L. F. Clairville
En recevant, en 1874, le chanteur Duprez membre du caveau moderne, E. de la Bédollière s'écriait:
Duprez nous marquera l'octave :
Si nos accords capricieux Descendaient un peu vers la cave, Il les rapprocherait des cieux.
Et l'illustre chanteur, passant en revue les galoubets des chantres du caveau, disait gaîment:
Voyez mes deux longues oreilles, Président, ne savez-vous pas Que, chatouilleuses sans pareilles, J'en héritai du roi Midas Ou, peut-être, de Marsyas.
D'esprit, véritables merveilles, Pourquoi vos vers si frais, si bons, N'arrivent-ils à ces oreilles Que par des sons de mirlitons ?
Joyeusetés d'un chanteur dramatique. G. Duprez.
(Voir Clef du caveau, Goguette.)
Cerveau fêlé. — Maniaque. (Argot populaire.) Dans ses Essais sur la musique, Grétry compare le cerveau à un instrument à cordes.
« J'ai entendu dire à des médecins, écrit l'inventeur de Y instrument-cerveau, que celui d'un fou ou d'un homme d'esprit ne différaient en rien. Je pense que leurs cervelles se ressemblent, à beaucoup d'égards, quant à la partie visqueuse, mais que les fibres sont bien différentes. Comment reconnaître, analyser ces fibres? Nos professeurs de violon ne sont point parvenus à distinguer une corde fausse, avant qu'elle soit sur l'instrument; il s'y connaissent bien à peu près, mais tous les jours ils s'y trompent. »
L'auteur de Richard cœur-de-lion, ayant failli, dans sa jeunesse, être assommé par la chute d'une cloche, ne pouvait accepter la métaphore populaire qui assimile le crâne à l'airain sacré.
Le cerveau fêlé est la conséquence fatale de l'abus persistant du coup de marteau.
Le Jacquemard qui a le plus fêlé de cerveaux dans le monde des arts, c'est l'orgueil, ce péché capital qui frappe impitoyablement ses amants à la tête, l'orgueil où dort cet anagramme philosophai tant convoité :
aLa gloire, ce beau mot, bien sonore et bien creux Qui pour un favori fait mille malheureux. »
A. Levain-Lantara.
Mais, comme la lance d'Achille, l'art guérit quelquefois les blessures qu'il a faites : on traite aujour-
d'hui les fous par la musique. Halévy raconte cependant que lorsque la raison de Donizetti fut atteinte, on tenta vainement de guérir l'illustre malade au moyen de cette thérapeutique musicale.
Un seul air avait le don de le faire sortir un instant de sa torpeur: la scène de folie de sa Lucie.
(Voir Coup de marteau.)
Chahut. — Danse immodeste qui précéda le cancan, à la fin de la Restauration, époque mémorable où le célèbre chicard rayonnait dans toute sa gloire. D'après F. Michel, le chahut vient de l'argotisme chahuter, crier comme un chahu, nom que Ton donne encore au chat- huant dans quelques contrées de la France.
(Voir Cancan.)
Chambre (Musique de). — Se dit des concerts cacophoniques qui ont lieu quelquefois à la Chambre des députés, par opposition aux paisibles réunions de quatuor d'amateurs de musique où règne l'accord le plus parfait.
Un piquant rimeur a chanté en ces termes les instruments de l'orchestre législatif.
«Je suis, lame aiguë et mince, Le canif malicieux; Lorsque sur le bois je grince, J'irrite les gens nerveux,
Et l'orateur qui s'apprête, Fait, crispé sur la sellette, La grimace, — et sur sa tête Se hérissent ses cheveux.
Secs et gouailleurs, nous sommes, Nous — les couteaux à papier.
Nous sommes au fond bonshommes De ton un peu cavalier.
On craignait notre censure, Quand nous battions la mesure Aux discours de Larrabure Et de feu Pouyer-Quertier.
Messieurs, je suis la sonnette, Gardienne des bonnes mœurs ; — Schneider parle — et ma voix nette A fait taire les rumeurs.
Quand la gauche, prompte à mordre, Donne du fil à retordre, J'arrive — et rappelle à l'ordre, Ou réveille les dormeurs ! »
A. Millaud. Petite Némésis.
(Voir Musique ministérielle.)
Chansonner. — Faire une chanson satirique contre quelqu'un. On dit également coupléter.
Chansonnet. — Véritable surnom musical du rossignol des savetiers, Pétourneau, que le peuple persiste à affubler du sobriquet de sansonnet.
Chanson (Chanter toujours la même). — Rabâcher. (Argot des bourgeois.)
Variante de chanter toujours la même antienne, le même refrain.
Chansons. — Sornettes, fariboles. (Argot des gens de lettres.)
Ce que je vous dis là ne sont pas des chansons.
(Molière. V Ecole des femmes.)
Les maux les plus cruels ne sont que des chansons.
(La Fontaine.)
Chansons (Payer en). — Ne donner que du vent à ses créanciers. (Argot littéraire.)
G. Kastner, dans sa Parémiologie musicale, rapporte que les ménétriers ou jongleurs pouvaient être exemptés du péage perçu à l'entrée de Paris par le Petit-Pont, moyennant un seul couplet de chanson qu'ils chantaient au péager.
A une autre époque, certains bateleurs et montreurs d'animaux jouirent de privilèges analogues, ce qui donna lieu à la locution
« Payer en monnaie de singe. »
Chansons (Se payer de). — Se contenter de vaines excuses ou de mauvaises raisons.
l'argot musical 8i
Quand le cardinal Mazarin avait mis un impôt nouveau, il demandait à ses créatures ce qu'on en disait à Paris.
— On chante de tous côtés des couplets contre votre Éminence, lui répondait-on.
