‹ L'armée royale en 1789Chapitre 70 sur 136 · Système- militaire de la Prusse · texte numérisé non relu

Système- militaire de la Prusse

nécessaires pour la guerre et empêchait qu'on ne fit, en temps de paix, les dispositions nécessaires pour résister à un ennemi toujours prêt à frapper. Tout est changé : ce n'est plus cette armée réduite à la paix et à laquelle il fallait des mois pour se recruter avant de pouvoir s'opposer à Tennemi en rase campagne, ce ne sont plus ces arsenaux et ces magasins dépourvus de tout. L'armée autrichienne est toujours complète et incessamment fournie de tout ce qu'il faut pour camper, etc. »

Moins riche et plus confiante dan& la valeur de généraux accoutumés à vaincre un contre deux ou trois, la Prusse entretenait moins de soldats. Frédéric -Guillaume II n'avait que 182 658 hommes sous les armes; mais, & la première apparence de guerre, il pouvait en élever le nombre à 250 000 avec la rapidité qui caractérisait déjà l'administration prussienne. Chiffre énorme, si l'on considère que la population des États prussiens n'allait pas

alors à plus de six millions d'habitants \ (Mirabeau.)

Toutefois, dans cette armée, naguère si supérieure à toutes les autres, plus d*un sym* ptôme de décadence se montrait déjà. Les con* temporains ne s'y trompaient pas tous, On voyageait beaucoup en Allemagne alors; on allait surtout beaucoup en Prusse ; c'était pour les hommes de qualité, pour la jeune noblesse militaire, comme un complément d'éducation.

Avoir vu le grand Frédéric était un titre; lui avoir été présenté, le comble de l'honneur et du bon ton. De 1763 à 1786, les visiteurs abondent à Berlin, comme autrefois à la cour du

1. C'est le chiffre de Grimoard; mais ici, comme pour U Franco, les documents contemporains ne sont pas absolument d'accord. D'après Mirabeau, l'armée prussienne, à la mort de Frédéric, comptait 190 924 combattants, dont 143,000 d'infanterie, 37 774 de cavalerie et iO 000 d'artillerie : d'après Favier, son effectif, en 1773, s'élevait déjà à 250000 hommes (avec l'infanterie de garnison, qui équivalait à notre milice).

roi-soleil. Très bien reçus par le roi, quand il était de bonne humeur, par le prince Henri et par le duc de Brunswick, beaucoup revenaient « enivrés de louanges, n'ayant vu des choses que la superficie, et se faisaient les apôtres des principes et des idées de Frédéric* ». D'autres, au contraire, moins faciles à éblouir, saisissaient fort bien les parties faibles du colosse et rapportaient de là-bas une impression fort rassurante. « Dans cet État même, que nous appelons militaire, parce que son roi est un guerrier habile, écrivait Guibert au retour d'un long voyage d'étude en Allemagne, dans cet État qui s'est agrandi par les armes, qui n'existe et ne peut se flatter de conserver ses conquêtes que par elles, les troupes n'y sont pas plus vigoureusement constituées qu'ailleurs; elles n'y sont point citoyennes, elles y sont, plus qu'en aucun pays, un assemblage de stipendiaires, de vaga-

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