‹ L'argent: comédie en quatre actesChapitre 40 sur 106 · SCENE II LAURENT, ROUX, puis MADAME REYNARD · texte numérisé non relu

SCENE II LAURENT, ROUX, puis MADAME REYNARD

LAURENT, a Roux, qui est entr6.

Vous rentrez?

ROUX

Je viens de I'usine... chercher un papier...

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Mon p^re est R-bas ?

ROUX

Oui.

LAURENT, apr^s un silence.

Rien de pouveau?

ROUX, ^vitant de r^pondre.

Pour...?

Eh Men... pour ce que vous savez.

ROUX, 6va8if« Non... rien.

Quand vous d6ciderez-vous k le pr6venir ?

ROUX

Je guette une occasion favorable.

Vous avez toujours les lettres?

Elles sont Ik, dans mon portefeuille. Rien ne presse encore.

Ne croyez-vous pas cependant qu'il serait bon d'en finir.

ROUX

En pareiile mati^re la h§,te ne vaut rien. Nous pourrions tout g^ter par notre precipitation. D'ail-

leurs, je ne tarderai pas k m'expliquer avec mon beau-pere.

Vous avez eu, tous les deux, un entretien fort long, hier au soir?

ROUX

G'etait au sujet de la machine que nous avons fait installer k I'usine et qui fonctionne mal. Tout en causant, je lui ai lance deux ou trois pointes. II semble ne pas comprendre.

Et ma mere? EUe ne salt rien? .

ROUX

Parbleul

LAURENT, hesitant.

Vous... avez cause... avee elle... hier.,.

Non. (Mouvement de Laurent.) Ah ! si un moment... (pause.) Le cas echeant, ne vous chargeriez-vous pas de voir Reynard vous-meme, et de...

Ah I non... non. J'en serais incapable. Vous m'avez demand^ mon avis, je vous Tai donn6.

N'exigez pas autre chose de moi.

ROUX

Oui... et mSme, a la reflexion, j'ai trouve votre avis par trop radical. Votre ra6re»est coupabl^, sans doute, mais il est de notre devoir d'attenuer autant que nous le pouvons, le chatiment qu'elle a merite. Et puis, faire divorcer vos parents serait

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un remade peut-^tre pire que le mal. Evitons le scandale. II nous ferait le plus gran4 tort. II faut laver son linge sale en famllle.

Alors... Que comptez-vous faire?

ROUX

Tout dependra des circonstances. En tout cas voas etes bien decide, vous, k ne rien dire a votre pere ?

Oh ! tr^s decide.

Au fait, vous avez raison. Laissez-moi manoeuvrer soul.

Madame Reynard est entree par le fond.

MADAME REYNARD

Ouf ! J*ai fini mes visites. (Laurent et Roux, interloqu6s, se separent.) Qu'est-ce que vous avez ?

ROUX

Nous ?

MADAME REYNARD

On dirait que vous complotiez quelque chose ?

ROUX

Quelle plaisanterie !

MADAME REYNARD

Mathilde n'est pas rentree ?

ROUX

Je ne I'ai pas vue.

MADAME REYNARD

Rile devait venir me prendre chez ma couturidre. Ellem*afait croquer le marmot une demi-heare, et elle n'est pas venue, (a Laurent qui remonte.) Oii vas-tu ?

LAURENT, embarrass^.

Je... vais... chercher la Gazette.,,

MADAME REYNARD

Ton p^re doit Tavoir.

Non... il Ta perdue, je crois...

II sort.

SCfiNE III MADAME REYNARD, ROUX.

MADAME REYNARD

Qu'a-t-il encore, celui-14?

ROUX

Je n'en sais rien.

MADArME REYNARD.

Je le trouve tout chose depuis deux ou trois jours. II ne desserre pas les dents.

ROUX

G'est une id6e que vous vous faites. Vous allez vous d^shabiller?

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Oui.

ROUX

Vous ne ressortez pas alors?

« MADAME REYNARD

Non. Pourquoi? Vous aviez quelque chose k me dire?

ROUX, evasif.

Oh ! non... non...

MADAME REYNARD

Quoi, voyons ?