— Tant mieux, reprenait le cardinal, s'ils cantent la canzonmtta, ils pagaront. »
Chamfort n'a-t-il pas eu raison de définir le gouvernement de France, une monarchie, tempérée par des chansons?
Chant. — Division d'un poème épique. (Argot des poètes classiques.)
« Je chante ce héros qui régna sur la France. »
Ainsi débute le premier chant de la Henriade. Et Voltaire, le bon sens incarné, n'a point protesté contre ce plagiat fait aux Grecs et démontré à ses contemporains que les poètes anciens, chantant réellement leurs poèmes, avaient seuls droit au fameux cliché ce Je chante.. . »
Comment d'ailleurs concilier cet argotisme avec la boutade de Beaumarchais : Ce qui ne vaut pas la peine d'être dit, on le chante ? Le malin Caron ne se doutait guère qu'on devait musiquer son Figaro.
Chantage. — Extorsion d'argent à l'aide de la menace écrite ou verbale de révélations ou d'imputations diffamatoires. (Argot des voleurs.)
« Il se rencontre, dit M. de Belleyme, dans son rapport au Corps législatif, des hommes assez vils pour profiter de la connaissance qu'ils ont de certains secrets intéressant l'honneur des familles, et pour menacer de les dénoncer et de les répandre si on ne consent à acheter leur silence. D'autres, plus éhontés, ne savent rien qui puisse compromettre la personne qu'ils ont choisie pour victime, mais, par des combinaisons astucieuses, ils l'entraînent .dans une situation suspecte et difficile à expliquer, ils font naître une circonstance d'où puisse résulter le soupçon d'une action honteuse, et, menaçant d'exploiter de simples apparences, ils arrachent à la faiblesse et à la peur la rançon d'une calomnie dont ils promettent de s'abstenir. »
La loi punit celui qui se livre au chantage d'un emprisonnement d'un an à cinq ans et d'une amende de 5o à 3ooo fr.
(Voir Faire chanter, Chanteur.)
Chant du départ (Chanter le). — Quitter une réunion d'amis. (Argot populaire.)
Allusion au titre de l'hymne composé en 1794, par M. J. Chénier et mis en musique par Méhul.
Chante-clair. — Surnom du ténor de la bassecour, au moyen âge.
« L'éperon haut, portant sa crête Comme un bonnet de liberté, Chante-clair va, dressant la tête, Marquant le pas, ferme planté. »
G. Mathieu. Chansons.
Chanter. — «C'est, en français, dit le docteur Aldo, recevoir beaucoup d'argent pour crier et, en argot, en donner beaucoup pour empêcher de crier. » (Dictionnaire musico-humoristique.)
(Voir Chantage, Faire chanter^ Chanteur.
Chanter. — Célébrer. (Argot des poètes classiques.)
«Pour chanter un Auguste, il faut être un Virgile. »
Boileau.
(Voir Chant.)
Chanter. — Pleurer. (Argot populaire.)
Chanter. — « Parler sur le point de huit, demander à son partner s'il a les honneurs, auquel cas il a gagné. (Argot des joueurs de Whist.)
(Delvau. Dictionnaire de la langue Verte,)
Chanter (Faire). — « On dit figurément d'un homme à qui l'on veut faire faire quelque chose par force, qu'on le fera bien chanter , qu'on l'obligera à payer, à faire ce qu'il doit. »
(Furetière. Dictionnaire 1688.)
Génin prétend que cette locution est née manifestement de la coutume où étaient nos pères de chanter à table au dessert. Chacun devait payer son tribut d'une chanson; que si quelqu'un des convives voulait s'y soustraire, les instances de l'assemblée ou de l'amphitryon ne lui laissaient point de relâche ; aucune excuse n'était admise, et, bon gré mal gré, le récalcitrant arrivait à s'exécuter : on le faisait bien chanter!
Autrefois, faire chanter quelqu'un c'était le mettre à la torture pour lui arracher des aveux.
Aujourd'hui, faire chanter quelqu'un c'est se rendre sur lui coupable de chantage, ou, comme le dit H. de Balzac, lui demander la bourse ou l'honneur. Une porte mal graissée chante, dit un proverbe. Il faut également graisser la patte du chanteur pour qu'il se taise. Les criminels qui se livrent à ce métier infâme désignent, dans leur argot sinistre, par le mot cigales, les pièces d'or extorquées aux victimes qu'ils font chanter.
(Voir Chantage, Chanteur.)
Chanter au lutrin. — «Donner de la voix dans le haut ou dans le bas, faire entendre des
sons graves ou aigus; les basses-tailles et les trials chantent au ■ lutrin. » (Manuel des coulisses , 1826.)
Chanterelle. — Perdrix femelle que l'on attache
pour que son chant attire les mâles. (Argot des
oiseleurs.)
(Voir Scie.)
Chanterelle (Appuyer sur la). — Insister fortement sur un point délicat et important. (Argot des bourgeois.)
Allusion au jeu du violoniste, appuyant fortement les doigts et l'archet pour faire vibrer sa chanterelle, corde aiguë sur laquelle s'exécute généralement le chant.
Méhul, .pour donner à son opéra d'Uthal une couleur mélancolique et nuageuse , eut l'idée de remplacer les violons de l'orchestre par les altos. Il résulta une telle monotonie de l'emploi continu de cette instrumentation sombrée , que Grétry, assistant à cette représentation, ne put s'empêcher de s'écrier: «Je donnerais un louis pour entendre une chanterelle. »
Chanterelle (Donner du mou à la). — Au
propre, détendre la corde pour l'amollir. Au figuré, baisser son diapason.
Les musiciens d'orchestre, en desserrant leur
cheville pour donner du mou à leur corde à boyau, font allusion au mou que Ton donne au chat pour Fempêcher de miauler.
Chanterelle (Faire baisser la). — Rabattre le caquet.
