RÉSUMÉ
Total de l'actif 391 157 525
— du passif 330 092 754
Solde en faveur du pays.'. 61 064 771
En définitive, il résulte de ce calcul que le bilan général du pays se soldera pour Tannée courante par un excédent d'environ 61 millions de piastres or. ou 305 millions de francs.
Ce chiffre représentera-t-il l'épargne faite en un an par le peuple argentin dans ses relations avec le capital et avec le commerce étrangers? Il est bien difficile de le savoir exactement, car, comme nous
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avons eu déjà l'occasion de le dire, il existe des facteurs qui échappent à tout calcul. Cependant, si nous consultons le taux des changes internationaux, c'està-dire cet élément d'appréciation qui sert de baromètre pour connaître l'état économique d'un pays, nous avons tout lieu de croire que nos appréciations se rapprochent de la réalité.
« Le fait que tous les changes internationaux sont en faveur de l'Argentine, disait récemment l'ancien Ministre J.-J. Romero, est une preuve palpable que la valeur des produits argentins vendus sur les marchés étrangers a été supérieure à celle des consommations. Dans le mot « consommations », il faut comprendre non seulement la valeur des articles importés, mais encore tout ce que le pays paye pour le service des dettes, les bénéfices des entreprises étrangères et la rémunération des capitaux employés dans toutes sortes d'exploitations. Ces soldes ayant été constamment favorables au pays, les marchés étrangers ont eu à nous payer leur montant en effectif, et, sous nos yeux, existent les quantités d'or arrivées en Argentine, durant les trois dernières années \ » C'est ainsi que, du 1 er Septembre 1904 au 31 Août 1905, il a été dirigé vers le Rio de la Plata 6 339 003 livres sterling, sous la forme d'envois d'or expédiés de l'étranger, soit 158 millions de francs.
A ces soldes qui s'incorporent chaque année à l'avoir de la Nation, il faut encore ajouter, bien que ce ne soit là pour le bilan de l'Argentine qu'un profit temporaire, les nouveaux capitaux que les entreprises de chemins de fer, ports, tramways, mines, etc., ne
1 . Apuntes de un proyecto de ley sobre la conversion de la deuda externa de la Nation, par J.-J. Romero, publiés dans le journal La Nation du 27 Mai 1905.
cessent d'apporter dans le pays. Un membre du Parlement les estimait, il y a peu de temps, à 75 millions de piastres or 1 . Il y a donc là encore un élément important, qui, dans les années que nous traversons, vient augmenter l'actif national.
Dans la mise en valeur de l'Argentine, nous venons de voir quel a été le rôle du capital étranger et quelle influence il a exercé sur le développement du pays. Il s'est employé sous les formes les plus diverses, dans les emprunts d'États, dans les chemins de fer, dans toutes les branches de l'industrie. C'est lui quia fait les ports et les voies ferrées, c'est-à-dire les principaux facteurs de la prospérité économique; c'est lui aussi qui, par ses compagnies de navigation, met l'Argentine en rapports avec tous les pays consommateurs de ses produits.
Cependant, nous plaçant au point de vue des lois d'évolution qui président aux destinées des peuples, nous devons convenir qu'étant donnée la prospérité actuelle du pays, l'intervention du capital étranger dans le mouvement des affaires de la République Argentine doit aller s'amoindrissant chaque jour, au fur et à mesure que se forme le capital national, comme cela est arrivé aux États-Unis et dans tous les États qui marchent à la tête du progrès. Mais le terme de ce mouvement économique est encore bien éloigné, et jusqu'à ce que ce jour arrive, le capital étranger peut en toute sécurité continuer à intervenir dans la construction des chemins de fer et des ports, dans la navigation et les travaux publics, comme aussi dans les industries naissantes tendant à exploiter la richesse minière du pays.
1. Discours prononcé au Sénat argentin, le 20 Juin 1905, par le sénateur Manuel Lainez.
Nécessité de comparaisons internationales avec le Chili, le Brésil, le Mexique, pour montrer le rang qu'occupe l'Argentine parmi les Etats de l'Amérique latine. — Opinion de l'économiste chilien Valdès Yergara. — Comparaison au point de vue des productions. — Situation privilégiée de l'Argentine en raison de ses exportations agricoles et comparaison avec les autres pays. — Chiffres comparatifs des importations, des recettes et dépenses budgétaires et de la dette publique.
Dans l'ensemble, cette comparaison fait ressortir la situation privilégiée de l'Argentine et ses remarquables progrès.
