. Mais comment devient-on hérétique ? C'est là la question.
andrea. — Remarquez.
maco. — Je remarque très bien.
andrea. — Quand quelqu'un vous dit qu'à la cour on trouve bonté, discrétion, amour ou conscience, dites : « Je n'en dirai point credo.»
maco. — Je n'en dirai point credo.
andrea. — Et là-dessus les Grâces. A qui voudrait vous faire croire que ce soit un péché de rompre le carême, dites : « Je m'en moque.»
maco. — Je m'en moque.
andkéa. — En somme, à qui vous dit du bien de la cour dites : « Tu es un .menteur. »
maco. — 11 sera mieux que je dise : « Tu mens par la gorge. »
andrea. — Ce sera plus intelligible et plus net. maco. — Pourquoi blasphèment-ils, les courtisans, maître ?
andrea. — Pour paraître habiles, et par la cruauté
(t) C'est-à-dire le bardache.
d'Acursius et de ses pareils qui dispensent les pouvoi de la cour, lesquels, donnant les rentes à des vaurien et faisant pâtir les bons serviteurs, réduisent à un désespoir les courtisans, que ceux-ci sont près de dit « Je renonce au baptême. »
maco. — Comment fait on pour être ignorant? andrba — En se maintenant buffle.
maco. — Et envieux ?
ANDREA. — En crevant du bien d'autrui.
maco. — Comment devient-on adulateur ?
andrea. — En louant toute coquinerie.
maco. — Comment bâble-t-on ?
andrea. — En comptant des miracles.
maco. — Comment fait-on le damoiseau ?
andrea. — Ceci vous sera enseigné par le premier faquin de courtisan qui, du soir au matin, fait nettoyer, comme un pardon (i), sa cape et son pourpoint de drap frisé, et passe des heures devant le miroir à boucler ses cheveux et à oindre sa tête antique; et qui, avec le parler toscan, et avec des citations du Petrarchino (2), avec un oui, ma foi, avec un je jure à Dieu, avec un je vous baise les maios, s'imagine être le totum continens. maco. — Comment médit-on ?
andrea. — En disant la vérité, en disant la vérité. maco. — Comment fait-on pour être ingrat ? andrea. — En feignant de n'avoir jamais vu les gens qui vous ont rendu service.
maco. — Ane, comment le devient-on ?
andrea. — Interrogez là-dessus jusqu'aux escaliers de palais. Maintenant ceci suffit quant à la première leçon. Dans la seconde, nous traiterons du Culisée. maco. — Attendez. Le Culisée, qu'est-ce donc ? andrea. — Le trésor et la consolation de Rome.
(1) Terme populaire pour désigner la patène, (a) C'est le Canzoniire de Pétrarque qui était le livre de chevet des gens raffluéa.
LA FEMMB DK COUR Iq3
maco. — De quelle manière?
anqrka. — Je vous le dirai demain; puis, nous viendrons à maître Pasquin.
maco. — Qui est ce maître Pasquin ?
andrea. — Un gaillard qui se moque des signors et monsignoris.
maco. <— Quel métier fait-il ?
andrea. — Il travaille à tourner de la poésie. maco. — Anch'io son poeta, en latin et en langue vulgaire; et je sais une belle épigramme à ma louange. andrea. — Qui l'a faite ?
maco. — Un homme de bien.
andrea. — Qui est cet homme de bien ? maco. — C'est moi-même.
andrea. — Ah ! ah I dites donc, que je la veux entendre.
maco. — Banc tua, Pénélope, musam meditans
avenant.
Nil mihi rescribas, nimium ne crede colon'. Cornua cùm lunœ recubans sub tegmine /agi. TiUjre, ta patulœ lento tibi mittit Ulysses. andrea. — A la rue ! à la rue (i) 1 maco. — Pourquoi criez- vous ainsi, accours l'homme f andrea. — Parce qu'un fou héroïque vous les a volés. maco. — Qui est ce fou loïque ?
andrea.— Un homme capable de défier aux canonnades son maître d'hôtel. Poursuivez donc.
maco. — Arma virumque cano, vaccinia nigra le-
[guntur.
Italiamfato, numernm sine viribus uxor.
Omnia vincitamor, nobis ut carmina dicunt. Sylvestrem tenui, et nos cedamus amori.
andrea. — On veut qu'il imprime ces vers avec un titre,àla faconde Bologne; et j'écrirai la vie de l'auteur, qui est bon plaisant.
(i) C'est-à-dire : Au voleur.
L AKET'N
maco. — Ago vobis gralia.
andrea. - Maintenant là-haut, à la maison, que tout s'arrange. Mais où est le valet ? :
mxco. — Le Siennois est an vaurien, et Grilla m homme de bien; or, je veux Grillo et non le Sienaau Entrez.