Chanterelle (Hausser la). — Élever la voix, le prendre de haut.
Chanterelle du bourreau. — Cette métaphore désignait autrefois la petite corde destinée à étrangler le condamné à la potence.
« Je croirais que le bourreau serait fort bon musicien, car depuis qu'il a pris la mesure du cou du patient, il fait bander la chanterelle sur un ton si haut, que bien souvent l'harmonie de la corde qui bande trop fort convertit toute la musique en soupirs et en syncopes.» (Propos de Tabarin.)
Lorsque J. J. Rousseau eût lancé sa mordante satire contre les symphonistes de l'Opéra, ceux-ci, pour s'en venger, le pendirent et le brûlèrent en effigie.
«Je ne suis pas surpris que l'on me pende, après m'avoir mis si longtemps à la question,» dit le philosophe.
(Voir Jouer du haut-bois).
Chanter pouille. — D'après l'Académie, chanter pouille à quelqu'un signifie lui dire des injures, des choses offensantes.
Les étymologistes sont loin d'être d'accord sur l'origine de cette locution.
Génin, dérivant pouille de poulie, prétend que chanter pouille à quelqu'un, c'est l'injurier d'une voix aigre comme le chant d'une poulie qui grince dans sa chape rouillée.
Il propose une autre étymologie dans le sens de poulie y étable à loger les chevaux, les pouliches; de sorte que chanter pouille signifierait chanter écurie, c'est-à-dire gourmander brutalement, grossièrement, en style d'écurie et de palfrenier.
Le Duchat dérive pouilles de pocula, prétendant que c'est entre les verres et les pots que les gens en querelle se lancent de dures vérités à la face.
La Monnaye, Ménage et Tuet croient, avec plus de raison, que cette façon de parler vient de pouilleux et que chanter pouille à quelqu'un c'est le vouer à la vermine.
Aujourd'hui on ne chante plus pouille à quelqu'un, on lui cherche des poux.
Chanter sur tous les tons. — Façon moins monotone de rabâcher la même chanson. (Argot des bourgeois.)
Chanteur. — «Celui qui fait chanter, qui fait contribuer, en le menaçant d'une dénonciation, un homme que,* comme agent provocateur, il a amené en flagrant délit de mœurs.
Les chanteurs ont à leur disposition de fort jolis garçons, qu'ils décochent auprès de tel financier, de tel marquis, et même, disent-ils, auprès de tel magistrat, qui, depuis ses études classiques, est resté trop vivement pénétré des vœux d'Anacréon pour Bathylle, et de ceux de Virgile pour Alexis. Le jeune Adonis a soin d'amener le pécheur dans un lieu propice, et là, un sergent de ville dit: « Halte-là , je vous y prends; au nom de la loi, suivez-moi chez le commissaire de police. » L'Adonis suit en pleurant, le pécheur en suppliant et en faisant sonner les espèces; mais le sergent de ville est incorruptible ; le commissaire de police l'est un peu moins; et là, dans le bureau, tout s'arrange au comptant ou par billets à vue, et le procès-verbal est jeté au feu.»
(F. V. Raspail. Lettres sur les prisons de Paris, 1 835.)
Vidocq, l'ancien chef de la police de sûreté, esquisse en ces termes la physiologie des chanteurs.
«Après avoir parlé des journalistes qui exploitent les artistes dramatiques auxquels ils accordent ou refusent des talents, suivant que le chiffre de leurs abonnements est plus au moins élevé; de ceux qui vous menacent, si vous n'avez pas une certaine
somme, d'imprimer dans leur feuille une notice biographique sur vous, votre père, votre mère et votre sœur ; qui vous offrent à un prix raisonnable l'oraison de celui de vos grands parents qui vient de rendre l'âme, du vaudevilliste qui a des flonflons pour tous les anniversaires, du poète qui a des dithyrambes pour toutes les naissances et des éloges pour tous les morts, il en resterait beaucoup d'autres, sinon par occasion, sinon par métier, et parmi ces derniers, il faudrait ranger ceux qui vendent leur silence ou leur témoignage, l'honneur de la femme qu'ils ont séduite, une lettre tombée par hazard entre leurs mains et mille autres encore. Mais comme il n'y a pas de loi qui punisse le fourbe adroit, le calomniateur, le violateur de la foi jurée, comme tous ceux dont je viens de parler sont de très honnêtes gens, je ne veux point m'occuper d'eux. »
(E. F. Vidocq. Les Voleurs, i83j.)
Après cette écœurante étude, n'éprouve-t-on pas le besoin de flairer le sel de quelque piquante anecdote ?
Le compositeur Paër, passant à Toulon, fut vivement pressé de faire exécuter une de ses compositions. Comme il objectait que, pour cela, il fallait des chanteurs, on lui amena trois jeunes hommes ayant des voix remarquables.
C'étaient tout simplement des forçats.
Un surtout fit l'admiration du maître, qui oublia empiétement la position de son nouveau ténor.
— Veux-tu venir à Paris? lui dit-il. Je me charge de te faire une grande position.
— Je ne demanderais pas mieux; mais on ne me laissera pas partir, répondit douloureusement le pauvre diable.
— Ceci me regarde, tranquillise-toi.
— Mais, monsieur, reprit l'infortuné jeune homme, comment voulez-vous que j'ose me mêler à des chanteurs, avec ce que j'ai sur l'épaule.
— Qu'as-tu donc sur l'épaule, mon garçon ?
— Voyez!
Et, écartant sa chemise, il montra sur sa chair une place où le fer rouge avait imprimé d'une manière indélébile les terribles lettres T. F.
— T. F. ! s'écria Paër, qui poursuivait son idée, T. F.! mais c'est parfait, mon garçon; on dirait que cela a été fait exprès, T. F.! ça fait justement Théâtre- Feydeau. On fera marquer les autres l.
