AGTE TR0ISI£:ME
MADAME ROGER
Noil.
RENfi.
Ah 1 oui... la depSche..,
POURNIER.
Vous allez recevoir une d^pdche... Ah I ahl... de Paris... que nous vous avons exp6di6e... on voulaitvous envoyer faire un petit voyage... ah ! ahl... Au fait, vous ne savez pas la nouvelle... EUe est morte !
Qui?
Manon I Elle!
FOURNIER et REN£.
ROGER, saisi.
MADAME ROGER
Oui, mon ami.
POURNIER.
Je suis arriv6 chez elle pour lui voir tourner rcBiL
ROGER
La malheureuse I
RENfi.
Te voili tranquille!
ALPHONSINE, remontant.
E1; sans scrupules. Ouf ! Je vais me d6shabiller maintenant...
Elle sort.
FOURNIER, frappant sur I'^paule de Roger.
Eh bien, comptiez-vous sur une solution si prompte?
8i LE BIEN D'AUTRUI
ren£.
Pas moi.
FOURNIBR.
Avec vos sacr6es id^es, vous m*avez fait passer une vilaine apr^s-midi. J'avais si bien dejeun^I
MARIE
La fortune est a nous^ bien k nous, cette fois.
MADAME ROGER
Oh I oui.
ROGER
Ah 5a, vous files tous fous, je pense ?
ren£.
Hein?
FOURNIER
Quoi encore ?
ROGER, a Fournier.
Voyons, vous le savez bien, vous que cette fortune n'est pas k moi et que je ne peux pas lagarder.
MARIE
Comment I Elle ne nous revient done pas de droit maintenant?
L^galement ? Non.
Qa n'est pas possible.
ren£.
Get argent appartenait k Manon et nous ne sommes pas les hfiritiers de cette fille. Mais enfin si la lettre de la loi est contre nous, le bon sens...
ROGER
II n'y a pas que la loi contre nous, 11 y a 1*6-
AGTE TROISlilME 85
quits. Ges deux heures, je viens de les passer a re- {Idchir. J*ai envisage notre situation sous toutes ses faces, examine toutes les hypothSses, mSme la mort de cette filie, et toujours, toujours, j'en suis arrive a cette conclusion, que cet argent ne m*ayant pas 6t6 l§gu6 4 moi, je ne pouvais pas y toucher. (Protestations.) Puisquemon cousin nem*apas nommS clans son testament, c*est qu'il avait Pintention de me d6sh6riter, k cause de notre brouille peut-etre. S'il etlt pu prSvoir que Manon ne profiteralt pas de sa Iib6rajit6, c'est en faveur d'une autre qu'il etlt tests et mon devoir...
( TOUS
Ah I... non... G*est impossible... Quel devoir I... C'est absurde... InsensS.
MADAME ROGER
Tu n'as de devoirs envers personne maintenant.
ROGER
Si... Envers moi.
Mais a qui restituerez-vous tous vos biens ?
ren£.
Manon n*a ni parents, ni hSritiers.
MADAME ROGER
G'Stait une enfant trouvee.
ROGER
Eh ! les prendra qui voudra.
RBNJg.
G'est absurde.
MARIE
PSre, tu n'y penses pas.
LE BIBN D'AUTRUI
FOUBNIER, laa br» au Ah nont...Voil£i le banquet... Ah I ^a... ^a... ^a. Savez-Yous qui s'appropriera Totre argent? Dites.. Le savez-vouB ?... L'&tat, oui, I'Etat,
BOOEB.
Qu'il le prenne.
Madame Roger aott en coarant pour rattraper Alphonsioe. FOURNIBR.
C'est de la ddmence I de la dSmence ! de la d^ mence I
UARIE,
II serait ai simple de le garder puisque nous na fr as Irons person ne.
RBHfi.
Evidemmaut.
MARIE
Vols d'abord Alphonsine... Elle veut causer aveo toi.
Pere, je t'en prie, je t'en supplie... II faut... Ecoute-moi... Tu m'y obliges... Je...
FOORNIBR.
Uue minute 1 Mais laisaez-noua, vous autres. Ge que j'ai k dire & M, Boger ne doit Stre entendu que
par lui. (Ren^ M Maris ae regacdent aurpcis.) Laissez-
iioua.
Ita Borlent.
