‹ L'arriviste [microforme]Chapitre 40 sur 42 · RER TAPER TNET ET DOI EAP | LORIE ST VETEMENT · texte numérisé non relu

RER TAPER TNET ET DOI EAP | LORIE ST VETEMENT

M0 L'aNntviotS ————

des Remparts. Il se le représente, tou!

à l’heure, reclus dans sa cellule, lors qu'après avoir parcouru, —ignoré mais heureusement chez nous non point humilié,—les rues bruyantes de la ville, il refera, dans la prière et de courtes heures de repos, ses forces morales et physiques généreusement données dans cette journée à la'moisson des âmes. Quelle est donc irrésistible et surnaturelle cette voix d’en haut qui parle aux âmes d'élite et les subjugue dans de tels renoncements humains ! 11 lui revient un souvenir de l'avoir entendue, cette voix, sans Avoir sans doute délibérément endurci son Cœur, mais sans la comprendre peut-être.

Et quand il se dit qu’à quelques arpente du couvent, où cet homme supérieur à

voulu descendre aux yeux des hommes

et s’annihiler dans l’amour de Dieu, se trouvait un autre asile où, pour avoir monté trop vite et aspiré trop haut, son malheureux ami de jeunesse était venu s’abîmer, il souffrit comme d’un spasme

mm

l’irrépressible besoin de pleurer, lui aussi, sa jeunesse apparemment stérile dans le sens vrai de la vie.

Il savait mieux maintenant que nos aspirations avec leurs déceptions, nos espérances avec leurs désiilusions, nos succès avec leurs déboires, en l'absence de l'esprit chrétien, tout cela est déplorablement ici-bas marqué au coin du gré personnel ou de l’égoïsme parfois le plus subtil. Il avait d’ores et déjà suffisamment pratiqué les hommes, scruté le mobile de leurs actions soci ‘s,pour savoir en quel percentage il f . , en défalquer l'esprit d’arrivisme.

Où en était-il avec tous ses espoirs et ses projets qu’il avait aussi lui caressés ?

N’avait-il pas été trahi dans tous ses projets, en commençant dans son amitié de jeunesse la plus sincère et la plus géné-

reuse, ce qui est parfois plus pénible que

de l'être dans ses amours : car si la bles-

sure faite au cœur paraît tout d’abord

moins vive et moins lancinante, elle lan-

RER NE Sante TE NT En tem

guit plus longuement purulente sous les ferments de l’ingratitude, et ne cicatrise jamais complètement. :

Sans s’y être exposé pourtant plus que de raison, il avait donc pu conuaître les espérances et les ambitions suscitées comme les déboires et les désenchantements mérités ou non de cette vie. Il pouvait se dire avec le sage dont Sophocles interpréta si bien la pensée : ‘“Sou- “vent au ciel, quelquefois même dans ‘l’abîme, les espérances des hommes flot- ‘‘tent sur une mer de mensonges.”

Qu'en était-il pour lui de ce problème de l'avenir plus ou moins impérieusement imposé À tant de fils de nos nombreuses familles roturières, forcés de déroger à l'occupation paternelle, sans toutefois pour cela sacrifier à la passion de l’arrivisme ?

Est-ce que la voie qu’il s'était tracée, la route qu’il croyait ouverte devant lui et dans laquelle il s'était si résolument engagé ne le conduisait pas à Damas ?

LA MBILLEURE PART 243

Que de tristesses déjà il avait trouvées dans cette période où La vie doit pourtant sourire ! Du foyer au collège et dans le monde professionnel, n’a-t-il pas eu à traîner la longue et lourde chaîne de ses désillusions ?

S'il n’a pas, comme le misérable Larive, voulu jamais donner dans l’arrivisme effronté, ne peut-il au moins s’accuser d’avoir vécu ces dix années dernières un peu à l’excentrique? Sans amitié vraie, sans amour réconfortant, sans foyer pour stimuler ses énergies et le consoler de ses peines, va-t-il toute sa vie souffrir de la candeur cruellement désabusée de son affection pour un ami de collège ?

Plus d’un fois, il a tenté de porter envie à ce Larive, depuis les premiers jours malheureux de ses vacances de finissant à Armagh, jusqu'aux terribles émotions de sa dernière lutte électorale contre lui.

N'en serait-il pas de même pour tous les bonheurs terrestres que nous poursuivons avec tant d’âpreté : faux brillants, récom-

penses vaines, lueurs trompeuses autour des précipices? N'est-ce pas ainsi qu’en a jugé le moine qui descend là-bas sur les bords de la rivière Saint-Charles, et dont la vie a été la contre-partie de celle de l’arriviste, parce que dans tous les bonheurs purement terrestres, il n’a voulu reconnaître que mensonge et vanité?

La fanfare s’est tue depuis longtemps déjà sur la grande terrasse, les promeneurs sont partis par toutes les rues du quartier Saint-Louis, la basse-ville dort, et Eugène Guignard, isolé de tous et de tout, laisse doucement les larmes lui monter à la prunelle et y obscurcir la vision du ciel étoilé. Il pleure non pas ses désirs inassouvis, ses rêves d’avenir irréalisés; mais sa jeunesse déroutée peutêtre, la moitié de sa vie vaine et incom-

prise !

Et les milliers de petites clochettes aux grappes des lilas carillonnent de mieux en mieux dans la tiédeur de la nuit, pour

—————————— re

l’imprégner de leur subtile odeur ; tandis que dans son esprit une voix mystérieuse, provoquée par la filiation des idées, s'élève et chante :

“Ici-bas, tous les lilas meurent,

“Tous les chants des oiseaux sont courts !

‘Je songe aux étés qui demeurent Toujours ! ”’

Page 1