Nous venons de présenter la situation économique et financière de la République Argentine et de montrer l'avenir qui lui est réservée, si elle développe les richesses latentes dont la nature Ta dotée, et si elle peut conserver Tordre et la paix, éléments aussi indispensables que ceux d'ordre physique, pour activer son progrès. Mais ce livre serait incomplet s'il n'indiquait pas la place qu'occupe l'Argentine, tant dans l'ordre économique que dans l'ordre financier et politique, comparativement aux principales nations de l'Amérique du Sud et même à la République du Mexique. Cette comparaison nous a paru nécessaire avant d'arriver à un jugement définitif donnant à
l'Argentine le premier rang parmi les États sud-américains.
On pourra nous objecter, il est vrai, que ce travail fait par nous n'offre pas des garanties suffisantes d'impartialité, n'ayant pas étudié avec un égal intérêt la situation des autres Républiques latines. Aussi, pour éviter tout soupçon, devons-nous placer cette comparaison sous la protection de quelque autorité scientifique respectable, et c'est ce que nous ferons avec l'aide d'un éminent économiste chilien, M. Valdès Vergara, qui appartient à une nation que Ton ne saurait considérer comme une admiratrice servile de l'Argentine.
M. Valdès Vergara, dans le compte-rendu que, en sa qualité de Surintendant des Douanes, il présenta au Gouvernement du Chili, le 30 Juin 1902, a fait les appréciations suivantes sur le sujet qui nous occupe :
« Notre vie nationale (il s'agit du Chili) est fondée sur des assises précaires, qui s'affaiblissent avec les années, et doivent fatalement finir par être détruites dans un délai dont la durée diminue à mesure qu'augmentent la quantité de salpêtre exporté et l'impôt que les consommateurs étrangers payent à notre Trésor. Par contre, d'autres peuples américains, obligés de travailler non seulement pour satisfaire les nécessités individuelles, mais aussi pour faire face à la totalité des dépenses de l'Administration publique, ont réussi à fonder leur existence sur une base définitive en utilisant des sources inépuisables de richesses, qui ouvrent des horizons illimités à leur progrès.
« La République Argentine obtient de ses terres de culture et de ses champs d'élevage des produits d'ex-
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portation qui, en 1903, valent cinq fois plus que le salpêtre exporté par le Chili. Ses habitants payent au Gouvernement national, aux Gouvernements provinciaux et aux Municipalités des impôts qui, convertis en notre monnaie d'or, dépassent 225 millions de piastres. Comme on pourrait croire que ces contributions accablent le peuple et lui imposent de dures privations, il est bon de faire remarquer que cette République,avec sa population calculée à 4500 000 habitants, consomme en marchandises de provenance étrangère, pour une valeur de plus de 300 millions de piastres de notre monnaie d'or (chilienne). La consommation populaire qui a le plus d'importance, celle des tissus de coton, est arrivée, en 1901, à 47 millions de piastres.
La population du Chili, calculée à 3 millions 1/2 d'habitants , consomme approximativement pour 130 millions de marchandises importées, desquelles 22 millions de piastres correspondent aux tissus de coton, et ne payent pour tout impôt que 30 millions à TÉtat et 10 aux Municipalités. Il n'y a donc pas de doute que le peuple argentin est plus riche et gagne de plus forts salaires que le peuple chilien, puisque le fruit de son travail lui permet de payer des tributs qui seraient exorbitants pour nous, et, en même temps, de satisfaire amplement à toutes ses nécessités.
« Le Mexique, dirigé avec une grande prudence par un Gouvernement qui s'attache surtout à la conservation de l'ordre et au développement économique de la République, a couvert de chemins de fer son vaste territoire, a compensé par l'exportation du cuivre, de l'or et des fibres textiles, la perte que la baisse de l'argent lui a fait subir, et a établi avec succès, entre autres industries, celle du fer, qui fournit des rails
pour tous les chemins de fer mexicains, et celle des tissus de coton, qui produit suffisamment pour la consommation nationale et l'exporta tion. L'année dernière, il y eut en activité 125 fabriques de tissus qui consommèrent 30 000 tonnes de coton et fournirent du travail à 27 750 ouvriers.
« Le régime tributaire du Mexique est organisé de manière à répartir les impôts avec la plus grande facilité. Son budget de dépenses est un modèle pour tous les peuples de l'Amérique latine par son esprit de méthode, par la sévère économie avec laquelle il fait face à tous les services de l'Administration fédérale et par l'équilibre maintenu entre le budget des recettes et celui des dépenses.
