‹ L'aristocratie en Amérique [microforme]Chapitre 2 sur 49 · ON · texte numérisé non relu

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sailles l'Assemblée nationale de 1871, dont la majo” rité était antirépublicaine. Si la monarchie n’a pas été rétablie par elle, cela tient, on le sait, aux divisions des trois partis monarchistes qui n'ont pu s’entendre. Depuis 1877, le suffrage universel es revenu

à la République, il est vrai, mais ce retour a été un

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acte de sagesse forcée plus que d'entraînement. La République avait l'avantage d’être le gouvernement établi et le seul reconnu possible par l'impuissance de ses adversaires : mais qui sait ce qui arriverait le jour où l'union se ferait dans toutes les fractions des partis monarchistes, rapprochées par un grand danger social? Ce danger, il est en germe dans les doctrines des partis radicaux et socialistes, dont le triomphe nous ramènerait une Commune, ou quelque chose de

pire, car certains révolutionnaires ont trouvé le : moyen de dépasser en folie les communards eux- } mêmes.

Leur avènement au pouvoir serait d'autant plus

! redoutable qu'il serait légal, constitutionnel, qu'il » faudrait obéir à ce gouvernement révolutionnaire : sous peine de devenir factieux. Voilà le danger dont - la République est menacée par le suffrage universel.

Est-ce à dire qu’il faille le supprimer? Telle n’est

à pas la conclusion de cette étude. Le suffrage uniî versel s’est incarné aujourd'hui dans la République. 2 IIS ne se comprennent plus l’un sans l’autre, et cela * avec une certaine logique, car la République est forà cément l'élection, comme je l'ai dit plus haut. Mais il

y a des degrés dans le régime électoral comme dans toutes choses, et si ces degrés ont été franchis trop vite, ce serait une autre faute que de les redescendre entièrement. Tout ce que les gens sages peuvent et doivent demander à la République, c’est de ne pas se laisser entraîner à l’exagération de son principe.

Or, ce fut une exagération de croire que l’inamovibilité de la magistrature était en contradiction avec le régime républicain. J'ai déjà dit que les juges de la cour suprême sont inamovibles aux Etats-Unis, et ce sont les juges les plus respectés du pays. Les autres, nommés par le suffrage universel et soumis à ses variations, forment une pauvre magistrature sans traditions et sans jurisprudence établie. La politique y joue un plus grand rôle que le savoir. Chaque parti s’efforce de faire entrer ses représentanis dans ce corps, sans cohésion et dépourvu du respect de soi-même que donne l'esprit de famille (1).

On a vu mieux encore aux Etats-Unis, on a vu des gens accusés de vol, réussir à faire nommer juges leurs propres complices. Je cite ce fait sous la garantie de M. Humbert, garde des sceaux, qui l'a avancé dernièrement à la tribune. Ce qui serait plus que de l’exagération, ce qui serait un coup fatal

(1) On n'aura donc remédié en France au vice monarchique reproché à la magistrature inamovible, qu’en substituant à ce vice passager les luttes permanentes des diverses fonctions politiques.

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porté à l'avenir de la République française, ce serait que le suffrage universel envoyât quelque jour à la Chambre une majorité qui abolît le Sénat et la Présidence de la République, dénoncés dès aujourd'hui comme des rouages inutiles ou gênants. C’est pour s'être débarrassée de cette gêne que la Convention lest allée d'excès en excès, jusqu’au jour où elle est “tombée sous la réaction thermidorienne et le talon de “Bonaparte. La suppression du Sénat et de la Présildence, ce serait donc le commencement de 1793 et de ses suites. Le Sénat et le Président de la Répu- Jblique sont loin d’avoir dans notre constitution l’in- Afluence dont ils jouissent aux Etats-Unis. Il n’y a pas “de Président de l’Union américaine qui ait usé aussi “discrètement, aussi parcimonieusement de ses pouhoirs que M. Jules Grévy, qui, à dire vrai, a été élu Président malgré lui, puisqu'il n'était pas partisan «de cette magistrature en 1848. Il a dû changer un cu d'opinion, depuis qu’il a vu de ses propres yeux l'étendue du mal que son absence aurait pu faciliter. ‘absence du Sénat n'aurait pas eu des conséquences Mmoins funestes. Il suffit, pour s’en convaincre, de mpasser en revue les divers projets de loi de la Æhambre qu'il a écartés ou modifiés et ceux qui ne “ont arrêtés au Palais Bourbon que par la prévision É. u sort qui les attendait au Luxembourg. De ce ombre est la séparation de l'Eglise et de l'Etat. ette fois, les réformateurs ont pour eux l'autorité es Etats-Unis, où cette séparation a des bénéfices

