SCENE II LAURENT, ROUX, puis MADAME REYNARD
LAURENT, a Roux, qui est entr6.
Vous rentrez?
ROUX
Je viens de I'usine... chercher un papier...
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Mon p^re est R-bas ?
ROUX
Oui.
LAURENT, apr^s un silence.
Rien de pouveau?
ROUX, ^vitant de r^pondre.
Pour...?
Eh Men... pour ce que vous savez.
ROUX, 6va8if« Non... rien.
Quand vous d6ciderez-vous k le pr6venir ?
ROUX
Je guette une occasion favorable.
Vous avez toujours les lettres?
Elles sont Ik, dans mon portefeuille. Rien ne presse encore.
Ne croyez-vous pas cependant qu'il serait bon d'en finir.
ROUX
En pareiile mati^re la h§,te ne vaut rien. Nous pourrions tout g^ter par notre precipitation. D'ail-
leurs, je ne tarderai pas k m'expliquer avec mon beau-pere.
Vous avez eu, tous les deux, un entretien fort long, hier au soir?
ROUX
G'etait au sujet de la machine que nous avons fait installer k I'usine et qui fonctionne mal. Tout en causant, je lui ai lance deux ou trois pointes. II semble ne pas comprendre.
Et ma mere? EUe ne salt rien? .
ROUX
Parbleul
LAURENT, hesitant.
Vous... avez cause... avee elle... hier.,.
Non. (Mouvement de Laurent.) Ah ! si un moment... (pause.) Le cas echeant, ne vous chargeriez-vous pas de voir Reynard vous-meme, et de...
Ah I non... non. J'en serais incapable. Vous m'avez demand^ mon avis, je vous Tai donn6.
N'exigez pas autre chose de moi.
ROUX
Oui... et mSme, a la reflexion, j'ai trouve votre avis par trop radical. Votre ra6re»est coupabl^, sans doute, mais il est de notre devoir d'attenuer autant que nous le pouvons, le chatiment qu'elle a merite. Et puis, faire divorcer vos parents serait
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un remade peut-^tre pire que le mal. Evitons le scandale. II nous ferait le plus gran4 tort. II faut laver son linge sale en famllle.
Alors... Que comptez-vous faire?
ROUX
Tout dependra des circonstances. En tout cas voas etes bien decide, vous, k ne rien dire a votre pere ?
Oh ! tr^s decide.
Au fait, vous avez raison. Laissez-moi manoeuvrer soul.
Madame Reynard est entree par le fond.
MADAME REYNARD
Ouf ! J*ai fini mes visites. (Laurent et Roux, interloqu6s, se separent.) Qu'est-ce que vous avez ?
ROUX
Nous ?
MADAME REYNARD
On dirait que vous complotiez quelque chose ?
ROUX
Quelle plaisanterie !
MADAME REYNARD
Mathilde n'est pas rentree ?
ROUX
Je ne I'ai pas vue.
MADAME REYNARD
Rile devait venir me prendre chez ma couturidre. Ellem*afait croquer le marmot une demi-heare, et elle n'est pas venue, (a Laurent qui remonte.) Oii vas-tu ?
LAURENT, embarrass^.
Je... vais... chercher la Gazette.,,
MADAME REYNARD
Ton p^re doit Tavoir.
Non... il Ta perdue, je crois...
II sort.
SCfiNE III MADAME REYNARD, ROUX.
MADAME REYNARD
Qu'a-t-il encore, celui-14?
ROUX
Je n'en sais rien.
MADArME REYNARD.
Je le trouve tout chose depuis deux ou trois jours. II ne desserre pas les dents.
ROUX
G'est une id6e que vous vous faites. Vous allez vous d^shabiller?
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Oui.
ROUX
Vous ne ressortez pas alors?
« MADAME REYNARD
Non. Pourquoi? Vous aviez quelque chose k me dire?
ROUX, evasif.
Oh ! non... non...
MADAME REYNARD
Quoi, voyons ?
ROUX
G*est une simple question que je veux vous poser.
