‹ L'Arrétin moderneChapitre 6 sur 37 · L'AGRICULTURE · texte numérisé non relu

L'AGRICULTURE

Les gens qui faisaienten 1758 des portraits à la silhouette, qui couraient en 1760 chez Ramponeau, et qui lisaient les méchants barbouillages des enfants de Jeanne d'Arc, Abraham Chaumeix et Martin Fréron, dévorent aujourd'hui les livres d'agriculture. Les dames de la rue St-Honoré, du Faubourg St-Germain, les Caillettes du Marais et les filles du monde de la rue Maubuée parlent sillon, soc et molécules; tout le monde m et la charrue devant les bœufs. Ce jargon d'agriculture va-t-il nous faire remonter aux sièclesdeRacheletde Rebecca, sortons-nous de l'enfance? Cette fureur d'agriculture aura l'âge de nos colifichets; nous reviendrons encore à nos tabatières et à nos pantins. Nous sommes trop distraits par la bagatelle pour

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parler longtemps charrue. Ce grand bruit n'aboutira qu'à faire perdre le temps et la tête à nos paysans.

Les femmes, ces mères nourrices de nos sottises et de nos nouveautés, iront dans leurs terres expliquer ce qu'elles n'entendent point à des paysan qui ne pouront les comprendre. Le rustre, héritier des bras et de l'usage de ses pères, ne voyant point l'utilité prétendue des planches, reviendra toujours à son ancienne méthode qui lui a procuré force grain. Les Flamands, les Artésiens, excellents laboureurs, ont toujours des récoltes supérieures à celles de la France. Les Flamands, cependant, n'ont point la nouvelle charrue, et leur culture paraît toujours préférable à la culture anglaise réchauffée par M. du Hamel.

Ce n'est point en faisant des livres et de froides dissertations sur la culture qu'on améliorera les terres : c'est en travaillant; pour travailler il faut des bras et point de jargon. La Bretagne, sortie d'hier du déluge, est remplie de landes et de terres incu Ites ; pourquoi cette grande province est-elle encore aux

premiers jours du monde ? c'est que nos Bretons, voisins de l'Océan, sont la plupart matelots, ou gardes de côtes. La Bretag-ne, qui s"épuise à meubler nos vaisseaux, est sujette à tirer la milice comme les environs de Paris et deMeaux; nous arrachons chaque année les bras nourriciers du peuple. Le fils d'un métayer a tiré un billet noir, en conséquence il quitte sa charrue, et un vieillard de père, pour aller faire, malgré lui, le métier de bourreau en Allemagne.

Au lieu de disserter sur la culture des terres, il faut travailler, nous avons besoin de bras pour les défricher; vous en manquez, dites-vous, attendez, je vais vous en trouver. Depuis la révocation de l'édit de Nantes, depuis les stations et les prédications de vos dragons, dans les Cévennes, par l'attention charitable des jésuites, vous avez perdu cent mille familles, qui soupirent après leur patrie : ces gens seraient utiles en Bretagne, dans les landes de Bordeaux. Vous avez cruellement chassé vos concitoyens, à cause qu'ils lisaient la bible de Genève et vous lisez celle du P. Berruyer, qui estassurément plus mau-

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vaise : laissez-lcurla simplicité de leur culte qui ne sort point de la simplicité de l'Evangile; ne pendez point leurs ministres à cause qu'ils n'ont point de rochets, de croix d'or, de carrosse, cinq à six bénéfices et cinquante écus de revenu; laissez-leur la liberté de venir respirer leur air natal, ils vous ont rendu des services. Le P. La Chaise les fit oublier à Louis XIV; ayez delà mémoire pour le bien, n'écoutez plus vos jésuites, leurs livres sont les preuves de leur méchanceté ; vous avez été souvent leurs dupes, vous devez les connaître, songez qu'il est injuste d'exiler les gens parce qu'ils ne sont pas Français Romains, La Romanité n'est point un morceau de l'Evangile. Vous le savez, le bon sens vous le dit, suivez le bon sens, il était avant votre Sorbonne.

