‹ L'Argent Colloidal dans les Suppurations DentairesChapitre 7 sur 15 · NOTIONS PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

NOTIONS PRELIMINAIRES

La médication par les colloïdes a déjà fait ses preuves depuis longtemps. Introduite en France par NETTER en 1903, elle a suivi dès lors une brillante carrière. Les résultats obtenus par cet éminent clinicien suscitent une série de recherches expérimentales qui aboutissent à cette conclusion ;

« Les colloïdes ou « ferments organiques », sont des stimulants énergiques des moyens de défense de l’organisme ».

La littérature s’est enrichie par la suite de multiples cas de guérison, tant dans les affections médicales que chirurgicales.

Il serait fastidieux et superflu de retracer cet historique trop bien connu.

Nous nous proposons uniquement de montrer les bienfaits de cette thérapeutique dans un cadre très restreint des affections chirurgicales : les suppurations dentaires. C’est pourquoi nous nous bornerons à rappeler brièvement les caractères essentiels des colloïdes, de PElectrargol en particulier, et de leur emploi en chirurgie.

Il faut entendre par solution colloïdale une suspension dans un liquide de granules ultra-microscopiques ne dépassant par 40 »

Les colloïdes, par opposition aux cristalloïdes : ne diffusent pas;

ne traversent pas aisément les membranes, donc ne dialysent pas.

Un schéma très simple et imagé consiste à considérer les particules colloïdales comme des sphères ou « micelles » entourées d’une double couche très mince de charge électrique.

Cette micelle présenterait, outre sa charge électrique, une certaine tension superficielle. Le liquide intermicellaire serait plus ou moins visqueux.

Ces trois facteurs : tension superficielle, charge électrique, viscosité du milieu, interviennent dans toutes les réactions des colloïdes entre eux, telles que : adsorption et floculation.

Or, comme tout tissu animal, protoplasme ou humeurs, est composé de colloïdes, on conçoit que c’est autour de ces propriétés que se jouent les grands phénomènes vitaux : les phénomènes de défense en particulier (STODEL). Aussi, les complexes toxines-antitoxines sont des complexes colloïdaux.

On voit donc le rôle possible de l’introduction de ces agents dans l’organisme. D’autre part on a songé qu’on pourrait allier aux propriétés thérapeutiques de certains métaux les propriétés qui résulteraient de leur réduction à l’état colloïdal. C’est ainsi qu’on a été amenés à préparer l’Argent colloïdal.

On a eu d’abord recours à la méthode chimique de Ca- REY LEA. Elle consiste à mettre en présence des sels d’argent (NO Ag) et des corps susceptibles, par action de double décomposition (citrate de Fe par exemple) d’hydrolyse, de réduction, de saponification, de laisser déposer l’argent. « La condition essentielle de l’obtention de l’état colloïdal est la lenteur soit naturelle, soit artificielle (adjonction de corps visqueux) de ces réactions chimiques (STODEL).

Ce procédé est abandonné parce que le produit ainsi obtenu est chargé d’impuretés. Actuellement, on a recours à la méthode électrique de Bredig. On fait jaillir l'arc voltaïque entre deux électrodes de même métal, Ag par exemple, dans de l’eau distillée. L’étincelle pulvérise l'extrémité de l’un des électrodes, en général la ca-

th

thode, et le liquide se charge de granules ultra microscopiques.

Le produit ainsi obtenu est l’Electrargol. Pour éviter sa précipitation au contact des électrolytes des tissus lors de son introduction dans l'organisme, on lui ajoute de la gélatine, colloïde de même signe électrique, (négatif), mais plus stable, Il est donc stabilisé.Enfin, le Nace à 8 p. mille permet de l’isotoniser.

L’Electrargol stabilisé et isotonisé, titrant 0 g. 40 d’Ag 0/00, est prêt à l’emploi.

Sans rentrer dans d’autres détails d'expériences, nous résumerons ainsi les propriétés de ce produit :

1° L’Electrargol est bactéricide, in vitro et in vivo, expériences de CHARRIN, MoniEr-ViNaRD, Victor HENRI.