« Le Brésil possède d'immenses richesses grâce à ses produits de la zone tropicale. Ses exportations de café, de caoutchouc, de sucre, de tabac, de maté, de cacao et de coton atteignirent, en 1901, 500 millions de piastres de notre monnaie d'or. Ces produits ne payent pas de droits d'exportation au Gouvernement fédéral; mais quelques-uns sont soumis à des impôts par les Gouvernements des États.
« Le tarif brésilien des droits d'importation est très élevé. En 1901, les marchandises importées, pour une valeur de 19762 758 livres sterling, en laissant de côté la monnaie du pays, ont payé 10634000 livres sterling de droits, ce qui équivaut à 53,8 p. 100. La même année, les importations totales fournirent une contribution de 19 p. 100 au Chili, de 28,27 p. 100 à 1' Argentine, de 17,3 p. 100 au Mexique. Les industries protégées au Brésil par le tarif douanier payent des impôts intérieurs de consommation sur la fabrication. Il y a, en plus, d'autres contributions sur la consommation, le revenu, la propriété, etc. Le rende-
ment des impôts intérieurs de consommation s'est élevé en 1901 à 66 millions 1/2 de piastres papiermonnaie, ou 3324500 livres sterling. »
M. Valdès Vergara passe ensuite à l'étude comparative de la valeur de l'exportation du Chili, de Y Argentine, du Mexique et du Brésil, et trouve que celle du premier de ces pays monte à 12891000 livres sterling; celle du second à 33757 300, soit 3 fois plus ; celle du troisième à 14 076 900 et celle du dernier à 40 675 100 livres.
Comme les chiffres de l'exportation reflètent les tendances ou les manifestations de la production et du travail national, il convient de se rendre compte de la manière dont se décomposent les chiffres de chacune des nations qui servent de points de comparaison au statisticien chilien.
En faisant cette analyse, on voit que la plus grande partie de l'exportation du Chili est composée de produits minéraux, qui représentent, à eux seuls, plus de 92,6 p. 100 de toute l'exportation. Dans la République Argentine, la presque totalité de l'exportation est formée par les produits de l'élevage et de l'agriculture. Au Mexique, les produits minéraux constituent, comme au Chili, la partie la plus importante des exportations, soit 59,8 p. 100 du total, mais avec cette différence que la République Mexicaine présente sur la République Andine la supériorité de l'exportation des produits végétaux, lesquels figurent, dans le premier de ces pays, pour 32,8 p. 100, et les produits animaux pour 7,4 p. 100,
Le Brésil, qui est la contrée la plus peuplée, et celle qui présente, comme produits exportés, le chiffre le plus important, a, comme principale source d'exportation, les produits végétaux, qui forment 94,9 p. 100
du total, et sont composés presque exclusivement par le café et le caoutchouc, représentant, l'un 62,4 p. 100 et l'autre 22,3 p. 100 de la valeur de l'exportation totale. Ensuite figurent les produits de l'élevage, représentant 3,2 p. 100 et ceux des mines 1,9 p. 100.
On peut voir ainsi, par cette comparaison, que des quatre nations citées, celle qui offre la production la plus solide, quant au présent, et la plus susceptible de développement, quant à l'avenir, c'est la République Argentine. Elle exporte des viandes, des laines, des cuirs, des céréales, c'est-à-dire les articles les plus indispensables à l'alimentation et au vêtement d'une partie de l'humanité, articles au sujet desquels il n'y a pas lieu de craindre que la consommation disparaisse des marchés étrangers, pas plus que l'on ne peut supposer que la production se ralentisse, vu l'étendue et la fertilité de son sol. Au contraire, tout permet d'espérer que la production ira en augmentant, au fur et à mesure de l'accroissement de la population, de la multiplication des centres d'élevage et de la mise en culture de nouvelles zones dans ce vaste pays.