MADAME REYNARD, enlevant son manteau.
Posez-la...
ROUX
Vous savez qu'on a vendu hier, pour un mor-.
ceau de pain la raffinerie Maurel. En admettant que nous en trouvions tine, dans de pareilles conditions, seriez-vous d'avis de I'acheter ?
MADAME REYNARD
Je ne m*occupe pas de la fabrique.
ROUX
Maintenant .. sans doute... Mais si vous possediez un jour cette fortune que voire mari vous laisse...
G'est vous qui aurez la fabrique, je ne m'en occuperai pas davantage.
ROUX
Oh ! pardon... pardon... Je ne pourrai rienfaire sans vous, et precisement, je veux savoir des aujourd'hiti, si vous consentirez a m'aider un peu.
MADAME REYNARD
Comment cela ?
ROUX
Dame ! Jen'auraipasd'argent, moi,puisquevous I'aurez tout. Pour certains projets que j'ai expo* ses a Laurent deux ou trois cent mille francs nie seraient n^cessaires. •Gonsentirez-vous k me ies avancer a ce moment ?
MADAME REYNARD
Moi?
ROUX
Prendre comme commanditaire un etranger est toujoursdangereux; tandis que vous, aucontraire..
MADAME REYNARD
Non... hon... non... Je n'entends pas aventurer ma fortune.
ROUX
Oh I belle-maman... Vous n*auriez pas confiance en moi ?
Si fait, mais je redoute Ies emb^teme^ts.
ROUX
Vous n'en auriez pas.; et je vous servirais de gros inter^ts,
MADAME REYNARD
Votre combinaison ne me dit rien. Vous retrou-
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verez ma fortune plus tard. Vons en disposerez comme bon vous semblera.
ROUX
II faudra que je la partage avec votre fils. Ma part sera encore tr op faible pour me.permettre de brasser de grosses affaires.
MADAME REYNARD
Vous vous entendrez avec Laurent.
Roax.
Laurent... Laurent... 11 aura vite mange ce qui lui reviendra.
MADAME REYNARD
Tant pis pour lui. Qa le regarde.
ROUX
Gela vous regarde un peu aussi. Votre fortilne est k vous. Vous devez desirer qu'on en fasse le meilleur usage possible. Vous avez deux enfants, et puisque la loi vous laisse la libre disposition d'un tiers...
MADAME REYNARD
Ehbien?
ROUX
Vous pouvez... donner ce tiers... a quelqu'un.
MADAME REYNARD
Pourquoi desheriterais-je mon filsV
ROUX
Qui parle de le desheriter ? Une cetitaine de mille francs nele rendront pas plus riche. Monte Carlo et ses amis du cercle, en profiteront seuls. Puis, il est gargon, il n'a pas d'enfants...
MADAME REYNARD
Vous non plus,
ROUX
Laurent n'est pas mari6. Je le suis. Je puis en avoir... m^me, si j*6tais stir de poss6der un jour une somme un peurondelette...dame! Vous seriez peut- 6tre bientdt grand'm^re.
MADAME REYNARD
Et si Laurent se marie a son tour?
ROUX
Oh ! ga...
Enfln, quoi I c'est possible. Et s*il a des enfants ? Ge sont eux que j'aurais voles... Heih?
ROUX, avec une colore concentre e.
Bref, vous ne voulez rien faire pour moi ? G*est parfait... parfait... Au revoir, belle-mam an.
MADAME REYNiRD, etonil6e.
Quoi? quoi?
ROUX
Ainsi, j'aurais seul travaille dans la maison... et je n'en serais pas recompense? Ah I on me salt jolimentgr6 de toute la besogne que j'abats. Onprend rint6r6t de ceux qui font lesbons apdtres et qui t&chent de vous frapper dans le dos. Enfin quoi qu*il arrive maintenant, jen*aurai rien ^ mereprochor. AUons, au revoir, belle-maman, au revoi '.
II sort par la droite, premier plan, en faisi^nt claqner la porte. Madame Reynard reste stup^faite, puis elle hausse les ^paules* Elle sonne.
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