réels, des deux côtés : grande économie pour le budget ; liberté plus grande pour les Eglises et pour l'Etat. Mais la République américaine ne s’est pas fondée en confisquant les biens du clergé.

Elle n’a pas eu à signer avec un pape-roi un. Concordat qui a été la compensation de ces spoliations et qui a la force d’un contrat bi-latéral. Voilà la différence de deux situations. La République américaine, enfin, n’a pas fait la guerre au christianisme, elle s’en est fait une alliée, au contraire. Les associations religieuses jouissent à son foyer des mêmes libertés que toutes les autres sociétés : liberté de réunion, liberté d’enseignement, sans restriction aucune.

Les contrepoids aux principes démocratiques existant dans son ancienne constitution n’ont pas été : sensiblement diminués par l'abolition de l'esclavage. L'oligarchie du Sud a été vaincue, mais il existe toujours entre elle et la démocratie du Nord un antagonisme résultant des différences d'éducation, d’industrie et d'intérêts. Le Sud a voté en masse, dans les dernières élections présidentielles, contre le candidat du Nord, et, chose curieuse, les noirs devenus libres, ont voté avec leurs anciens maîtres. C’est que les esclaves avaient compris, dans leur naïveté, que la liberté, dont le Nord les avait gratifiés, serait pour eux la liberté de ne rien faire. En voyant qu’elle les réduisait à la misère, et que, pour vivre, il fallait . travailler autant et plus qu’autrefois, ils se sont dit

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que les abolitionnistes les avaient trompés, et ils les ont abandonnés. Un autre de leurs griefs contre ces libérateurs mal compris, c’est que, dans les villes du Nord, les noirs trouvent encore aujourd’hui des répulsions que leur qualité de citoyens libres n'a pas fait disparaître. On refuse de les admettre avec les blancs dans les omnibus ; dans les théâtres, ils n’ont accès qu’à certaines places séparées. L’aristocratie de la couleur existe donc encore dans cette démocratie à un degré plus marqué qu’elle n’existait en France sous l’ancienne monarchie. C’est qu’en tout temps, le France a été socialement le pays le plus libre du monde.

L’aristocratie de naissance n’a été ainsi abolie qu’en principe par la Constitution des États-Unis. Les descendants des grandes familles d'Angleterre, émigrés avec les premiers pèlerins, constituent une espèce de caste à part dans le Massachusetts et la Virginie.

Une autre aristocratie plus puissante, c’est celle de la fortune. La noblesse de l'argent s’est substituée à celle des parchemins, et elle ne la remplace pas toujours avantageusement.

Les capitalistes, maîtres des grandes manufactures, ont pour adversaires, dans le Nouveau-Monde, comme dans l’ancien, les classes ouvrières qui se sont constituées, depuis quelques années, en un parti ayant pour titre labour-party. Ses chefs ont pris le nom de chevaliers (knights) comme si l’on ne pouvait se passer d’un titre quelconque dans ce pays

68 L'ARISTOCRATIE EN AMÉRIQUE qui a aboli les titres. Des grèves considérables ont eu lieu dans toutes les industries de l'Ouest et de l'Est. Les ouvriers sont devenus exigeants par suite du développement inouï que les manufactures américaines ont pris à l’aide d’un tarif ultra-protecteur, Le protectionnisme est une nouvelle forme d’aristocratie que les Américains ont intronisée chez eux, après leur victoire sur le Sud. C’est l'aristocratie des gros industriels.

Tous ces faits,et ceux qu'il me reste à relater dans le corps de cette étude, justifient amplement, je crois, le titre que je lui ai donné.

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