ACTE TROISIÈME
ABEL
Vous appelez ça être assez bons diables, vous I Sapristi I je vous trouve difficile.
PIERRE
C'est que j'ai certaines choses à pardonner.
ABEL
A vos frères?
PIERRE
Oui. Leur première intention, il y a un an, quand ils renoncèrent à la coulisse pour entrer ici, quand s'est rompu le contrat Davannes-Lafontas, leur première intention a été de me renvoyer à Genève. (Abel rit malgré lui de Tintenlion.) Il n'y a pas de quoi rire!... Mon brave, tu ne sais rien fiche, prétendirent-ils, tu n'as même pas su devenir un Monsieur ; si nous te gardions auprès de nous, à l'un, à l'autre, tu occasionnerais une foule de contrariétés, voilà donc ce que nous te proposons: cent cinquante francs par mois I mais tu vas retourner en Suisse.
ABEL
Et puis?
PIERRE
Bernique ! pas un radis de plus. J'avais accepté d'abord, parce que... la colère I parce que les cent cinquante francs eussent été autant de moins pour eux. Toutefois, h la réflexion, je me suis dit: pas de çal ils ont des places, faut que j'en aie une, histoire de surveiller le magot que nous avons gagné ensemble. Et je me suis fâché, saperlipopette! Et je leur ai prqmis que s'ils ne m'arrangeaient pas un coin tranquille, au fond de leur nouvelle boîte, je
viendrais les y embêter. Ils ont eu peur ; Guillaume a déclaré qu'il n'y aurait aucune humiliation à soutenir un proche parent dans la débine, et... saluez, jeune homme.
ABELl
Vos frères avaient des torts, ils les ont reconnus... £h I bien, ils me semblent très gentils.
PIERRE
Je ne leur en veux pas. Seulement, au lieu de me calfeutrer du matin au soir, s'ils m'avaient ofl'ert une position active, l'uniforme de la banque, le chapeau à cornes, un porte-feuille...
ABEL
Comment, vous ambitionnez d*ôtre garçon de caisse, vous, un employé!
PIERRE
L'uniforme I jeune homme, il n'y a que l'uniforme ! à cause des dames.