Rappeliez vos anciens amis, ou les alliés de vos maisons ; si vousparaissez si sensibles à leur salut, pour leur assurer la vie éternelle, ne leur donnez point vos évêchés et vos abbayes en commande, mais laissez-leur la liberté de lire la Bible et les psaumes en vers français, ils aiment les vers et cela ne gâte point

les mœurs, quoi qu'en dise votre sauvage Jean-Jacques, qui ne vous estime guère.

Les circoncis, qui sont vos frères par vos beaux-pères Abraham, Isaac et Jacob, et ennemis par J.-C, pouraient aimer Dieu et le prochain en Bretagne aussi bien qu'à Constantinople; appellez-les chez vous, mêlez-les avec les vôtres , vous les décrasserez de l'ordure d'Israël... vous avez plus d'esprit et de figure que lesgens deBéthanie; votrebonton, vos belles manières donneront l'air du beau monde aux riches etles pauvres défricheront vos terres, vos cadettes se marieront avec les premiers ; par ces unions vous deviendrez plus cher à Abraham, vous aurez part aux promesses de l'un et de l'autre Testament. Unis avec vous, ils connaîtront celui que les Romains ont crucifié, vous en convertirez quelques-uns. Cette marche de conversion vaut mieux que celle de courir au Paraguay faire de mauvais chrétiens pour avoir de l'or.

Cette pépinière de cultivateurs vous indemnisera de vos pertes en Amérique, où vous dépensez des sommes immenses. Si

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cette multitude ne suffît point à vos terres, parlez, vous êtes riches. Je vais vous montrer d'excellents biens, faites sortir la fainéantise, que la voix du prince soit ici la trompette du jugement, il n'a qu'à parler, il réveillera les morts. Mais étendons cette matière, démontrons la nécessité et l'obligation chrétienne de faire sonner la trompette.

Les anciens moines travaillaient, les apôtres gagnaient leur vie du travail de leurs mains. Saint Paul dit clairement : ^uî ne travaille point ne doit point manger. Il ne faut point de commentateurs pour entendre ce passage. Si l'Eglise a dispensé ses ministres du travail des mains, c'est une erreur, elle ne pouvait altérer l'Ecriture, l'autorité de vingt Conciles ne fait rien contre un passage formel des livres saints. Depuis six siècles on crève de mangeaille, on assomme d'oisiveté des millions de moines ; que de pain perdu! Quoi ! les moines chanteront tandis que les autres travailleront? Est-ce là entendre l'intérêt de l'Etat, le bien de la société et l'esprit de l'Evangile?

Les bénédicins ont défriché la France et

les lettres : ils en ont été fatigués ; ils ont été récompensés de leurspeines parlesrichesses immenses que le défrichement leur a valu, depuis qu'ils se reposent ils doivent être délassés de leurs travaux; ôtons-les de leurs vastes bâtiments, où il ne s'occupent qu'à se remplir, à se vider, à tenir des Loges de Francs-Maçons; c'est ce qu'ils font encore de mieux.

Les bernardins, qui ont transporté de si bonne heure leur bibliothèque à la cave, n'ont fait aucun fruit ni aucun bruit dans l'Eglise: la plupart de ces moines sont dans les bois, désœuvrés du matin au soir. Les biens qu'ils ont sont très-mal acquis et nous appartiennent. Leur Bernard, qui prêchait la fin du monde, l'a escamotée à nos vieux seigneurs assez bêtes pour croire à ses almanachs. Les bernardins, par la loi de Dieu, sont obligés de rendre les biens à qui ils appartiennent; par leurs règles, ils sont contraints de travailler, il faut leur faire observer la loi de Dieu et les constitutions de leur ordre.

Les capucins, indignes d'être capucins,

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seront peut-être dignes d'être laboureurs. Ces grands et vigoureux cordeliers, qui font des enfants à nos servantes et à noslingères, seront bons à la charrue. Les carmes déchaussés, qui sont riches et vont nu-pieds, ne sont pas douillets à ce qu'ils disent, tant mieux, ces gens seront propres à exposer aux injures de l'air.