2° Il a un pouvoir anti-infectieux; CHIRIÉ, MONIER- VINARD, FoaA et AGAZOTTI.

3° Il augmente le pouvoir phagocytaire; expériences de Bossan et MARCELET.

4° Il détermine une hyperleucocytose; Acxarp, et P. E. WEIL.

5° Il élève la T° et augmente les échanges nutritifs; A. ROBIN, ISCOVESCo.

Cet ensemble de propriétés font de l’Electrargol une précieuse médication dans toutes les infections médicochirurgicales. C’est en effet, contre les affections à pyogènes qu’elle fut d’abord utilisée par CRÉDÉ. Dans la suite, nombre de chirurgiens la mirent en pratique. Nous ne jugeons pas opportun de les citer tous. Rappelons seulement les 18 observations de grandes infections chirurgicales de BAUDET qui accorde à l’Electrargol en injection un rôle très efficace.

Paul DELBET, (1909) dans sa classique « Contribution à l’étude du traitement des septicémies chirurgicales par l'argent colloïdal », apporte d’importantes observations. Il en est de même de Cazin, publiant une centaine de cas de lésions septicémiques abdominales, nécessitant l’opération, et très améliorées par ce traitement (1909).

Pierre DELBET&, traite en 1917, avec de beaux résultats, des blessés de guerre.

Mais ce court aperçu de chirurgie générale semble peut-être éloigné de notre sujet; c’est pourquoi, nous nous hâtons de considérer les affections qui s’en rapprochent le plus, les angines, les abcès périamygdaliens.

Là encore, l’argent colloïdal a été éminement utile. NerrTER et TRIBOULET le considèrent comme le médicament spécifique de l’angine phlegmoneuse.

Bouquer et ROGER, GASTALDI, et surtout DUHAMEL, citent à l’appui, des observations intéressantes. Ce dernier traite avec succès, et sans incision, des phlegmons multiples du pharynx, au moyen d’injections intramusculaires d’Electrargol.

En 1920, ALVAREZ rapporte dans sa thèse 9 cas identiques. Le D’ RaizceT, en 1922, se basant sur l’étude de 16 observations d’angines phlegmoneuses, aboutit à cette conclusion :

« On peut affirñer que l’argent colloïdal permet, souvent, sinon toujours, d'éviter l’ouverture chirurgicale ». Le D' DucHEr-SUCHAUX est un partisan convaincu de cette assertion. De ses 30 observations de phlegmons amygdaliens traités par injections sous-cutanées d’Electrargol, il tire cette remarque : « Si l'injection est faite dès le premier ou le second jour de la maladie, on peut affirmer presque à coup sûr qu’elle tournera court, et qu’elle se terminera par l’avortement de l’abcès en 3 ou 4 jours. Si l'injection est plus tardive, l’évolution continue, mais combien simplifiée. La fièvre fléchit, les douleurs diminuent et l’ouverture spontanée se fait très rapidement, en 3 jours, ordinairement. Depuis 1912, nous n’avons pas eu à inciser un seul phlegmon amygdalien ».

Nous retrouvons aussi, en 1924, deux cas du D' Rosa MIcHELE de mastoiïdites, où l’incision a pu être évitée par cette thérapeutique.

Enfin le D' Lusr au Congrès de la Société Belge d’Oto- Rhino-Laryngologie de 1926, cite 5 cas de mastoïdites

RC ou

grippales traités par l’Electrargol sans recours chirurgical.

Cet aperçu historique nous montre donc que des suppurations locales, telles que : phlegmons amygdaliens, angines graves, mastoïdites, ont été sérieusement améliorés et souvent guéries, sans intervention chirurgicale.

L'ELECTRARGOL DANS LES SUPPURATIONS DENTAIRES

Tout cet historique avait frappé notre Maître le D' Rousseau DECELLE, qui nous a suggéré l’idée d’essayer l’'Electrargol dans les suppurations d’origine dentaire. telles que : ostéophlegmons, adénites géniennes, adénophlegmons, accidents de dents de sagesse, abcès périamygdaliens.

