‹ L'Arrétin moderneChapitre 16 sur 37 · LES PETITES NIAISERIES · texte numérisé non relu

LES PETITES NIAISERIES

DU CULTE JR O .M A I X

Des riens sacrés nous sommes les esclaves

Les petites cérémonies du culte romain, dit sagement le grand Erasme, nous font reculer en nous ramenant de Jésus-Christ à Moïse. La religion chrétienne, si belle dans sa morale puisée dans le sein de l'ordre et de la

i86 l'arretin

nature, n'avait pas besoin de petites choses pour se soutenir. Les docteurs et les rubricaires, enfants de cette religion, ont à cœur ces petites choses, les ont pillées chez les païens, et en font encore aujourd'hui le triomphe et l'échafaudage de leur culte. Le sang des chrétiens n'a rien coûté à Rome pour maintenir ces bagatelles. Les champs d'Ivry furent rougis pour une Messe basse. Le Poitou fut trempé de sang humain pour le purgatoire; les murs de La Rochelle détruits pour des Agnus Dei, des goupillons, et toute la France fut massacrée pour n'avoir pas cru que la confession auriculaire inconnue douze cents ans dans l'Eglise, devenait nécessaire au salut en douze cent un.

Un scélérat, le P. Tellier, un monstre, le P. Lachaise, ont profité des frayeurs d'un grand roi pour remplir les Cévennes et la France d'horreurs. Une chétive bulle, ouvrage de la stupidité et de la cabale, a rempli le royaume de malheureux : le St-Père, ce portrait de Dieu, ce vicaire de la charité, trouve plus chrétien de donner à tous les diables les Anglais, les Hollandais et la plus

grande partie de l'Allemagne, que de renoncer aux niaiseries du culte romain.

L'eau lustrale des païens a paru merveilleuse à l'Eglise pour laver les péchés véniels et chasser le diable, qui emporta sur le pinacle d'un lieu sacré celui qui était plus saint que l'eau bénite. « L'eau lustrale chez » les païens était , dit leur histoire », une eau commune, « dans laquelle on éteignait )) un tison ardent tiré du foyer des sacri- » fices; cette eau était mise dans des vases >) placés à la porte ou dans les vestibules » des temples ; ceux qui entraient se puri- » fiaient le cœur, et préparaient leurs âmes » à être dignes des dieux. Dans certains » temps il y avait des officiers préposés pour )) en asperger le peuple, les empereurs en » faisaient jeter quelques gouttes sur leurs )) viandes. » Et dans toutes les maisons curieuses de leur salut, on trouvait des vases pleins d'eau lustrale ; ceux qui manquaient de cette provision passaient pour des impies, des athées ou des philosophes; car les philosophes ont toujours préféré la vertu et l'amour du prochain à l'eau lustrale.

Page 1