ACTE QUATRIÈME
Je suis heureux de te rencontrer... pour t'offrir mes excuses.
BI3RTIN.
Tiens !
LAFONTAS.
De plates excuses.
BERTIN
Soit !
Un silence embarrassé.
LAFONTAS.
Comment es-tu ici ?
BERTIN
Par curiosité.
LAFONTAS.
Oh! Toriginal personnage, qui vient à la Bourse par curiosité! J'y tremble d*ômotion, moi.
BERTIN
Tu n'en as pas l'air.
LAFONTAS.
C'est que je suis heureux de te voir ! Bis repetita placent.
En effet, tu me tutoies aujourd'hui.
LAFONTAS.
On ne s'était pas tutoyé, lorsque...
BERTIN
Non. Il est môme difficile d'être... anglais comme tu le fus vis-à-vis Georges et ton serviteur, cet après-midi-là.
LAFONTAS.
J'avais la fièvre... (Avec uneeffasion vraie.) Ah ! mon vieux Berlin I... Mais oui, je t'assure, ta vue me réchauffe, me ramène au bon temps. Voyons I donne-moi une poignée de main, une franche, une solide, pareille à celle qu'on échangeait au retour des vacances, Jadis.
BERTIN, lui donnaat la main.
Va pour la poignée de main !
LAFONTAS.
Si tu savais combien je me moque de la Bourse, et des gens de Bourse, au fond !
Il y a de quoi.
LAFONTAS.
Et si tu connaissais nos jalousies, nos haines !
BERTIN
Dans les arts, c'est la môme chose.
LAFONTAS.
Tant que la banque catholique a été prospère, pas de courbettes, pas de génuflexions, pas de sou» rires dont je ne fusse la cible. Mais, à présent...
BERTIN
Alors, n'est-ce pas, tu t'es dit : mieux vaut encore Bertin que ces louches cocos ?
LAFONTAS.
Es-tu ombrageux donc !
ACTB QUATRIÈME 123
BBRTIN.
Oui, mais point rancunier, je m'en flatte.
LAPONTAS.
Prouve-le. Qu'est-ce que tu avais Tintentiofi de faire, ce soir ?
BERTIN
D'échouer en une brasserie, comme d'habitudev et de vomir le talent des autres.
LAFONTAS.
Eh! bien, dînons ensemble.
BERTIN
Oïl te retrouverai-je ?
LAFONTAS.
Ne me quitte pas. Inutile de se quitter.
BERTIN
C'est que... de deux à sept, je vais te désillusionner sur mon compte.
LAFONTAS.
Bah ! mon vieux. Sitôt la Bourse close, nous fllons à la Banque. J'ai des cigares dans mon bureau; tu me permets d'expédier quelques aflaires; ma femme vient nous prendre; et, vers six heures au plus tard, je suis à toi, prêt à t'offrir une mixture apéritive, puis des mets extra-succulents.
1'' COURTIER, s*approchant de Lafontas et lui montrant sa cote.
Trois cent, monsieur. J'en reste épouvanté.
LAFONTAS.
Diable !
Le courtier disparaît.
BERTIN
Ça ne se relève pas, hein ?
LAFONTAS.
Non.
Un court silence.
BERTIN
Tu perds beaucoup ?
LAFONTAS.
Moi? pas un centime.
BERTIN
Hé ! alors, il ne faut point t'attrister, mon camarade.
LAFONTAS.
Je ne suis pas triste. J'écoute seulement, et mes nerfs se glacent... comme s'il allait m'arriver quelque chose .
BERTIN
Que veux-tu qu'il t'arrive ?
N'importe ! cela m'irait ass9z de rentrer chez moi.
BERTIN
Rentrons.
LAFONTAS.
Impossible! (Un court silence) Dis donc... tu ne