Nous avons constaté d’emblée des résultats intéressants et avons rassemblé 28 observations. Nous devons dire que l'introduction de la thérapeutique par les colloïdes n’est pas une nouveauté en stomatologie. Ainsi, nous avons trouvé dans la littérature, 3 observations de Nivard, de pyorrhées guéries par injections gingivales d’Electrocuprol (1925), 6 observations de TEXIER concernant le traitement de foyers périapicaux par injections locales de colloïdes polyvalents (déc. 1927), 2 observations d’'ANQUETIL, l’une d’infection périapicale, l’autre d’accident de dent de sagesse, traités et guéris par l’Electrargol, en injections locales (1925).

Mais, dans tous ces cas, et nous insistons sur ce point, l’'Electrargol a été utilisé comme fopique. Tel n’est pas le fait de nos observations.

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Avant d'aborder ce chapitre, nous dirons un mot du traitement classique des suppurations d’origine dentaire précédemment citées.

Cette thérapeutique est essentiellement chirurgicale et antiseptique : a) Avulsion de la dent causale, incision vestibulaire ou cutanée, ou de préférence, drainage filiforme, b) lavages de bouche.

Nous pouvons affirmer, d’ores et déjà, que cette thérapeutique classique peut recevoir au moins un précieux secours de l’emploi concomitant de l’Electrargol. Ce dernier agit comme un agent de choc en activant le processus de phagocytose. Dans 4 cas, il a permis d’éviter l’intervention chirurgicale; dans 18 cas, il a hâté l’évolution vers la guérison.

La technique que nous avons suivie consiste en injections intramusculaires d’Electrargol répétées quotidiennement à la dose de 10 cc. jusqu’à concurrence de 50 à 100 c. c. dose globale, que nous n’avons pas eu à dépasser.

Au cours du traitement, nous observons la variation thermique, les fluctuations de la leucocytose et de la formule leucocytaire, ainsi que les modifications de l’état local, et nous n’hésitons pas à recourir au traitement chirurgical (avulsion de la dent causale, incision, drainage filiforme), dès qu’il s’impose.

Comme nous le faisions prévoir, nous divisons nos observations en deux groupes :

Le Groupe I, comprend 4 cas de guérison par lElectrargol seul.

Le Groupe II, comprend 18 cas, où les moyens chirurgicaux ont fortement bénéficié de l’emploi de l’Electrargol, la durée d’évolution ayant été sensiblement abrégée.

GROUPE I : ELECTRARGOL SEUL

OBSERVATION I. — Il s’agit d’un garçon de 10 ans, présentant un adéno-phlegmon sous-maxillaire droit, évoluant depuis 10 jours. Extraction il y a 4 jours d’une dent de lait, très mobile, qui masquait la 2° prémolaire inférieure droite. Depuis la tuméfaction a augmenté.

À son entrée dans le service, le 25 juin, on constate un empâtement volumineux siégeant au-dessous de la branche horizontale du maxillaire inférieur du côté droit, empâtement dur, pas très douloureux avec un point inférieur, plus rouge et presque ramolli. Trismus léger. L’examen dentaire, révélant l'intégrité des dents de ce côté il s’agit dans ce cas d’une infection à point de départ gingival. On institue d’emblée l’électrargol.

Le 25 juin, donc à son entrée dans le service, 1"° injection intra-musculaire de 5 cc. d’électrargol à 17 heures; Température : 37°5. Le lendemain, légère amélioration générale. Il à bien dormi, pas de tempéraure, à 8 h. : 36°8. Localement, la tuméfaction a diminué, le point rouge s’atténue.

Ce même jour, le 26 juin, 2° injection d’électrargol à 10 cc.; à 17-h.°38°.

Le 27 juin, amélioration, 3° injection à 10 cc.

Le 28 juin, amélioration, 4° injection à 10 cc.

Le 29 juin, le malade a bien dormi, plus de trismus, l’adénophlegmon a diminué et devient dur, 5° injection à 10 ce.

Le 30 juin, l’enfant va mieux, ne souffre plus.

Diminution de la tuméfaction qui reste dure. T° 37°, 6° injection d’électrargol à 10 cc.