Il n'en est pas de même au Chili, dont l'exportation est constituée, presque exclusivement, par des produits du règne minéral comme le salpêtre, de consommation et de production limitées et exposés à disparaître dans un temps plus ou moins éloigné. Sur ce dernier point, qui revêt une importance capitale pour l'avenir économique du Chili, l'éminent pubiieiste Valdès Vergara disait, en 1893, dans un livre intitulé : « La situation économique et financière du Chili », ce qui suit :
« Admettons donc que la durée du salpêtre sera de trente à quarante ans : trente ou quarante ans
l'argentine AU XX e 8, 27
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sont, pour un enfant, aussi longs qu'un siècle; pour un homme qui mesure le temps que lui-même a vécu, un espace assez court; pour un peuple qui a devant lui des siècles d'existence, ils passent aussi rapidement qu'une seule année. Quinze ans se sont écoulés depuis le jour où commença la guerre qui nous donna, avec le territoire de Tarapacâ, le revenu du salpêtre, et cela semble l'histoire d'hier. Beaucoup de ceux qui prirent part à la lutte n'ont même pas vieilli. Trente années de plus passeront avec la même rapidité, et, alors, ceux d'entre nous qui survivront à l'épuisement du salpêtre et à l'appauvrissement final, se demanderont, étonnés, comment il a été possible que les Gouvernements du Chili, avec une imprévoyance inexcusable, aient gaspillé tant de millions, condamnant ainsi le pays à un avenir sans issue *. »
En ce qui concerne le Brésil, dont l'exportation est constituée principalement par le café, qui absorbe 62 p. 100 du total, il n'offre pas non plus la merveilleuse faculté d'expansion de la production argentine, parce que le produit brésilien possède un débouché plus limité. Il doit compter avec la concurrence que lui font d'autres pays tropicaux, ce qui détermine quelquefois des crises économiques profondes, comme celle qu'a subie le Brésil en ces dernières années, et dont il n'est pas encore complètement rétabli.
Dans la République Argentine, il est bien difficile qu'une crise de cette nature se produise pour la même
1. Ces chiffres ne sauraient être considérés comme définitif^, car on a découvert en ces dernières années de nouveaux gisements, qui permettent d'assigner, à l'heure actuelle, â près de cent années la durée d'exploitation des richesses en nitrates reconnues dans le pays.
COMPARAISONS INTERNATIONALES 4i9
cause, parce que les viandes, les laines et les céréales qu'elle exporte sont des articles dont on ne peut se passer, et dont la consommation va toujours en augmentant, comme le prouve ce fait qu'en 1904 — trois ans après qu'eut paru le travail de M. Valdès Vergara — l'exportation argentine a représenté une valeur de 264 millions de piastres or contre 167 millions de piastres en 1901, année qui avait servi de base aux calculs du savant statisticien. Cette élasticité de la puissance économique argentine est ce qui constitue sa plus grande force.
Comme l'expérience le prouve, le montant global des importations doit toujours être en relation avec celui des exportations, puisque c'est avec les soldes favorables produits par ces dernières que, généralement, les pays prélèvent leur consommation et le service des capitaux étrangers engagés dans des entreprises industrielles et commerciales. Nous disons en générai, parce qu'il arrive quelquefois que les nations qui ont un déficit dans leur inventaire commercial, y remédient avec le revenu de leurs propres capitaux placés à l'extérieur, ou, quand ceux-ci n'existent pas, avec des emprunts ou des dettes qu'elles contractent.
Si nous analysons maintenant le montant des importations du Chili, de la Répubtique Argentine, du Mexique et du Brésil, nous trouvons que celles de la première de ces nations sont représentées par 10 millions de livres sterling, ou 263 millions de francs, celles de la seconde par 23 millions de livres ou 586 millions de francs, celles de la troisième par 13 millions de livres ou 329 millions de francs, et celles de la quatrième par 21 millions de livres ou 528 millions de francs. Il suffit de la simple exposi-
tion de cette progression pour se rendre compte que la nation qui consomme le plus est aussi celle qui produit le plus. La République Argentine dépasse les autres pays par le montant de l'importation et ceci est une conséquence logique de la répartition de la richesse sur son sol, et de la rapidité avec laquelle se développe l'exportation.
il est, de plus, nécessaire de tenir compte de la composition de la population, pour expliquer ce fait, qui semble à première vue incompréhensible, que le Brésil, avec une population de plus du double de celle de l'Argentine, n'a qu'une consommation moindre 1 . La population du Brésil est formée, pour plus de la moitié, de gens de la classe pauvre, qui ne consomment que très peu d'articles de fabrication européenne, tandis que, dans l'Argentine, la population est plus homogène et tend, au contraire, à se procurer tout ce qui constitue le bien-être et le confort de la vie européenne.
Si, après cet examen des chiffres correspondant à l'exportation et à l'importation, nous passons à l'analyse de ceux qui marquent les revenus de chaque pays, nous voyons qu'en 1903, le Chili a encaissé, sous différentes formes, 7197100 livres sterling ou 181366920 francs; la République Argentine, 14867500 livres sterling ou 374661000 francs; le Mexique, 5608800 livres sterling ou 141341760 francs, et le Brésil, 16967500 livres sterling ou 427581000 francs.
