CATHERINE, ABEL
Catherine, bien mise, bien coifTée, comme les dames de ma^ gasiii, est assise contre 1 1 table, pelotonne de la laine ; et Ab3], son fils, garçon d*une quinzaine d'année «, en blouse grise, ceinturon, Tuni forme des écoles chrétiennes, lui tient un éch?veau.
CATHBRINE.
Lèv? un peu plus la main gauche. Bon I...OÙ en étions-nous, Abel ?
ABEL
Je te racontais que les frères jouent avec leurs élèves, pendant les récréations.
CATHERINE
Aux barres ? à la balle ?
ABEL
A tous les jeux.
Dis donc, mais ils ont des robes, les frères ! Ça doit les gêner pour courir.
ABEL
Non, maman. Il y en a même un, le frère Théodore, si tu le voyais ! Je galope vite, du moins on prétend que je galope vite à la pension, eh bien, en trois enjambées, il est derrière mon dos.
CATHERINE
Je le connais?
ABEL
Peut-être.
La pendule sonne.
CATHERINE
Déjà huit heures et demie? Hop I rends-moi mon écheveau et mettons la table.
ABEL, aidant sa mère à déplier la nappe.
Je suis content de prendre du thé ce soir, et de rentrer une heure plus tard que d'habitude.
CATHERINE
Et moi très satisfaite que tu sois content, Abel.
AGTB PRBMIER
ABEL
Le supérieur n'a pas été trop chien, quand tu lui as demandé?...
CATHERINE
Si, d*abord; mais à la réflexion, parce que tu es un élève modèle, il s'est laissé attendrir. Donne les tasses.
ABEL, obéissant.
On sera sept ?
CATHERINE
Oui, sept. Toi, moi, monsieur Lafontas notre locataire, et quatre amis à lui, ses associés, les messieurs Davannes.
ABEL
Il est comme il faut, monsieur Lafontas.
CATHERINE, souriant.
Tu Tas remarqué ?
ABEL
Tiens !
CATHERINE
Voyez-vous cela!
Un court silence, durant lequel Catherine remonte la lampe de la suspension.
ABEL
Qu'est-ce qu'il fait, monsieur Lafontas, pour avoir besoin d'associés ?
CATHERINE
Il est à la Bourse.
4 L ARGKNT D AUTRUI
ABEL
A la Bourse?... Et il gagne de Targent?
CATHERINE
Je le suppose.
ABEL
En ce cas, pourquoi n'a-t-il qu'une petite chambre, là-haut?
CATHERINE, un peu gênée, après un bref regard à son fils.
Dame ! sans doute que la maison lui plaît. Je ne sais pas, moi ! Dans les affaires, avant de gaspiller, on réfléchit au lendemain. (Prenant un couteau, puis le déposant sur la table.) Le sucre, Abel.
ABEL
Voici.
Les cuillères.
Elle les place. Un court silence.
ABEL
Quels gâteaux y aura-t-il?
CATHERINE
Une brioche et des éclairs. J'ai pensé à toi.
ABEL
C'est très bon, les éclairs. (Se postant les mains an dos ; tandis que sa mère va chercher des liqueurs sur le bifTet.) Maman.
CATHERINE
J'écoute.