(Voir Chantage, chanter.)
Chanteur de la Chapelle Sixtine. — Chanteur castrat ou sopraniste.
Il y a une farce italienne où Arlequin dit, à propos des travers de chaque sexe, que nous serions tous parfaits si nous n'étions ni hommes ni femmes.
1 Le théâtre Feydeau, fondé en 1793, fut longtemps l'heureux rival de 1 Opéra-Comique.
C'est peut-être ce qui explique la perfection du chant des pensionnaires de la chapelle papale.
Le pape Clément VIII ayant autorisé , par un bref spécial, la castration ad honorent Dei} les Etats romains devinrent la pépinière des sopranistes.
«La plupart des sopranistes, dit le président de Brosse, deviennent gros et gras comme des chapons, avec des hanches, une croupe, les bras, la gorge et le cou rond et potelé des femmes. Quand on les rencontre dans une assemblée, on est tout surpris d'entendre sortir de ces colosses une petite voix d'enfant. Il yen a de très jolis; ils sont fats, avantageux avec les dames, dont ils sont fort courus à cause de leurs talents. »
(Lettres sur VItalie, iy38.)
La duchesse de Longueville ne voulut jamais prononcer le mot qui désignait alors un sopraniste; elle disait : « Mon Dieu, que cet incommodé chante bien!» La cour de Louis XIII adopta cette expression.
Le roi d'Espagne ayant donné à Farinelli, un des plus célèbres castrats de l'Italie, Tordre de Calatrava, celui-ci fut armé chevalier avec les cérémonies ordinaires et on lui mit, suivant l'usage, les éperons. Sur quoi l'ambassadeur d'Angleterre dit : «Chaque pays, chaque mode; à Londres on éperonne les coqs, à Madrid on éperonne les chapons.»
Napoléon raconte dans son Mémorial de Sainte- Hélène, qu'il eut la pensée de donner la croix de la Légion d'Honneur à Talma et que, pour tâter l'opinion publique, il fit un essai en donnant Tordre de la Couronne de fer à un castrat de la musique du palais, Crescentini.
«La décoration, dit-il, était étrangère, la personne aussi, l'acte devait être moins aperçu et ne pouvait compromettre l'autorité, tout au plus lui attirer quelques mauvaises plaisanteries. Eh bien ! voyez pourtant quel est Tempire de l'opinion et de sa nature, je distribuais des sceptres à mon gré, l'on s'empressait de venir se courber devant eux, et je n'aurais pas eu le pouvoir de donner avec succès un simple ruban! Mon essai tourna très mal. Il emporta l'anathème de tous les salons; la malveillance s'en donna à cœur joie et fit des merveilles. Pourtant, dans une des brillantes soirées du faubourg Saint-Germain, l'indignation qu'elle avait suscitée se noya dans un bon mot.
— C'est une abomination, disait un beau parleur, une horreur, une véritable profanation. Et quel pouvait être le titre d'un Crescentini? s'écriait-il. » Sur quoi la belle Grassini, se levant majestueusement de son siège, lui répliqua du geste et du ton le plus théâtral :
— «Et sa blessoure, monsieur, pour quoi la comptez-vous?»
Ce fut alors un tel brouhaha de joie, d'applaudis-
L ARGOT MUSICAL ç3
sements, que la pauvre Grassini se trouva fort embarrassée de son succès. »
(Voir Orgue. Rasibus.)
Chanteur-recette. — Étoile du chant dont le nom seul assure une recette à un théâtre. (Argot de coulisses.)
Un acteur subalterne, obligé de remplacer au pied levé un chanteur -recette qu'un accident empêchait de jouer, chanta et fut sifflé. Sans se déconcerter, regardant fixement le parterre, il dit :
«Je ne vous conçois pas, messieurs; devez-vous imaginer que, pour 1800 francs que je reçois par année, j'irai vous donner une voix de 2.000 écus ?
On finit par l'applaudir dans le reste du rôle.
Chantonner. — Chanter sans méthode et sans goût.
S'emploie également pour chanter à mi-voix, entre ses dents, comme le font souvent, aux répétitions, beaucoup d'étoiles du chant qui veulent ménager leur diamant.
Chantonnerie. — Platitude musicale écrite pour la voix.
Chantre. — Poète. (Argot des poètes classiques.) Les premiers sujets du lutrin poétique sont le
chantre de la Thrace (Orphée), le chantre cTIlion (Homère), le chantre de Mantoue (Virgile), le chantre des Jardins (Delille), etc..
Chantre. — Animal chanteur. (Argot des classiques.)
Le chantre des forêts (le rossignol), le chantre des marais (la grenouille), etc..
Lorsqu'on voulut rendre à l'auteur du Devin du village ses entrées à l'opéra, Rousseau, qui habitait alors Montmorency, s'écria: «Pourquoi diable me dérangerais-je de si loin pour aller à l'opéra, tandis que je puis entendre à ma porte les chouettes de la forêt de Montmorency? »
Chantre, — Chanteur entonnant des alléluias à l'office divin et des glorias chez le marchand de vin.
Qu'il est loin le temps où Charlemagne disait à ses chantres, accusés par leurs collègues d'Italie d'avoir corrompu le chant Grégorien:
— « Quelle est l'eau la plus pure et la meilleure, ou celle qui provient d'une source vive, ou celle qui découle de divers ruisseaux?
— L'eau de source, répondirent en chœur les chantres français.
— Retournez donc à la source de Saint-Grégoire, s'écria le roi. »
Le fameux comptoir de la mère Grégoire n'; peut-être pas d'autre origine.
l'argot musical ç5
Chapeau. — Nom donné à Tare de cercle dont on coiffe la tête de deux ou plusieurs notes liées entre elles.
On a remplacé le chapeau par la liaison.