Que ces saints personnages, devenus plus saints par leur utilité, soient répandus dans les landes, laissez-leur le dimanche chanter les louanges de Dieu. Si les six jours ouvrables ils ne chantent plus leur Le^em pone mihi Domine, ils mériteront davantage en travaillant , s'ils croient l'Evangile qui leur dit: qui travaille, prie. Otezvos abbés commendataires, dont les revenus s"usent à entretenir des filles ou l'ambition, qui est un péché mortel; réunissez ces biens au trésor royal et la France est riche à jamais.

Vos moines ont fait vœu de pauvreté, il faut peu de chose pour nourrir et vêtir des pauvres. Le scapulaire était anciennement l'habit des ouvriers et le rocher le sarreau des paysans; donnez de ces habits à vos

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moines, ils seront vêtus selon leur état.

Aussitôt que les moines sortiront d'un côté, faites sortir les nonnes de l'autre. Ces pauvres innocentes seront aises de prendre le grand air. Le monde auquel elles ont renoncé vit encore dans leurs cœurs. C'est un terrible ami que le monde. Il a des côtés et un vis-à-vis si aimable , qu'on fait aisément la paix avec lui. Mariez vos moines et vos nonnes, vous ne pécherez point contre la nature ; par ce moyen, vous épargnerez vos voyages au Paraguay, où vous allez faire de mauvais chrétiens qui retournent six mois après à leurs idoles. En suivant ce système vous aurez cinquante mille bons chrétiens tous les neuf mois et l'Etat cinquante mille sujets. Le lendemain des noces vos vierges se sentiront animées d'unnouvelêtre ; avouez que vous aurez fait des heureux à bon marché.

N'allez point opposer à mes idées le vœu que vos célibataires ont fait ; ce vœu est contre la nature et l'Evangile. L'Ecriture dit formellement : il vaut mieux se marier que de brûler, pour suivre vos fantaisies humai-

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nés; vous brûlez vos moines plutôt que de les marier : sans doutepour désobéira la nature et à votre Çvangile.

S'il se trouvait des nonnes difficiles à suivre vos volontés, faites prêcher vos missionnaires , obtenez de Rome sept années d'indulgences plénières pour les moines et les nonnes qui s'engageront dans le mariage, sacrement préférable aux vœux monastiques. Rome, pour une poignée d'argent, vous ouvrira ses trésors. Léon X et ses successeurs ont vendu autrefois les indulgences. Cette ville de Rome a toujours été fort trafiquante, Juvenal disait déjà de son temps :

Omnia suiit venalla Romœ

Si le pape faisait quelques difficultés, vous lui diriez avec la confiance des fils aînés de l'Eglise : vos prédécesseurs ont accordé deux cents années d'indulgence à ceux qui allaient contrela loi de Dieu égorger leurs semblables enSyrie; accordez seulement vingt jours d'indulgence à ceux qui ne tueront point, mais qui feront tout au contraire des hommes à l'image de Dieu. Vous savez, très Saint-

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Père, que nous n'avons pas reçu la vie animale pour nous-même, mais en faveur de l'espèce; c'est un dépôt, voyez-vous, qu'il nous faut rendre à d'autres : le St-Père, qui est infaillible, ne peut être déraisonnable :

Les moines, qui ont, dit-on, précisément autant de relig-ion qu'il leur en faut pour se haïr, mais point assez pour s'aimer, deviendront sensibles aux charmes des nonnes ; vous allumerez le feu de l'amitié, vous éteindrez celui de l'amour, et vous remplirez dès ce siècle un des derniers articles de votre creio, la résurrection de lachair, ainsisoit-il.

