ROUX, LA.URENT, MATHILDE
Laurent reste inCerloque. puis il a un geste de resignation — ROUX rentre immediateineut, suivi de Mathllde.
ROUX
Arrive. Nous avons besoin de toi. Je viens de mettre Laurent au courant de la situation.
MATHILDE
Papa est ressorti ?
ROUX. -
Oui.
MATHILDE
T*a-t-il dit ce qu'il etait alle faire chez son notaire?
ROUX
Ah I ma pauvre enfant I II a fait son testament et il a tout donn6 k ta m^re.
MATHILDE, saisie.
Tout?
ROUX
Tout ce dont il peut disposer. Un quart de sa fortune en pleine propriety, un quart eu usufruit.
MATHILDE
II n'a pas fait ^a.
AGTE DEUXliME 79
II I'a fait^ II vient de nous le dire a la minute. D*ailleurs ce n'est pas decela qu'il s*agit pour Tins- . tant.
MATHILDE
De quoi s*agit-il done?
ROUX
De ta mere et de Ternant.
MATHILDE
Ah I •
ROUX
Laurent pense comme moi, que notre dignity nous commande de mettre un terme k un scandale qui n'a que trop dure. Ton p6re doit etre pr^venu.
MATHILDE
Qui, certes, il faut le prevenir.
ROUX
Laurent est d'avis qu'il doit divorcer.
LAURENT, evasif.
Oh! j*ai dit ^a...
ROUX
Vous aviez raison. G'est la seule solution pratique. II faut que Reynard sache qu'on se moque de lui. Seulement la difficulte est de le lui dire.
Qui. Comment le lui dire?
Je ne m'en doute mSme pas. Et puis, il n*en croira rien.
80 L'ARGhNT
ROUX
Nous lui donnerons des preuves.
Quelles preuves?
ROUX
Quelles preuves I Quelles preuves!... Eh bien, les lettres?
Vous en avez ?
ROUX
Non... mais elle doit en avoir, chez elle.
Si vous croyez qu*elle va vous les donner!
ROUX
Les donner? Non... Mais... on pourrait... (a Mathilde.) Sais-tu ot elle les tient?
mathilde.
Elles doivent fitre dans son secretaire. D'ailleurs je ne sais pas si elle en a.
Ot. as-tu trouv6 celle dont tu me parlais tout k rheure?
MATHILDE
Elle avait oubli6 de fermer un tiroir. Je suis entree, par hasard, dans sa chambre, et je I'ai vue.
ROUX
Tu n'as pas pense a regarder s*il y en avait d'autres?
AGT£ DEUXIEME 81
MATHILDE
Non.
ROUX
Facheux, cela. II faudrait s'en assurer... (silence.) S'en assurer... (a Laurent.) N*est-ce pas, Laurent?
Oui... peut-^tre... (a MathUde.) Tu devrais... toi...
MATHILDE
Ah !... non... ?a, non.
ROUX
Gependant, je ne vols pas d'autre moyen...
Non, non, non, non.
ROUX
Si ta mere vient a se douter de quelque chose, et elle est tr^s fine, elled6truira ces lettres... Alors, plus de preuves. Nous ne pourrons jamais persuader a ton p^re qu'elle Ta tromp6.
MATHILDE
Oh 1 je ne me charge pas d'une mission pareille.
Mais...
MATHILDE
Va les prendre, toi.
II est bien plus naturel que ce soit toi qui entres chez maman. Nous lui donnerions I'eveil si elle nous apercevait dans sa chambre, Louis ou moi.
ROUX
Ges lettres en main, nous sommes les maitres de la situation. R^flechis bien, Mathilde, que s*il arrive une catastrophe, si un scandale eclate, si ta m^re est d^shonoi-ee, ce sera par ta faute. Nous pourrions etouffer Taffaire, la regler entre nous, sans bruit.
Oui... cela vaudrait bien mieux.
MATHILDE-
Eh bien, ecoutez, je vais voir mon confesseur.
ROUX. '
Je m*y oppose; ne mettons pas un tiers dans nos affaires.
MATHILDE
L'abb6 Gamier est discret. Puis je ne nommerai personne.
ROUX
Non... non... non...
Pourquoi consulter ton confesseur ? 11 n'y a pas \k un cas de conscience.
ROUX
D*ailleurs, rien ne prouve que tu trouveras ces lettres.
G*est vrai, maman pent n*en pas avoir.
ROUX
Et il est absolument necessaire que nous soyons
AGTE DEUXIJ^ME 83
fixes R-dessus. (Aprfes un silence.) Allons, c'est convenu, tu es decidee ?
MATHILDE, hesitante.
Decidee!... decid6e !...
ROUX
II le faut, ma ch^rie. Tu penses bien que je n'insisterais pas aupr^s de toi, comme je le fais, si j'entrevoyais un autre moyen de nous procurer ces lettres. Mais il n*y en a pas. II faut absolument que tu te devoues.
MATHILDE, apr^s un silence.
Si c'est indispensable...
ROUX
G'est indispensable.
MATHILDE
Alors... dans ce cas... et puisque vous le voulez tons les deux...
Nous t'en prions.
MATHILDE
Moi, je ne fais que suivre vosconseils... Je... verrai ces lettres.
LAURENT et ROUX.
Ah! - ■
Quand ?
MATHILDE
Qa, jen'ensaisrien... II faut me donnerdu temps.. Que je trouve une occasion favorable.
Nous avons int6r6t k 6tre fix^s au plus vite.
MATHILDE
Oh ! je me haterai le plus que je pourrai. Maintenant je rentre chez moi, il est inutile que Ton nous trouve tons les trois ensemble. (EUe remonte.) Au revoir.
ROUX, Tembrassant.
Tu es une gentille petite femme, et je n'oublierai pas ton d6vouement.