P A CL A
Ne le dis pas. Prends garde !
Il me croit mariée et c’est ma sauvegarde !
Gina, de cette histoire à quoi bon l’informer?
11 ne m’est plus permis maintenant de l’aimer.
GINA
Cependant...
P AOL A, passant à droite, et s'asseyant.
C’est assez. Cet entretien me pèse# Ne pouvons*nous parler d’autre chose?
GINA
A votre aise.
Vous plaît-il de parler du jour où ces bandits Nous laisseront quitter leur champêtre taudis,
Des consolations que ce jour nous prépare,
Et de notre arrivée à la cour de Ferrare ?
Que de plaisirs nouveaux vous allez y goûter !
Que de cœurs sur vos pas vont se précipiter !
Gina dans ses discours est toujours un peu folle; Mais je n’ai plus le cœur à m’amuser. -
GINA
Parole !
Qu’on ouvre notre cage et bientôt vos vingt ans
L’ARIOSTE
Redeviendront joyeux comme un jour de printemps! L’avenir vous sourit; folle qui désespère!
L’espoir c’est la raison. Songez que votre père.
Au lieu de vous donner un tuteur vieux, jaloux,
Vrai geôlier ne rêvant que grilles et verrous,
A fait pour cet emploi le choix d'un homme aimable. D'un favori du duc, d’un poète admirable,
Du fameux Arioste enfin! Auprès de lui Vos jours s’écouleront sans un moment d'ennui.
Au diable les bandits ! loin vos peines secrètes !
Vous vivrex à la cour, et, reine de ses fêtes.
Vous verrez qu’on peut être au fond de ces forêts Quinze jours prisonnière, et rire encore après.
— Mais pourquoi donc, depuis que vous êtes captive. N’avons-nous fait pour fuir aucune tentative?