En décomposant les recettes qui figurent dans les budgets respectifs de chaque nation, on observe qu'au
1. Selon le recensement du 31 décembre 1890, le Brésil avait 14 millions d'habitants. (Almanach de Gotha pour 1905.)
Chili ce sont les droits d'exportation perçus sur le nitrate qui fournissent les plus fortes recettes, soit 50,5 p. 100. Les droits d'importation viennent ensuite avec 29,2 p. 100, et, en troisième lieu, les impôts intérieurs, qui, au Chili, retombent presque exclusivement sur la consommation de l'alcool, avec 1,8 p. 100.
Un autre appoint important dans les recettes du fisc au Chili est formé par les services fiscaux, c'est-à-dire le produit d'entreprises du domaine industriel de la Nation, tels que les chemins de fer, les postes et télégraphes, etc. Ils ont produit 2235000 livres ou 56322000 francs; mais ces ressources, pour la plus grande partie, ne figurent qu'à seule fin d'établir la comptabilité. Les chemins de fer, par exemple, dont la recette est évaluée à 16 millions de piastres, ont une contre-partie au budget des dépenses pour une même somme, destinée aux frais d'exploitation des voies ferrées.
Dans la République Argentine, la principale des recettes de la Nation est constituée par les droits d'importation, qui contribuèrent, en 1903, pour 52,9 p. 100 dans les recettes totales. La productivité de ce revenu est en relation directe avec le degré de bien-être et de prospérité du pays, lequel dépend, à son tour, principalement du résultat des récoltes agricoles et des produits de l'élevage. Dans ces dernières années, ce revenu a eu une élasticité qui a surpris tout le monde, conséquence de l'excellente situation générale.
Les impôts sur les articles de consommation intérieure, créés en 1891, donnèrent en 1903 une somme de 3955000 livres sterling ou 99666000 francs, ce qui représente 26,6p. lOOdes entrées générales. Dans
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ce total, Hmpôt sur l'alcool figure pour 13 millions de piastres; celui sur le tabac et les cigares pour 11 millions, l'impôt sur les allumettes pour 2 200 000 et celui sur le vin pour 3 750000 piastres. On voit, par ces renseignements, que la supériorité du régime des revenus de Y Argentine provient de ce qu'il est basé sur la consommation, qui croît avec la population et avec la richesse.
De même que dans l'Argentine, le tableau des revenus du Mexique est formé presque exclusivement par les droits d'importation et les impôts intérieurs de consommation, qui, en 1903, donnèrent respectivement 44,3 p. 100 et 43,5 p. 100 des recettes générales.
Les États-Unis du Brésil eurent, en 1903, une recette de 16967 500 livres sterling ou 427 581000 francs, desquels 10 634 000 livres sterling ou 267 976 800 francs sont constitués par les droits d'importation et 3 324 500 livres sterling ou 83 777 400 francs par les impôts qui grèvent la consommation intérieure.
Envisageant maintenant sous une autre face la vie financière des quatre nations en question, il nous reste à voir quel emploi donnent ces États aux sommes élevées qu'ils perçoivent comme impôts ou contributions diverses; ceci nous apprendra, mieux que n'importe quelle autre démonstration, si le pays dont nous analysons les dépenses se trouve dans une situation "normale au point de vue administratif et financier, ou si, au contraire, il risque d'être arrêté dans son développement par le poids d'une machine administrative imparfaite et défectueuse, par des dépenses stériles et sans profit, ou par une dette publique supérieure aux ressources dont il peut disposer.
Naturellement, nous ne chercherons pas, dans cette étude, à établir la comparaison des dépenses par tête d'habitant de chacune des quatre nations, parce que nous croyons que, autant pour mesurer le poids de la dette publique que pour se rendre compte de celui des charges fiscales, la comparaison par tête d'habitant est une légende qui a fait son temps, comme Ta démontré M. Alfred Neymarck, au sujet de la dette publique :
« Nous savons bien, dit cet économiste, que cette méthode est presque traditionnelle dans un grand nombre de statistiques françaises et étrangères, mais elle nous a toujours paru défectueuse, incomplète et inexacte et ne doit être acceptée que sous réserves. Un pays, avec une faible dette, peut être très malheureux, très pauvre et ne posséder que des revenus limités. Un autre, au contraire, avec une dette publique considérable (un budget élevé, ajoutonsnous) peut être riche, prospère, disposer de grandes ressources, de revenus importants et acquitter facilement de lourds impôts. Ce pays, en apparence le plus endetté, offrira des garanties plus sérieuses parce que la productivité de son travail et ses bénéfices seront plus grands '. »
Les budgets des dépenses pour 1903, du Chili, de la République Argentine, du Mexique et du Brésil se sont élevés, respectivement, à 7 221 910 livres sterling ou 181 992 132 francs; 14 788 374 livres sterling ou 372 667 024 francs; 5 583 904 livres sterling ou 140 714380 francs; et 16 892643 livres sterling ou 425 694 603 francs. Examinons maintenant comment
1. Voyez Les cours et la capitalisation des fonds d'État; La légende de la dette « par tête d'habitant », par Alfred Neymarck, Paris, 1904.