Chapeau de gendarme. — Dénomination donnée par quelques musiciens humoristiques au signe du point d'orgue, dont la forme rappelle le couvrechef de Pandore, fonctionnaire devant qui tout chasseur mélodique doit s'arrêter pour exhiber son passe-port.
(Voir Musique empoignante.)
Charivari. — Sérénade cacophonique exécutée par un orchestre composé de casseroles, de poêlons, de cornets à bouquin, de sifflets, de sonnettes, etc.
Au moyen âge, on charivarisait les époux en secondes noces. De nos jours, ces concerts s'adressèrent de préférence aux hommes politiques, ce qui leur valut Pépithète de musique ministérielle. Sous Louis-Philippe, le charivari devint l'accompagnement obligé des députés et des préfets habiles à chanter la palinodie. On parla même de créer une école de charivari au conservatoire de musique et Peignot posa les proportions d'un orchestre charivarique composé de « 12 chaudrons, 10 casseroles, 3 lèchefrites, 12 pelles, 12 pincettes, i3 couvreplats en guise de cymbales, 6 poêlons, 4 bassi-
noires, 8 bassins, 6 arrosoirs, io clochettes de mulet, 4 colliers de grelots, 2 tambourins à faire danser les ours, 1 tam-tam, 2 tonneaux vides, 3 cornets à bouquin, 2 grands cors de chasse, 3 petites trompettes, 4 clarinettes mal emmanchées, 2 hautbois mal emmanchés, 2 sifflets, 1 musette, 4 chétifs violons à racler, 2 vielles, 4 crécelles, 10 voix criardes, 8 voix à huer, 3 gorets ou cochons de lait et 4 chiens à étriller. »
(Histoire du Charivari, par Bassinet, i833.)
En i832, à la suite d'un charivari donné au poète lyrique Viennet, une feuille satirique surgit de la presse parisienne. •
«Peu de journaux, dit Champfleury, ont mieux répondu à leur titre que le Charivari, fondé par Philipon. Quoi de plus significatif que les vignettes symboliques en tête du journal, qui défiaient les imaginations les plus saugrenues dès vieux maîtres hollandais! Ce sont des hommes qui frappent à grands coups de maillet sur la cloche du charivari, des ouvriers dont la scie grinçante mord de grosses pierres, des pâtissiers mettant en branle leurs instruments de cuisine, des chiens qui déchiffrent en aboyant de gros cahiers de musique, des ânes qui braient, des cochons que des gamins tirent par la queue, des serpents qui sifflent dans de colossales clefs, des diables cornus inventant des carillons d'enfer pour troubler le sommeil d'un honnête
bourgeois qui apparaissait à la fenêtre avec sa tête en poire.
«Il semble que le terrible carillonneur Philipon, en sa qualité de chef d'orchestre n'ait eu pour but, en créant ce journal, que de tympaniser les oreilles de Louis-Philippe. »
(Histoire de la caricature moderne. Champfleury.)
Charivari (Avoir). — Avoir quatre dames en main, au jeu d'hombre. (Argot des joueurs.)
Allusion au tapage produit par un quatuor de grelots féminins, doués surtout de quatre couleurs différentes.
Charivarique (Musique). ~ Argotisme dont on a successivement qualifié les chefs-d'œuvre de Gluck, de Rossini, de Meyerbeer, de Berlioz, de Wagner, etc..
Les œuvres ne s'en portent pas plus mal, au contraire. Si l'on charivarise les artistes de génie comme les abeilles, c'est que les rayons de miel sont dorés comme ceux de la gloire.
Charivarius. — Mauvais violon. (Argot d'orchestre.)
Par opposition au nom du plus célèbre luthier de Crémone, Stradivarius, dont les violons se payent aujourd'hui au poids du papier- Joseph.
g8 l'argot musical
Chat. — Enrouement subit.
Le peuple, dans son langage imagé, dit que le chat file quand il tire de sa gorge le bruit du rouet. De là vint probablement l'idée d'assimiler le son étranglé sortant de la gorge d'un chanteur enroué au ronron du rouet de Grippeminaud.
Une chanteuse se plaignait d'avoir des chats dans la gorge.
— Qu'y-a-t-il d'étonnant, lui répondit-on galamment, vous avez tant de souris sur les lèvres.»
Chat dans la gouttière (Avoir un). — Être affligé d'un enrouement tenace.
On peut dire qu'un chanteur, ayant un chat dans la gouttière, file un bien mauvais coton, car son imprésario ne tarde pas à le faire filer ailleurs.
L'hymne dont Guido utilisa les premières syllabes pour composer les notes de la gamme, était autrefois chantée en l'honneur de Saint- Jean-Baptiste pour obtenir, par son intercession, la guérison de l'enrouement.
Les Rouennais sifflaient un soir un chanteur débutant dans le rôle du roi de Lahore. Celui-ci s'approche gravement de la rampe: «Messieurs, dit-il, excusez-moi; j'avais pensé qu'en venant chanter à Rouen, enroué comme je le suis, vous m'eussiez trouvé bien en roi. » Cette saillie lui valut un succès.
(Voir Avoir une carotte dans le plomb.)
Chats (Musique de). — Musique émaillée de traînées de sons dont l'exécution exagérée vous crispe les nerfs comme le chant des matous.
Un musicien excentrique trouva pourtant le moyen d'organiser un concert de chats, dans une procession qui eut lieu à Bruxelles en 1549, en l'honneur du roi d'Espagne, Philippe II.
«Le corps de musique, raconte Bourdelot, étoit sur un grand char, dans le milieu duquel étoit un ours assis, qui touchoit une espèce d'orgue, non pas composé de tuyaux à l'ordinaire, mais d'une vingtaine de chats enfermez séparément dans des caisses étroites, où ils ne pouvoient se remuer; leurs queues sortoient en haut, et liées à des cordes attachées au registre de l'orgue; à mesure que l'ours pressait sur les touches, il faisoit lever ces cordes qui tiroient les queues des chats pour les faire miauler des tons de basses, des tailles et des dessus selon la nature des airs, ce qui se faisoit avec tant de proportion que cette musique ne faisoit pas un faux ton.