Lettiurilet/ ons 1063826:

Le 2 juillet, ladénophlegmon s’est presque complètement résorbé, il reste un petit nodule dur et indolent. T° 37°.

Néanmoins, et pour consolider la guérison, on fait le 3, le 4 et le 5, trois autres injections à 10 cc. Les injections ont été durant tout le traitement parfaitement indolores.

Conclusion : Voici un adénophlegmon gros comme une noix, presque fluctuant, évoluant depuis 10 jours, et qui se résorbe en 8 jours, sous l'influence de 7 injections intramusculaires d’électrargol à 10 cc., sans autre thérapeutique.

OBsSERVATION II. — Il s’agit d’un malade âgé de 32 ans, présentant un phlegmon ligneux de la région latérale du cou entre l’angle de la mandibule, et la région mastoïdienne.

Le début remonte à 1 mois, au décours d’une forte angine ayant duré 20 jours, avec température à 38°, 39°5, et asthénie considérable. La tuméfaction croît progressivement, et atteint en 20 à 30 jours, la grosseur d’une amande. T° : 38°. Il consulte

lo

un oto-fhino laryngologiste qui lui recommande l'application d’une pommade. Pas de rémission. En 3 jours, la tuméfaction devient grosse comme une noix, rouge, tendue, très douloureuse, l’ouverture à la peau est imminente.

À l’examen, le 15 mai : rien aux dents, rien à la parotide, On commence les injections d’électrargol. La 1° est de 5 cc.

Le 16 mai, la tuméfaction a un peu cédé. T° 37°.

Les injections sont continuées quotidiennement; au bout de 3 injections : grosse amélioration. Le médecin à qui fut confié le soin de continuer le traitement, le malade ne pouvant venir à l'Hôpital, nous dit que la tuméfaction a littéralement fondu en 3 jours. 11 fit 12 injections d’électrargol à 5 cc. qui amenérent la guérison complète.

Cette rapide évolution s’expliquerait peut-être par les réactions probablement très fortes chez un sujet jeune de constitution robuste.

OBSERVATION IIL — Le malade âgé de 24 ans, présente un ostéophlegmon dû à d, en évolution.

Poussées successives d’ostéopériostite et de fluxion depuis 1 mois, et violentes douleurs accompagnées de trismus, depuis 8 jours.

À Fexamen, le 20 juin, le vestibule est pris entre d, et d, très douloureux. T° : 37°6. 1'° injection d’électrargol à 10 cc. et lavages de bouche.

21 juin, le patient n’a pas pris sa température la veille. Ce matin, 37°. Pas d’amélioration; la tuméfaction semble même augmenter, douleur encore très violente. L’indication d’incision au bistouri semble s'imposer vu les violentes douleurs; on fait cependant la 2° injection d’électrargol de 15 cc.

22 juin, le malade n’a pas pris sa température, a eu très mal dans !a journée du 20 jusqu’à 21 h. A ce moment, brusque sédation des douleurs irradiées. Au matin, grosse amélioration; les douleurs spontanées ont disparu, les douleurs provoquées sont moins vives. 3° injection d’électrargol à 10 cc.

23 juin, le trismus cède encore. On peut mieux examiner. I s’agit bien d’une dent de sagesse en évolution. Pas de carie apparente. 4° injection d’électrargol à 10 cc.

25 juin, on met de l’acide chromique sous le capuchon, la tuméfaction a cédé; plus de douleurs, le malade est quéri en 5 jours, par # injections d’électrargol.

OBSERVATION IV. -— Il s’agit d’un accident d’évolution de dent de sagesse inférieure droite. Dent en malposition. Le début remonte à 4 jours. Douleurs très vives; insomnie, adénite, trismus, T° 38°4,.

Le 13 juin, 1" injection d’électrargol à 10 ce., à 17 h., T° 38°1.

Le 1% juin, T° : 37°7. Le malade va mieux. Le trismus a diminué et l’adénite est moins marquée. 2° injection d’électrargol SRLUICCHE ARTE SR 7x

Observation V. Ostéoph

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