AGTE TR0ISIE:ME 87
SCfiNE IV
ROGER, JB^OURNIER, puis ALPHONSINE.
Quoi?
FOUUNIER.
Ainsi votre partf est pris, vous allez ben6volement vous d^pouiller de votre fortune ?
ROGER
Oui. Ni la mis6re, ni le travail ne me font peur.
FOURNIER
Une question. Que ferez-vous ensuite?
ROGER
Je reprendrai ma place k Tusine Dirsher.
FOURNIER
Parfait! J'attendais la reponse. Ehbien, 6coutezmoi. Tant que vous gardiez cette place par n^cessite, je n'avais ni observations k vous faire, ni conseils k vous donner. Je vous aurais vainement alarme. Mais aujourd'huije mereprOcheraiscomme un crime de ne pas vous pr6venir de votre etat. Tout travail doit vous Sire interdit. Rester devant votre bureau de huit heures du matin a huit heures du soir, aligner des chiffres, faire de la correspondance, est au-dessus de'vos forces, (oestes de Roger. — Net.) G'est votre mort dans six mois ou un an, Ik. Je suis brutal. Vous m'y foreez.
ROGER, haussant les (^paules.
Si VOUS croyez m'eflfrayer, comme un enfant, par de pareilles menaces !
FOURNIER
Vous en riez ? Eh bien, je vous donne ma parole d'honneur, ma pa-ro-le d*hon-neur qu*elles sont s6rieuses. Vous 6tes atteint d*anemie cer6brale. II y a deux ans d6ja, je vous preserivais un repos absolu.Depuis le mal a empir6. Un travail absorbant et continu vous ach^vera.
ROGER, chancelant.
Ah!
FOURNIER, so voyant palir, s'approche vivementde lui.
Ah I diable, je r^ponds de vous, k la condition que vous vous soigniez...Il faut vivre animalement de la vie des plantes et des b^tes... sans fatiguer votre cerveau. (pause.) Songez a Tirr^parable catastrophe que serait votre mort, a la situation lamentable ou se trouveraient madame Roger, vos filles, votre fils. Vous les laisseriez sans un marav^dis. Et vous n'avez mSme pas la ressource de vous assurer sur la vie : aucune compagnie ne consentirait k courir les risques que vous offrez en ce moment.
ROGER, assisj trouhl<5, a mi-voix.
Que fairs alors ?
FOURNIER) le pressant trfes vivementj pench6 vers lui.
Eh I gardez cet argent qui vous appartient, qui est v6tre. Le donner a TEtat, serait un acte de folie, et si inutile ! S'il s'agissait de quelques centaines de millions, encore pourriez-vous esperer rendre service a la patrie... Mais 630.000 francs ! autant porter une goutte d'eau a la mer, un grain de sable au desert.
ROGER, d6jK)le.
Ah I cette journee...
AGTE TROISIEME 89
FOURNIER
D^truisez ce testament, brtilez-le. Que craignez- V0U8 en sorame? Hors votre famille, personne n'en soupQonne Texistence. Et vous ne doutez ni de la discretion de vos enfants, ni de la mienne.
ROGER
Ah I Tout se sait un jour.
FOURNIER
Puisque nous nous tairons.
ROGER
Vous me mepriseriez.
FOURNIER
D'avoir fait notre bonheur k tons? Pour quels ingrats nous prenez-vous?
ROGER
Je me mepriserais moi-meme. Ma vie serait empoisonnee par le remords.
FOURNIER
Le remords? G'est un mot. D'ailleurs de quel remords seriez-vous tourment6? Je fais appel a votre raison. On ne doit prendre, dans la vie, que des decisions sens6es et pratiques, sans s'embarrasser de vains scrupules. Le plus grand bien pour tous, voil^ ma devise. Je vous le demande, ne vaut-il pas mieux disposer de votre fortune en faveur d*une famille honn^te, la v6tre, ou encore, la repandre en bienfaits, selon vos propres projets, sur une multitude de cr^ve-la-faim que de vous en depouiller sans profit pour personne? II n'y a pas un homme a votre place qui hesiterait a la garder.
ROGER
Je ne suis pas pareil k tous les autres.
FOUflNIER.