(( Au son de cet orgue bizarre, on voyoit danser des singes, des ours, des loups, des cerfs et d'autres animaux qui composoient des entrées de ballet sur un théâtre tiré par deux chevaux qui suivoient ce concert. » {Histoire de la musique, ij ij.)
Un musicien se plaignait du concert désagréable que lui faisait subir, chaque nuit, le chat de sa concierge.
IOO L ARGOT MUSICAL
— Il est pourtant bien simple de le faire taire, lui dit un collègue; tu n'as qu'à le transposer d'une tierce. Alors son mi 'mi fera dodo.
(Voir Boyaux de chat.)
Chaudron. — Mauvais piano. Voltaire écrivait dans une lettre datée du 8 décembre 1774 « qu'un piano-forte n'était qu'un instrument de chaudronnier en comparaison du clavecin.»
« Vient un autre amateur : c'était la fille aînée, Laideron de quinze ans, de roses couronnée, Qui, sur un coffre antique et marqué de London, Nous touche de Babet l'ouverture arrangée, Laquelle, sous ses doigts, en carillon changée, Accuse le forte bien moins que le chaudron.
J. Berchoux. Le concert damateurs.
Un jour que Salvator Rosa touchait un mauvais chaudron: «Je vais, dit-il, le faire valoir au moins mille écus.» Et il peignit sur le couvercle un si beau morceau, que ce clavecin, à demi délabré, se vendit la somme qu'il avait dite.
Chaudrons. — Timbales. (Argot d'orchestre.)
L'hémisphère de cuivre formant le corps de la
timbale rappelle en effet l'ustensile culinaire qu'un
étymologiste fantaisiste a dérivé des mots chaud et
rond.
l'argot musical ioi
L'adoption des timbales inventées par Sax supprimerait cette métaphore de marmiton.
(Voir Bassin, batterie de cuisine, timbale.)
Chef d'attaque. — Chef d'une bande de malfaiteurs. (Argot des voleurs.)
En musique, le chef d'attaque est un choriste ou un instrumentiste chargé de conduire ceux qui exécutent une partie vocale ou instrumentale.
Les musiciens ont probablement emprunté ce mot au vocabulaire de l'armée, comme ils l'avaient fait de canon, batterie, fusée, bombarde, etc. Les voleurs, ayant remarqué que les musiciens de théâtre se livrent à une série d'attaques nocturnes, leur auront emprunté à leur tour leur chef d'attaque.
Chef de pupitre. — Chef de partie instrumentale. (Argot d'orchestre.)
Ce serait une erreur de croire que chaque pupitre ait son chef. Les lieutenants du chef d'orchestre sont quelquefois à la tête d'une demi-douzaine de pupitres.
Cheveu. — Passage difficile d'un morceau de musique, arrêtant subitement le cours d'une répétition et plongeant les musiciens dans le même embarras que les Auvergnats de la légende, trouvant un cheveu dans leur potage.
On pourrait citer plus d'un opéra chauve d'idées et contenant pourtant toute une forêt de cheveux difficiles à démêler.
Chevrotement. — «Un bien mauvais exemple que les chanteurs donnent aux chèvres.»
(Dr Aldo. Dictionnaire musico-humoristique.)
Chevroter. — « C'est battre d'une manière inégale les deux notes du Trille, ou même n'en battre rapidement qu'une seule, ce qui imite à peu près le bêlement de la chèvre. »
(J. J. Rousseau. Dictionnaire de musique.)
« C'est le chant suranné d'un Elleviou de 5o ans; c'est chanter par saccades, filer un demi-son qu'on termine par une cadence, aller par sauts et par bonds; allusion au saut et au cri du chevreau.» (Dict. des coulisses, 1828.)
(Voir Cadence de cigale.)
Chien (Avoir du). Variante de ((Avoir le diable au corps.» (Argot de coulisses.)
Ce chien argotique est-il proche parent de Cerbère ou du roquet que Rameau jeta par la fenêtre parce qu'il aboyait faux?
Chien (École du petit). — «C'est l'école des chanteurs dont la voix extraordinairement étendue
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dans le haut, leur permet de lancer à tout bout de chant, des contre- mi et des contre-/^ aigus, semblables, par le caractère et le plaisir qu'ils font à l'auditoire, au cri d'un King's-Charles dont on
écrase la patte.»
(H. Berlioz. A travers chants.)
Chiens et de chats (Musique de). Musique dont les exécutants ne s'accordent pas mieux que ces deux races de quadrupèdes.
« Que sont à nos opéras Ces deux lyriques ultras, Admirateurs de Grétri, Trompettes de Rossini ?
Chien et chat,
Voilà le monde
A la ronde ;
Chaque état N'offre, hélas ! que chien et chat. »
Désaugiers.
Chorus (Faire). — Approuver ce que d'autres font ou disent. (Argot des bourgeois.)
Allusion à la partie vocale qu'on exécute dans
un chœur.
(Voir Chanter amen.)
Chromatique. — Argotisme forgé du grec {chroma, couleur), dont on qualifie improprement
la gamme qui procède par demi-tons, sous le prétexte que ces demi-tons donnent de la couleur à la musique. C'est une couleur. Les théoriciens eussent mieux fait d'appliquer ce vocable au clavecin du père Castel.
On sait que cet acousticien, assimilant les douze demi-tons de la gamme aux couleurs suivantes : bleu, céladon, vert, olive, jaune, aurore, orangé, rouge, cramoisi, violet, agathe et violant, avait rêvé de faire, avec ces douze couleurs, de la musique oculaire sur un clavecin de son invention.
