LE PAYS DE L'EAU ET DES ETANGS
Abondamment arrosés, les plateaux gaizeux constituent cependant une zone relativement sèche, qui résulte de la facile infiltration des eaux de pluie dans la pierre morte poreuse. Il y a donc, à ce sujet, une certaine analogie entre les hauteurs de l'Argonne d'une part, les craies et les calcaires perméables qui les encadrent d'autre part. En cela, la région diffère de la Champagne humide dont elle fait partie. Elle lui ressemble néanmoins, car les affouillements de l'érosion ont atteint, presque partout, sinon le niveau foncièrement imperméable de l'albien, du moins les couches profondes du verlancier avec lesquelles la rétention augmente. Aux vastes affleurements du gault dans le Bas-Pays où le ruissellement prédomine, où se multiplient les étangs, où le chevelu des ruisseaux abonde, il convient de rattacher le réservoir de la base des gaizes. Dans ces fonds, plus encore qu'à Givry ou à Triaucourt, règne l'humidité. L'eau jaillit en de nombreuses étoiles, ici alignées, là superposées. La nappe phréatique la plus importante, celle de qui dépend l'essentiel du système hydrographique, se situe aussi au contact du verlancier et de l'albien, dans les dépôts argileux. D'un point à un autre son altitude peut être assez différente : il arrive même que des forages exécutés dans le gault soient moins intéressants que ceux pratiqués dans le verlancier. Pour expliquer l'alimentation des affluents de la rive gauche de l'Aisne et de la rive droite de l'Aire, il faut également tenir compte des nappes secondaires que nous avons signalées, à l'ouest, dans la craie marneuse et les sables verts supérieurs, à l'est dans les sables verts inférieurs et dans les marnes kiméridgiennes.
De l'opposition entre les milieux sec et humide, le second encerclant partout le premier, découle l'originalité de l'hydrographie de l'Argonne : au sortir des hautes vallées sèches commence le pays de l'eau: bassin de l'Aisne supérieure et étangs qui régularisés et surveillés par l'homme, ont remplacé les anciens marécages colmatés. -
Entre ses têtes de sources (Sommaisne) et son entrée dans les plaines de Rethel (Attigny), l'Aisne draine, durant un long parcours en lisière de l'Argonne, un bassin de près de 3800 km’. Celui-ci est, dans l'ensemble, imperméable, car la rivière et ses principaux affluents coulent soit sur le gault, soit à la base des qgaïzes, soit enfin dans une nappe d'alluvions
modernes composées surtout de boues et de sables argileux. Grâce aux apports successifs de la Biesme, puis de l'Aire, l'émissaire de l'Oise rassemble, nous le savons, la quasi-totalité des eaux de l'Argonne. Régime. — A Vouziers, l'Aisne n'est déjà plus la même qu'à Sainte- Menehould. En amont de cette dernière ville, elle garde l'aspect d'un ruisseau, à la pente encore forte: 1/1.000, au lit étroit, très sinueux, encombré de joncs, avec des fosses reliées par des biefs n'ayant qu'une faible profondeur (0,50 à 1 m). se me ee
Son débit est encore très médiocre — 2 m/s — en temps normal. Au printemps et en été, elle ne remplit qu'à demi son lit mineur. Les bassins étant imperméables et la rétention minima, les crues saisonnières d'automne et d'hiver provoquent des débordements. Il y a ici relation immédiate de cause à effet entre les pluies abondantes de la région Triaucourt-Givry et les hautes eaux. Lorsque, durant la saison froide, les pluies sont particulièrement fortes en amont de Villers, les crues peuvent être soudaines et violentes. La rivière charrie des boues limoneuses jaunes et brunes. Au début de 1948, le gonflement fut assez puissant pour emporter plusieurs ponts provisoires et, cependant, le niveau atteint était bien inférieur à ceux des grands débordements de 1882, 1910 et 1924. Deux mois après la décrue, il subsistait encore de larges flaques d'eau dans les prairies du Chemin et de Verrière. La cote d'inondation — 1 m, 40 à Saïnte Menehould est alors souvent dépassée. Citons quelques maxima :
10 mars | 15 janv. | 26 nov. 19 janv. | 4 nov. 1876 1880 1882 1910 1924
Niveau atteint.
Entre les Charmontois et Villers, les inondations s'étalent sur de vastes suriaces; en aval de Villers, le lit majeur se resserre, limité aux alluvions qu'encadrent les parois gaizeuses. L'évacuation des eaux se fait lentement, : réglée par les barrages des moulins et contrariée par de nombreux ponts, en particulier à Sainte-Menehould. Dans la partie amont, c'est surtout de la hauteur atteinte par l'Aisne au Pont-aux-Vendages de Passavant et au Pont des Maures de Sainte-Menehould que dépend la prévision de ces crues passagères. Jusqu'à ce dernier point, le rôle des affluents issus du massif des gaizes demeure secondaire. ù
À partir de Sainte-Menehould où sa pente diminue, l'Aisne qui vient de recevoir l'Auve aux eaux claires, venue de la craie, et qui recevra sucessivement la Biesme et l'Aire devient une belle rivière, large d'une dizaine de mètres à Autry et de plus de quinze à Vouziers. Maïs elle n'est, nulle part, navigable. Son débit moyen est passé de 3 m'’/s à Sainte-Menehould à plus de 6m’/s à Vouziers. Les crues qu'elle subit ont tendance à s'étaler. Il arrive cependant que la cote d'inondation soit nettement franchie, même à Vouziers où elle est de 3m. Le 26 novembre 1882, on y relevait 4,45 m, soit 1,50 m au-dessus du lit mineur, contre 1,45 m à Sainte-Menehould. Bien que la plaine alluviale s'élargisse en aval de Senuc pour gagner 2 km de section, les débordements accidentels peuvent être encore fort redoutables. C'est ce qui se produit, aussi bien à Villers qu'à Attigny, lorsqu'au printemps l'Argonne est soumise à des averses subites et répétées. L'immersion du lit majeur imperméable, l'apport par l'eau d'éléments fertilisants favorisent la prairie herbeuse. Par contre, ces crues inopinées contrarient assez fréquemment la fenaison et anéantissent une grosse partie de la
récolte.
Bien qu'irrégulier en amont de Sainte-Menehould, le régime de l'Aisne,
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