Dites-le, dites-le done tout de suite que vous
voulez vous singulariser, quo c'est Torgueil qui vous travaille! Il^duire femme et enfants §. la misere, qu'importe! pourvu que vous puissiez faire una chose que personne n*a jamais faite, pourvu qu*on se retourne sur voire passage, dans la rue, en disant : « Gelui-la est un honn^te hommel » Eh bien, vous vous trompe;8; on haussera les 6paules, en disant : <( c'est un imbecile », et on aura raison.
ROGER, obstine.
Get argent ne m'appartient pas.
FOURNIER
Mais qui spoliez-vous? Qui?
ROGER, mdme jeu.
Get argent ne m'appartient pas.
FOURNIER, hors de lui.
Mais pourquoi, mulet que vous ^tes ? Oti puisezvous cette assurance? Dans votre cceur? Dans votre esprit? Dans la morale? Qb, serait trop b^te. La morale est instable. Ge qui vous parait bon, me par ait injuste. Ge qui est vrai aujourd'hui, est faux domain. Dans un texte ? Dans une loi? Mais les lois... on les refait tons les dix ans... II n'y en a pas d'6ternelles.
ROGER
Si. « Tu ne prendras pas le bien d'autrui. » Get argent ne m'appartient pas. Mon cousin I'avait donn6 k sa maftresse.
FOURNIER
Yoilk ce qui est immoral et scandaleux.
ROGER
Peut-Stre! Mais pour rSparer la mauvaise action d'un autre, je n'en commettrai pas une k mon tour. II n'est permis a personne d'enfreindre les lois, d'entrer dans la pens^e des morts, et de disposer
▲ GTE TROISIEME 91
du bien d'autrui. Si une fois, une seule, je transigeais avec ma conscience, je serais un homme perdu. Et je ne me perdrais pas seul, car Texemple est contagieux.
FOURNIER
Moquez-vous done des autres. L'linivers n'a pas les yeux fix6s sur nous.
ROQEK.
Et mon fils ? Je fais un sacrifice; il ne sera pas inutile; Ren6 ne Toubliera jamais.
FOURNIER
Ah ! fichtre, non, il ne Toubliera pas.
Oui. Je vous entends. II pourra s'en irriter d'abord, mais plus tard, sur le point de commettre une raauvaise action, Texemple de son pore, le retiendrait, sans doute.
FOURNIER
Eh bien, non, non, non, vous n'avez pas le droit, au nom de je ne sais quel vague ideal d'honn^tete, de bouleverser I'existence de cinq ou six personnes, et de me jeter, moi, dans le plus cruel de tous les emb arras.
ROQER.
Vous?
FOURNIER
Que vais-je repondre k Jossot? II nous est impossible d'acheter T^tablissement dont il parle! Voila une occasion superbe, unique, que nous allons manquer par votre faute.
ROGER
Vous en trouverez une nouvelle*
02 LR BIEH D'AUTRUI
FOURNIER
OCi? Quand? Et si noua la trouviona, comment en pro&ter sans argent? Je me vols condama6 d. ud labeuF acliarnS de sept ou htiit ans pour Scononiiser la somme qu'il me faut, et je vols aussi, d'autresprojets, plus chers, iad§finimeat ujournds.
Quels projeta?
FOURNIEB.
Parbleul mon mariage... dont yous ne paraissez gu^re vous soucier. Mais tous ne pensez qu'a vous, (Avec dodaiu.) ii votre piobit6, dans toute catte aSaire.
ItOQER.
Je ne comprends pas vos paroles... ou plutAt, je Grains de les comprendre trop... Votre amour pour ma flile, ne vous attirait pas soul ioi.
FOURNIBH, avec bautaur.
Ah I je ne vous permets pas de suspectcr mes sentimental Je ne me pique pas d'accompllr des actions h6rofques moi, maisje liens les engagements pris. Je ne veux pas d'Squivoque entre nous. G'est i vous seul que votre fille devra s'en prendre du retard apporte a notre mariage.
ROGER
Et ii son manque de fortune peut-dtre.
FOURHIBB.
Sa fortune? Je m'en moque. Si je voulais 6pouser une jeune fille riche, je la trouverais demain, demain m ' en tend ez- vous? Ge n'fitait pas pour vivre aux croctiets de ma femmo que je demandais une dot. Vous cannaissezl'usagequejevoulaisenfaire.