‹ L'Armée française en 1873Chapitre 11 sur 85 · moyenne générale · texte numérisé non relu

moyenne générale

2 Total égal à celai de la lrc colonne du tableau n° 3.

Le deuxième tableau présente la liste des départements d'après la qualité de leur population. — La mesure en est donnée par le nombre moyen des réformes prononcées annuellement par les conseils de révision. Cette mesure n'est pas tout à fait exacte , puisque la manière de procéder des conseils de révision est, ainsi qu'on a pu le voir plus haut, fort irrégulière d'année en année, dans ses résultats du moins. Mais elle est la seule qui puisse être adoptée, et sur laquelle puissent se baser des préoccupations d'avenir.

Les résultats consignés sur ce tableau sont des plus surprenants. Laissant de côté le Bas-Rhin, qui a de beaucoup le premier rang, on voit, dans les premiers rangs comme dans les derniers, le Nord, le Midi, l'Est et l'Ouest mélangés, sans qu'aucune loi bien régulière s'en dégage.

Malgré le préjugé répandu contre l'effet déplorable des agglomérations industrielles, les départements de la Seine et du Nord se trouvent dans les cinq premiers rangs, tandis que d'autres départements industriels, la Haute-Vienne, avec les porcelaines de Limoges, et la Seine-Inférieure, avec les fabriques de coton de Rouen, sont dans les derniers.

Le département qui a le moins de réformes est la Haute-Saône; la proportion est de 40.04

pour 100 du contingent : le département qui en a le plus est celui des Ardennes ; il en a 135 pour 100. — Faut-il l'attribuer aux manufactures de Givet ou de Sedan?

Il s'agit ici de signaler des résultats et non d'en rechercher les causes. On peut admettre toutefois que la situation des départements où le nombre des réformes est de plus de 100 pour 100 du contingent doit appeler l'attention du gouvernement, et que des mesures opportunes, soit législatives, soit administratives, devraient être tentées pour la modifier. Ce sont l'Eure, le Loir-et-Cher, la Haute-Vienne, les Hautes-Alpes, la Seine-Inférieure et les Ardennes. Des travaux pour améliorer le régime des eaux ou des cultures, des précautions contre des industries insalubres, des dispositions sur le travail des enfants et des femmes, devraient être tentés comme un remède nécessaire.

Il faut signaler encore ici l'importance du groupe des populations bretonnes. — Le Morbihan , les Côtes-du-Nord , la Loire-Inférieure , sont dans les vingt premiers rangs, le Finistère au milieu; l'Ille-et-Vilaine seule donne de médiocres résultats. Mais les opérations du conseil de révision dans ce département présentent des anomalies si bizarres, qu'il est difficile de reconnaître si cet effet est normal ou accidentel.

Ainsi l'ensemble des populations bretonnes, important comme nombre, l'est aussi par la qualité.

L'inverse a lieu pour la Normandie, si riche pourtant et si prospère, et la race humaine y semble bien défectueuse. Trois départements, l'Orne, l'Eure et la Seine-Inférieure, sont dans les quinze derniers rangs, avec des proportions de réformes de 81.26 pour 100, 99.44 pour 100, 113.25 pour 100 du contingent. Le Calvados occupe un rang meilleur, quoique au-dessous de la moyenne, et la Manche seule a une population vigoureuse.

Les départements du nord de la France qui semblent dans des conditions analogues de climat, d'industrie et de prospérité, donnent le résultat inverse : le Pas-de-Calais a le numéro 3, le Nord le numéro 10, la Somme le numéro 34.

Ces indications comparatives ne permettent pas d'établir une loi générale et une échelle de proportion par région ; elles semblent prouver d'ailleurs l'homogénéité de la nation française.

La moyenne générale pour toute la France est de 64 pour 100 du contingent.

Le tableau n° 2 a une importance toute particulière pour l'application de la nouvelle loi. — En effet, la loi ancienne n'imposait à chaque

département la charge du recrutement qu'à raison de sa population adulte; la nouvelle loi impose cette charge d'après deux éléments, le chiffre de la population d'abord, et sa qualité ensuite. Ainsi les départements dans lesquels la population sera meilleure, ou dans lesquels les conseils de révision prononceraient moins d'exemptions, porteront une charge beaucoup plus lourde que ceux dont les populations sont de qualité médiocre ou les conseils de révision plus faciles à admettre l'inaptitude d'un homme.

L'action des conseils de révision, qui, en cas d'erreur, ne modifiait pas la situation proportionnelle des départements, ni même des cantons entre eux , va produire des résultats tout à fait différents. Les causes d'irrégularité inhérentes à l'institution, et dont nous avons parlé plus haut, vont donc pouvoir se compliquer d'autres, dues aux passions locales, et une prime se trouverait exister en faveur des conseils de révision qui ne seraient pas assez consciencieux et réformeraient trop légèrement. C'est un inconvénient qu'il faut signaler, car la faute des uns retombera sur les autres.

D'autre part, la composition de l'armée devra y gagner. La part proportionnelle des départements où la population est la plus robuste sera plus élevée que celle des départements où elle est débile.

II est donc probable que les contingents annuels fourniront un plus grand nombre de soldats forts et] robustes ; c'est un avantage qui a son importance.

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