Si vous avez encore la fureur de conserver vos célibataires, que cela vous paraisse charmant , vous le pouvez, mais faites-les travailler le jour ensemble ; séparez-les la nuit. Si vous craignez que ce commerce occasionne des sottises naturelles, vous doutez bien de la grâce et de la chasteté de vos moines. Les paysans et paysannes travaillent tous les jours ensemble et ne s'échaudent point. Dans le Hainaut on voit des filles, des garçons travailler en chemise dans les fosses au charbon , et quoi qu'enterrés à deux cents

pieds dans la terre, on observe qu'il ne s'y passe rien contre la décence. Vous vous méfiez un peu trop des épouses de l'agneau sans tache et des serviteurs de Dieu, vous avez tort; vous offensez le ciel : comment! vous appréhendez pour des gens qui ont dit des paroles. Feront-ils plus de mal au grand air que dans le fond d'un cloître > Vos célibataires n'ont donc de la vertu qu'entre quatre murailles ? ne doivent-ils leur sagesse qu'aux grilles et aux verrous ? fallait-il les faire renoncer à la loi delà nature pour leur donner une vertu factice ? Pensez mieux des hommes choisis et appelés du ciel. Pouvez-vous croire que les saints puissent pécher si aisément? Il n'y a point de moine en France qui n'ait quelque habitude chez des femmes à qui il donne des soins, direz-vous que ces gens qui n'ont point de besoins avec les femmes, font le mal avec elles? Cro3"ez-vous qu'un homme mort au monde puisse ressusciter dans les bras d'une jolie femme ? Vous connaissez bien peu les morts. C'est l'usage que vous avez de fréquenter les vivants qui vous donne ces mauvaises pensées. Vos moines

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et vos nonnes seront occupés, le travail distrait les passions ; si vos moines sont chastes et continents dans l'oisiveté et que l'oisiveté soit la source de vos vices , ne serez-vous point assurés de leur continence dans l'occupation ?

Avez-vous encore besoin de bras? j'en ai encore à vous donner. Ce sont à la vérité des bras prodigieusement rouilles par l'oisiveté. Vos chanoines crèvent de santé, l'inaction, l'embonpoint et l'apoplexie les assomment de bonneheure, conservez-les à l'Etat en les faisant sortir du néant où ils végètent depuis tant de siècles. Vous ménagez à propos de rien des gens payés pour chanter les louanges de Dieu et qui gagnent d'autres personnes pour faire cette besogne, pourquoi ce ménagement? A quoi vous servent des êtres qui se lèvent à six heures du matin, crainte d'être piqués, pour faire la partie de vos femmes, pour doubler votre personnage, qui remplissent vos promenades et qui viennent réciter chez eux au quart de minuit jam lucis orto sidère, lorsque le soleil est couché ilyacinq heures ? En vérité, ypensez-

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VOUS, VOUS tirez bien peu de services des hommes ; allons, il faut sonner la trompette et dire : M l'abbé, sortez de votre chœur où vous bâillez, nous avons 'des terres à défricher; prenez la bêche, cela vous dégraissera, vous vivrez dix années déplus, nous allons mettre dans le trésor public les produits de vos canonicats.

Si vous manquez encore de bras, la sainte Eglise est une bonne mère , elle nourrit beaucoup de fainéants. Vos théologiens, qui ne servent à rien, si vous avez la parole de Dieu et s'il n'est pas nécessaire de mettre l'Evangile en Barbara et en Baroco, vous présentent leurs bras. A quoi servent votre Sorbonne, vos vénérables maîtres et vos Universités ? Les gages que vous leur pa^^ez est une dépense étourdie. Vous avez l'Evangile, avez-vous besoin des théologiens ? ils ontbrouillél'univers, troublé les consciences ; anéantissez leurs écoles, si vous voulez la paix dans l'Eglise. Tenez-vous à l'Evangile, vous n'avez besoin que de ce livre , c'est votre Dieu qui le dit. « Méditez ma loi, je serai )) avec vous, je vous enseignerai, vous n'avez

