‹ L'argent: comédie en quatre actesChapitre 37 sur 106 · ROUX, LA.URENT, MATHILDE · texte numérisé non relu

ROUX, LA.URENT, MATHILDE

Laurent reste inCerloque. puis il a un geste de resignation — ROUX rentre immediateineut, suivi de Mathllde.

ROUX

Arrive. Nous avons besoin de toi. Je viens de mettre Laurent au courant de la situation.

MATHILDE

Papa est ressorti ?

ROUX. -

Oui.

MATHILDE

T*a-t-il dit ce qu'il etait alle faire chez son notaire?

ROUX

Ah I ma pauvre enfant I II a fait son testament et il a tout donn6 k ta m^re.

MATHILDE, saisie.

Tout?

ROUX

Tout ce dont il peut disposer. Un quart de sa fortune en pleine propriety, un quart eu usufruit.

MATHILDE

II n'a pas fait ^a.

AGTE DEUXliME 79

II I'a fait^ II vient de nous le dire a la minute. D*ailleurs ce n'est pas decela qu'il s*agit pour Tins- . tant.

MATHILDE

De quoi s*agit-il done?

ROUX

De ta mere et de Ternant.

MATHILDE

Ah I •

ROUX

Laurent pense comme moi, que notre dignity nous commande de mettre un terme k un scandale qui n'a que trop dure. Ton p6re doit etre pr^venu.

MATHILDE

Qui, certes, il faut le prevenir.

ROUX

Laurent est d'avis qu'il doit divorcer.

LAURENT, evasif.

Oh! j*ai dit ^a...

ROUX

Vous aviez raison. G'est la seule solution pratique. II faut que Reynard sache qu'on se moque de lui. Seulement la difficulte est de le lui dire.

Qui. Comment le lui dire?

Je ne m'en doute mSme pas. Et puis, il n*en croira rien.

80 L'ARGhNT

ROUX

Nous lui donnerons des preuves.

Quelles preuves?

ROUX

Quelles preuves I Quelles preuves!... Eh bien, les lettres?

Vous en avez ?

ROUX

Non... mais elle doit en avoir, chez elle.

Si vous croyez qu*elle va vous les donner!

ROUX

Les donner? Non... Mais... on pourrait... (a Mathilde.) Sais-tu ot elle les tient?

mathilde.

Elles doivent fitre dans son secretaire. D'ailleurs je ne sais pas si elle en a.

Ot. as-tu trouv6 celle dont tu me parlais tout k rheure?

MATHILDE

Elle avait oubli6 de fermer un tiroir. Je suis entree, par hasard, dans sa chambre, et je I'ai vue.

ROUX

Tu n'as pas pense a regarder s*il y en avait d'autres?

AGT£ DEUXIEME 81

MATHILDE

Non.

ROUX

Facheux, cela. II faudrait s'en assurer... (silence.) S'en assurer... (a Laurent.) N*est-ce pas, Laurent?

Oui... peut-^tre... (a MathUde.) Tu devrais... toi...

MATHILDE

Ah !... non... ?a, non.

ROUX

Gependant, je ne vols pas d'autre moyen...

Non, non, non, non.

ROUX

Si ta mere vient a se douter de quelque chose, et elle est tr^s fine, elled6truira ces lettres... Alors, plus de preuves. Nous ne pourrons jamais persuader a ton p^re qu'elle Ta tromp6.

MATHILDE

Oh 1 je ne me charge pas d'une mission pareille.

Mais...

MATHILDE

Va les prendre, toi.

II est bien plus naturel que ce soit toi qui entres chez maman. Nous lui donnerions I'eveil si elle nous apercevait dans sa chambre, Louis ou moi.

ROUX

Ges lettres en main, nous sommes les maitres de la situation. R^flechis bien, Mathilde, que s*il arrive une catastrophe, si un scandale eclate, si ta m^re est d^shonoi-ee, ce sera par ta faute. Nous pourrions etouffer Taffaire, la regler entre nous, sans bruit.

Oui... cela vaudrait bien mieux.

MATHILDE-

Eh bien, ecoutez, je vais voir mon confesseur.

ROUX. '

Je m*y oppose; ne mettons pas un tiers dans nos affaires.

MATHILDE

L'abb6 Gamier est discret. Puis je ne nommerai personne.

ROUX

Non... non... non...

Pourquoi consulter ton confesseur ? 11 n'y a pas \k un cas de conscience.

ROUX

D*ailleurs, rien ne prouve que tu trouveras ces lettres.

G*est vrai, maman pent n*en pas avoir.

ROUX

Et il est absolument necessaire que nous soyons

AGTE DEUXIJ^ME 83

fixes R-dessus. (Aprfes un silence.) Allons, c'est convenu, tu es decidee ?

MATHILDE, hesitante.

Decidee!... decid6e !...

ROUX

II le faut, ma ch^rie. Tu penses bien que je n'insisterais pas aupr^s de toi, comme je le fais, si j'entrevoyais un autre moyen de nous procurer ces lettres. Mais il n*y en a pas. II faut absolument que tu te devoues.

MATHILDE, apr^s un silence.

Si c'est indispensable...

ROUX

G'est indispensable.

MATHILDE

Alors... dans ce cas... et puisque vous le voulez tons les deux...

Nous t'en prions.

MATHILDE

Moi, je ne fais que suivre vosconseils... Je... verrai ces lettres.

LAURENT et ROUX.

Ah! - ■

Quand ?

MATHILDE

Qa, jen'ensaisrien... II faut me donnerdu temps.. Que je trouve une occasion favorable.

Nous avons int6r6t k 6tre fix^s au plus vite.

MATHILDE

Oh ! je me haterai le plus que je pourrai. Maintenant je rentre chez moi, il est inutile que Ton nous trouve tons les trois ensemble. (EUe remonte.) Au revoir.

ROUX, Tembrassant.

Tu es une gentille petite femme, et je n'oublierai pas ton d6vouement.

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