«Il peint des menuets et des sarabandes, dit Voltaire. Tous les sourds de Paris sont invités au concert qu'il leur annonce depuis douze ans; et il n'y a point de teinturier qui ne se promette un plaisir inexprimable à l'opéra des couleurs que doit représenter le révérend physicien avec son clavecin oculaire.»
Cigale. — Chanteuse des rues. (Argot populaire.) Métaphore inspirée par la fable du Bonhomme :
La cigale ayant chanté Tout l'été.
Pourtant cet insecte n'est pas chanteur. Sa stridulation est produite par une membrane sèche et plissée mise en mouvement par un muscle. Le mâle seul possède cet organe. On voit que la
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cigale, simple instrumentiste, comme son confrère, le cricri, joue modestement sa partie dans l'orchestre de la nature, en accompagnant les vocalises des divas et des ténors emplumés.
Deux grandes artistes, la cantatrice Stolz et la tragédienne Rachel, ont été de simples cigales.
Chez les anciens, la cigale était le symbole de la musique. On la représentait posée sur un instrument à cordes, la cythare.
La fable raconte qu'un jour, deux joueurs de cythare, Eunome et Ariston, luttant de talent, une des cordes de l'instrument d'Eunome s'étant brisée, une cigale vint se poser dessus et remplaça avec tant de succès la corde absente, qu'il remporta la victoire.
(Voir Sauterelle dans la guitare, Sirène de boulevard.)
Cigale. — Pièce d'or. (Argot des voleurs.)
N'est-ce pas une ironie du sort de voir le louis d'or baptisé par les grinches du poétique surnom donné à la pauvre diva de carrefour?
Ce que nous appelons par plaisanterie Jaunet était connu, dans la pègre, sous le nom de Jonc. (Voir Vidocq.) Peut-être y a-t-il dans l'écriture de cet argotisme une faute d'orthographe doublée d'une coquille, et doit-on lire Jône (Jaune.)
Quoi qu'il en soit, la pègre goûtant fort la musique des espèces sonnantes, aura remarqué que les
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cigales , quand on les presse entre les doigts, se mettent à chanter, absolument comme les louis d'or d'un bon bourgeois dont on serre la gorge.
Cigalier. — Membre de la Cigale, société de littérateurs méridionaux.
Citron. — Note aigre.
Est-ce une façon polie d'insinuer que l'artiste qui la commet est, comme on dit en argot de barrière, tombé dans la limonade ?
On va voir que les maestros ne sont pas mieux partagés que les chanteurs.
«A la fatale représentation d'Olympiade, représentée à Rome en 1785, une orange frappa au front Pergolèse qui tenait le clavecin. Maudite soit l'imbécile main par qui elle fut lancée; cette orange fut pour l'auteur de la Serva Padrona une balle mortelle». (F. de Villars.)
(Voir Crier au vinaigre, filet de vinaigre.)
Civet sans lièvre (École du). — Argotisme créé par le critique Azevedo pour désigner une classe de compositeurs remplaçant les idées par des procédés, les mélodies par des combinaisons orchestrales et des effets de timbres.
U école du civet sans lièvre pourrait comprendre trois divisions: l'école du civet de lapin de garenne, celle du civet de lapin de gouttière, enfin celle dont
le civet se compose d'une sorte de rata innommable rehaussé par une sauce d'accords fortement épicée.
(Voir Cuisine musicale.)
Claque. — Le bruit de deux mains qui claquent Tune contre l'autre, dit Robert Houdin, les trépignements, les clameurs incohérentes par lesquelles le public témoigne sa satisfaction dans un théâtre, sont certainement, comme harmonie, le bruit le plus discordant que l'on puisse entendre ; mais rien n'est plus doux à l'oreille et au cœur de celui qui en est l'objet.
Clarinette de cinq pieds. — Fusil de munition. (Argot de régiment.)
Fr. Michel présume que l'idée en est venue au soldat par suite de la recommandation qui lui est faite tous les jours de « tenir son arme claire et nettes Dailleurs le peuple prononce souvent clairinette au lieu de clarinette.
«Puisque la clarinettey observe spirituellement G. Kastner a donné son nom à une espèce de fusil, pourquoi l'espèce de fusil ave^c lequel on fait la chasse aux canards, et qu'on appelle canardière, ne lui donnerait-elle pas le sien en échange? Dans les mains de certains artistes, le hautbois et la clarinette (j'y joindrais volontiers le basson), ne sont vraiment autre chose que de redoutables canardières.» (Parémiologie musicale.)
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Clarinette avec son nez. (Jouer de la). —
Faire ce que les gavroches appellent également un pied de nez, en posant les deux mains étendues sur le bout de leur nez et en remuant leurs doigts comme s'ils jouaient de la clarinette.
Clef du caveau.— La clef des chants de nos pères.
Caveau, — disons plutôt bocage, — Au galant et facile accès !
Clef charmante, rouvrant la cage 'Où gazouille l'esprit français.
Ch. Monselet.
Le recueil de tous ces airs, sortis pour la plupart de la dive bouteille, a le tort d'être écrit en clef de sol. Capelle, en les transcrivant, aurait dû se servir de la clef suivante:
Clef de Fa. — ■ Clef du sous-sol, autrement dit clef de la cave.
Cette clef est employée par tout ce qui siffle, flûte et entonne à tire-larigot.
Vu que la clef de la cave Rend la voix douce et suave.
La grotte de Fingal où les vagues de la mer produisent des sons harmonieux, a reçu dans le pays de Galles, le nom de Llaimh binn} c'est-à-din cave à musique.
Clef (A la). — Formule dont les loustics agrémentent la fin de leurs racontars, pour leur donner plus de piquant, comme, par exemple, « il y avait du Champagne et des femmes à la clef. »
S'ils se doutaient qu'en musique, les dièzes ou les bémols à la clef sont qualifiés d'altérations ou d'accidents!