ROUX

G*est une simple question que je veux vous poser.

MADAME REYNARD, enlevant son manteau.

Posez-la...

ROUX

Vous savez qu'on a vendu hier, pour un mor-.

ceau de pain la raffinerie Maurel. En admettant que nous en trouvions tine, dans de pareilles conditions, seriez-vous d'avis de I'acheter ?

MADAME REYNARD

Je ne m*occupe pas de la fabrique.

ROUX

Maintenant .. sans doute... Mais si vous possediez un jour cette fortune que voire mari vous laisse...

G'est vous qui aurez la fabrique, je ne m'en occuperai pas davantage.

ROUX

Oh ! pardon... pardon... Je ne pourrai rienfaire sans vous, et precisement, je veux savoir des aujourd'hiti, si vous consentirez a m'aider un peu.

MADAME REYNARD

Comment cela ?

ROUX

Dame ! Jen'auraipasd'argent, moi,puisquevous I'aurez tout. Pour certains projets que j'ai expo* ses a Laurent deux ou trois cent mille francs nie seraient n^cessaires. •Gonsentirez-vous k me ies avancer a ce moment ?

MADAME REYNARD

Moi?

ROUX

Prendre comme commanditaire un etranger est toujoursdangereux; tandis que vous, aucontraire..

MADAME REYNARD

Non... hon... non... Je n'entends pas aventurer ma fortune.

ROUX

Oh I belle-maman... Vous n*auriez pas confiance en moi ?

Si fait, mais je redoute Ies emb^teme^ts.

ROUX

Vous n'en auriez pas.; et je vous servirais de gros inter^ts,

MADAME REYNARD

Votre combinaison ne me dit rien. Vous retrou-

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verez ma fortune plus tard. Vons en disposerez comme bon vous semblera.

ROUX

II faudra que je la partage avec votre fils. Ma part sera encore tr op faible pour me.permettre de brasser de grosses affaires.

MADAME REYNARD

Vous vous entendrez avec Laurent.

Roax.

Laurent... Laurent... 11 aura vite mange ce qui lui reviendra.

MADAME REYNARD

Tant pis pour lui. Qa le regarde.

ROUX

Gela vous regarde un peu aussi. Votre fortilne est k vous. Vous devez desirer qu'on en fasse le meilleur usage possible. Vous avez deux enfants, et puisque la loi vous laisse la libre disposition d'un tiers...

MADAME REYNARD

Ehbien?

ROUX

Vous pouvez... donner ce tiers... a quelqu'un.

MADAME REYNARD

Pourquoi desheriterais-je mon filsV

ROUX

Qui parle de le desheriter ? Une cetitaine de mille francs nele rendront pas plus riche. Monte Carlo et ses amis du cercle, en profiteront seuls. Puis, il est gargon, il n'a pas d'enfants...

MADAME REYNARD

Vous non plus,

ROUX

Laurent n'est pas mari6. Je le suis. Je puis en avoir... m^me, si j*6tais stir de poss6der un jour une somme un peurondelette...dame! Vous seriez peut- 6tre bientdt grand'm^re.

MADAME REYNARD

Et si Laurent se marie a son tour?

ROUX

Oh ! ga...

Enfln, quoi I c'est possible. Et s*il a des enfants ? Ge sont eux que j'aurais voles... Heih?

ROUX, avec une colore concentre e.

Bref, vous ne voulez rien faire pour moi ? G*est parfait... parfait... Au revoir, belle-mam an.

MADAME REYNiRD, etonil6e.

Quoi? quoi?

ROUX

Ainsi, j'aurais seul travaille dans la maison... et je n'en serais pas recompense? Ah I on me salt jolimentgr6 de toute la besogne que j'abats. Onprend rint6r6t de ceux qui font lesbons apdtres et qui t&chent de vous frapper dans le dos. Enfin quoi qu*il arrive maintenant, jen*aurai rien ^ mereprochor. AUons, au revoir, belle-maman, au revoi '.

II sort par la droite, premier plan, en faisi^nt claqner la porte. Madame Reynard reste stup^faite, puis elle hausse les ^paules* Elle sonne.

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