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se décomposent ces dépenses dans leurs grandes lignes.
Dans les charges qui incombent au Ministère de l'Intérieur, de même que pour celles du Ministère des Relations extérieures, on note peu de différences dans le Budget des quatre nations ; mais dans celles relatives au fonctionnement de la justice, on observe de notables variations qui, à notre avis, sont plutôt le résultat de l'organisation intérieure du pays que l'indice de différences fondamentales.
Ainsi, le Chili emploie pour ce dernier objet une somme de 329 100 livres sterling ou 8 293 320 francs ; la République Argentine, 380586 livres sterling ou 9 590 767 francs ; le Mexique, 144 920 livres sterling ou 3 651 984 francs, et le Brésil, seulement 70276 livres sterling ou 1 770955 francs. Nous voulons croire que ce chiffre réduit provient de ce que la majeure partie des dépenses qu'exige l'administration de la justice au Brésil figure au Budget de chaque État.
Ce que nous disons de la justice s'applique aussi à l'instruction publique, parce qu'on ne peut expliquer d'une autre façon que le Brésil, qui a un Budget de presque 17 millions de livres sterling, ne dépense que 197 189 livres sterling pour un service d'un but si élevé et d'un intérêt primordial pour le développement d'une nation, alors que le Mexique avec un budget inférieur, de 5 1/2 millions de livres sterling, consacre à cet objet 220 525 livres sterling, la République Argentine, avec un budget de 15 millions de livres sterling, une somme de 768 000 livres sterling, et le Chili, 705 573 livres sterling, sur un chiffre total de dépenses de 7 221 910 livres sterling.
Le montant de la dette publique que M. Valdès Vergara attribue à chaque nation est très différent,
et, de plus, il a subi en ces dernières années de notables variations. Ainsi, le Chili accuse un montant de 25 200 000 livres sterling, y comprise la dette extérieure (19550000 livres sterling), la dette intérieure (25 437000 piastres) et 50 millions de papier-monnaie. Pour la République Argentine le chiffre de la dette atteint 120 millions de livres; dans ces calculs, la dette extérieure est comprise pour 80 millions de livres sterling, mais, aujourd'hui, on sait qu'elle est moindre, son chiffre n'étant plus que de 72 619 000 livres sterling. Quant à la dette intérieure, qui figure pour 155 millions de piastres papier, elle n'est aujourd'hui que de 91 millions.
De tous les pays américains, le Mexique est, après le Chili, celui qui, sous ce point de vue, se trouve en meilleure situation, car le montant de sa dette publique arrive à peine au chiffre de 35 millions de livres sterling. Le Brésil apparaît avec 101 millions de livres sterling, soit un peu moins que Y Argentine; mais, pour cette dernière, les chiffres ayant été considérablement réduits, le Brésil se trouve être actuellement, à ce point de vue, moins favorisé que la République voisine.
Par ces diverses comparaisons, qu'il serait facile détendre encore sur un plus grand nombre de points, en arrivant aux mêmes conclusions, on a pu constater que V Argentine n'avait rien à redouter d'un rapprochement entre les chiffres résumant sa situation et ceux fournis par les autres Républiques de l'Amérique du Sud. C'est là un argument de fait à l'appui de tout ce que nous avons déjà dit sur la prospérité actuelle de la République Argentine et son brillant avenir. Dans cette course au progrès entre les
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quatre nations latines, c'est elle qui commence à se détacher du groupe, dépassant de beaucoup le Chili, le Mexique et disputant au Brésil le premier rang au point de vue de l'importance commerciale. Ce qui lui constitue, en tout cas, dès l'heure présente, une incontestable supériorité, c'est la rapidité même de ses progrès, qui l'ont portée en peu d'années à lune des places les plus en vue parmi les grands marchés du monde.