. «* - Jeu dWan<s p,us c„n„U
sous le nom de cache-cache. Autrefois, on disait clignette et climusette.
« Je brûle de vous voir trois ou quatre marmots Braillant autour de vous, et, vous-même, en cachette, Jouant à cache-cache ou bien à climusette, »
Destouches.
Celui qui est le cligne-musette doit se tenir les yeux fermés pendant que les autres joueurs se cachent, jusqu'à ce qu'on lui donne le signal de se mettre à leur recherche.
On dérive cligne-musette de cligner et muser. Or, cligner les yeux, c'est les fermer à demi. Cette étymologie n'est donc pas satisfaisante.
Pourquoi l'argotisme climusette ne descendrait-il pas en droite ligne du fameux ménestrel Colin- Muset qui, comme on le sait, était aveugle?
Il serait également possible qu'il eût baptisé le jeu de Colin-Maillard.
IIO L ARGOT MUSICAL
Clique. — Coterie d'intrigants et de malhonnêtes gens.
Un des plus terribles fléaux du moyen âge, la lèpre, a pu donner naissance à ce vocable.
Dès que le mal était reconnu, le lépreux était conduit à l'église, on l'étendait dans une bière comme un cadavre et on récitait sur lui l'office des morts. Le prêtre enlevait ensuite le suaire qui le couvrait et, le mettant sur pied, lui donnait une robe, deux chemises, un baril, une écuelle, un entonnoir, une baguette et des cliquettes , sorte de claquoir en bois destiné à avertir les passants de l'approche du lépreux afin qu'on eût le temps de s'en éloigner pour éviter la contagion.
Les lépreux, séparés de la société des autres hommes, formaient donc une classe à part, une coterie forcée de parias, de joueurs de cliquettes, que, peut-être, le peuple appela, par mépris, la clique. Cette dénomination se sera appliquée, par extension, à toutes les associations envahies par une lèpre morale1.
Cliques et ses claques (Prendre ses). —
S'apprêter à partir pour ne plus revenir.
Après le cérémonial en usage qui condamnait le lépreux à la mort morale, celui-ci ramassait son paquet, prenait son claquoir, ses cliquettes et s'exilait à tout jamais de la société des autres hommes.
1 La clique, dans l'argot populaire, c'est la diarrhe'e.
Cliquettes. — Oreilles de femme. (Argot populaire.)
Allusion au cliquetis des pendants d'oreille.
Cliquettes. — Yeux. (Argot des bouchers.) Allusion au clignotement des paupières.
Cliquottement. — Bruit sec produit par le ferblanc lorsqu'on le ploie brusquement. (Argot des ferblantiers.)
Cloche de bois (Déménager à la). — Quitter son logis à la sourdine et sans payer son terme.
Autrefois, pendant la semaine sainte, on remplaçait le bruit des cloches d'airain, parties pour Rome, suivant la légende, par le son de cloches de bois.
Il est facile de voir comment on a pu associer la cloche de bois à l'idée d'un déménagement furtif.
Aussi invisible qu'une simple cloche en partance pour la Ville éternelle, le locataire insolvable ne manque jamais de se dire, en filant :
Je reviendrai z'à Pâques Ou à la Trinité 1.
1 On dit aussi «Déménager à la ficelle» sortir, la nuit ses meubles par la fenêtre.
TJ2 L'ARGOT MUSICAL
Cloche-pied (A). — Sur un seul pied. (Argot populaire.)
L'allure des' amateurs de ce pied de grue, rappelle le clocher des boiteux.
Clocher. — Boiter. On dit aussi: loucher de la jambe.
Allusion au va-et-vient de la cloche ébranlée. Le verbe clocher s'employait autrefois pour dire sonner la cloche.
Clocher se dit également d'une affaire qui va de travers, d'un raisonnement qui pèche par la base, par allusion aux cloches qu'on suspend par la tête et qu'on agite de droite et de gauche. Remarquons que, dans l'argot des fondeurs, la partie supérieure de la cloche s'appelle le cerveau.
«Rossini a employé une cloche en sol pour accompagner le délicieux chœur du deuxième acte de Guillaume Tell :
« Voici la nuit. »
Un harmoniste, à cheval sur les principes, faisait un jour remarquer au maestro les quatre quintes qui terminent ce morceau d'une façon si originale. Rossini se contenta de répondre avec un grand sérieux : «c'est vrai, ça cloche. »
(Musicorama).
l'argot musical ii3
Cloque. — Tumeur vésiculaire. (Argot populaire.)
Allusion à la forme de la cloche, autrefois appelée cloque.
Cocottes. — Broderies et ornements de mauvais goût dont les chanteurs attifent la musique des maîtres. (Argot de coulisses créé par le critique Scudo.)
Cet argotisme moderne a dû être inspiré par le costume extravagant dont s'affublaient ces dames du demi-monde, alors surnommées cocottes.
Cocu, cocuage. — Épithètes mimologiques où résonne le chant d'un oiseau qui a la réputation de pondre dans le nid des autres.
Autrefois les Latins baptisaient du sobriquet de
cuculus, le mari infidèle à sa femme; aujourd'hui
c'est tout le contraire.
(Voir Tierce mineure.)
Colin-tampon (S'en moquer comme de). —
Variante de s'en soucier comme d'une guigne } comme de l'an 40.
Qu'était-ce en effet que colin-tampon, ou plutôt colin-lampion? Un simple bruit, du vent, un modeste mimologisme d'une batterie du tambour des Suisses, de la même nature que notre rataplan.
On peut s'en convaincre en ouvrant l'orchéso-
graphie de Toinot Arbeau, à la page i5, où se trouve notée cette batterie dont nous donnons la traduction.