j) pas' besoin de casuistes pour être sauvés, » vous avez besoin de mon Evangile. Je )) savais ce qui était nécessaire à l'homme )) mieux que vos théologiens , vous n'avez )) besoin que du testament que je vous ai )) laissé. C'est moi qui suis et serai votre j) professeur en théolog-ie , qui vous éclai- )) rerai si vous méditez ma parole, je l'ai j) promis et suis fidèle dans mes promesses. )) Ne vous embarrassez point si l'on vous » dit que ceux qui méditeront ma loi l'cxpli- )) queront àleur mode, c'estdu jargon d'école. » Mon ouvrage est celui de la vérité ; c'est )) moi qui vous aiderai à l'entendre. Je n'ai )) pas besoin d'interprète, je savais ce que je » faisais en donnant ma parole aux hommes )) et mieux que ceux qui veulent l'expliquer. » Abandonnez-vous à mes soins, lisez mon )) écriture, croyez-vous que je vous donne » un scorpion, lorsque que vous me deman- )) dez du pain ? J'ai prévu à tout, assurez- )) vous que tout homme qui lira mon Ecriture )) pour s'instruire ne pourra jamais errer. » Après des promesses aussi formelles avons-nous besoin des faibles lumières des

hommes et du secours des théologiens? Si l'Evangile est l'ouvrage de Dieu, Dieu auraitil donné aux hommes des préceptes de conduite et une loi qu'ils ne pourraient remplir qu'aidés du secours des théologiens ? Si les docteurs conviennent de ces vérités, leur sort est décidé, il faut qu'ils aillent à la charrue. La théologie est contraire à l'esprit de Dieu, les hommes l'ont peut-être imaginée parce qu'ils se méfiaient des soins de la Providence.

Depuis dix-huit cents ans, que l'on dispute dans les écoles de théologie, quel fruit a-ton tiré des disputes scholastiques ? hélas! du scandale, des guerres etdes persécutions. L'ouvrage de la vérité est devenu entre les mains des sages maîtres un instrument de carnage et de persécution.

Un philosophe de Berlin a décidé le ridicule de la théologie en deux mots. L'Ecriture Sainte, dit-il, est un bâton que Dieu a mis entre les mains des aveugles pour les conduire; au lieu de se servir du bâton pour marcher, les théologiens ont disputé sur sa longueur, sa grosseur, et ont fini par se battre avec.

La ressource des bras dans un Royaume de gens oisifs est infinie. Tous les journalistes , à l'exception de ceux de Trévoux, paraissent destinés, par la nature de leur ouvrage, à la nouvelle charrue . Martin Fréron, qui gagne quinze mille livres à débiter des ordures périodiques, à nous prendre deux fois le mois pour des sots, en nous annonçant que tel livre est mal écrit, comme si nous avions besoin de ses courtes lumières pour l'apercevoir, cet écrituricr ignare qui offense notre bon goût, en attaquant nos meilleurs auteurs, n'est bon que pour remuer la boue de la terre. Nous dévorons les ouvrages de M. de Voltaire; ce grand homme ne cesse de nous créer des pièces immortelles. Fréron l'injurie deux fois le mois, et nous respectons si peu THomère de notre siècle, que plusieurs sots parmi nous conservent encore leurs abonnements pour l'âne littéraire. Cessons d'envoyerde l'argent à la cuisine de Fréron, forçons-le à venir bêcher la terre, il y a dix écus à gagner légitimement pour lui; nous ferons germer un vrai talent dans le compère Martin. Il sera

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dans l'état où sa naissance et la Providence le demandent. Il écrit un peu mieux que le gazetier d'Utrecht, il fait filtrer au papier gris quelques grosses injures contre les grands talents. Cet homme n'était-il pas propre pour la charrue.

J'ai refusé aux jésuites l'honneur delacharrue. Ces hommes porteraient sans doute le troubléparmi nos cultivateurs et s'approprieraient, par le moyen de quelques restrictions mentales, les fruits de nos travaux : il faut laisser périr cet ordre que nous regardons aujourd'hui comme un corps digne de mort et du dernier supplice. Les jésuites ont été assez longtemps les fins de la terre, Jïnes terre. qu'ils en soient aujourd'hui le fumier ; que leurs reliques portées dans nos champs incultes engraissent la terre. Si elles nous rapportent la moitié de ce qu'ils nous ont pris, la France deviendra un pays de Cocagne et le second tome du paradis terrestre.

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